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	<title>Joli Mai</title>
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		<title>La Joie de la Lutte, entretien avec une combatante de la guerre d&#8217;Espagne</title>
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		<pubDate>Wed, 09 May 2012 18:15:56 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Entretien avec Juana Doña («Poder y Libertad» n° 11, 1989) Par Elvira Siurana Debout les damnés de la terre Je suis née à Madrid en décembre 1918. J’avais 14 ans quand je suis entrée aux Jeunesses communistes. Mon père était sympathisant du parti à un moment où les communistes n’étaient pas nombreux à Madrid. Il a rapporté à la maison un petit livre de chansons où figurait l’Internationale. J’ai été émue en la lisant. J’ai pensé : « Les pauvres… mais qui sont-ils ces damnés ? » Comme je ne le comprenais pas, j’ai demandé à un garçon du quartier qui militait au PCE. Il m’a amenée pour la première fois au local du parti à Gran Vía1 et pour moi c’était comme d’aller en Chine, je n’avais jamais quitté mon quartier. J’ai commencé aussitôt à travailler avec beaucoup d’enthousiasme. Je suis rentrée après 22 heures à la maison et cela m’a coûté la première raclée de ma vie. J’étais encore une gamine avec des tresses et des socquettes aux pieds. Depuis ce moment, peut-être en réaction à la raclée, je n’ai plus quitté l’organisation. C’était à la Maison de la Culture, les communistes n’avaient pas encore rejoint l’UGT2. Nous étions encore à la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
<fb:like href="http://www.jolimai.org/?p=391" layout="standard" show_faces="true" width="450" action="like" font="arial" colorscheme="light" ref="AL2FB"></fb:like></div><p style="text-align: justify;"><strong>Entretien avec Juana Doña</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>(«Poder y Libertad» n° 11, 1989)</p>
<p style="text-align: justify;">Par<em> Elvira Siurana</em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="alignleft" src="http://www.javilarrauri.com/images/pintura/republica/fotogramas/juana%20donya.jpg" alt="" width="400" height="295" />Debout les damnés de la terre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je suis née à Madrid en décembre 1918. J’avais 14 ans quand je suis entrée aux Jeunesses communistes. Mon père était sympathisant du parti à un moment où les communistes n’étaient pas nombreux à Madrid. Il a rapporté à la maison un petit livre de chansons où figurait l’<em>Internationale</em>. J’ai été émue en la lisant. J’ai pensé : « Les pauvres… mais qui sont-ils ces damnés ? » Comme je ne le comprenais pas, j’ai demandé à un garçon du quartier qui militait au PCE. Il m’a amenée pour la première fois au local du parti à Gran Vía1 et pour moi c’était comme d’aller en Chine, je n’avais jamais quitté mon quartier. J’ai commencé aussitôt à travailler avec beaucoup d’enthousiasme. Je suis rentrée après 22 heures à la maison et cela m’a coûté la première raclée de ma vie. J’étais encore une gamine avec des tresses et des socquettes aux pieds. Depuis ce moment, peut-être en réaction à la raclée, je n’ai plus quitté l’organisation.</p>
<p style="text-align: justify;">C’était à la Maison de la Culture, les communistes n’avaient pas encore rejoint l’UGT<sup>2</sup>. Nous étions encore à la CGTU<sup>3</sup>, c’est par la suite que nous avons fusionné avec l’UGT mais à l’époque, c’était un syndicat indépendant. Lorsque je suis arrivée aux Jeunesses communistes en janvier 1933, il y avait à Madrid six femmes militantes, la République existait depuis deux ans. Mais par la suite, le fascisme a aboli tous les droits des femmes et 80 % d’entre elles ont repris leur attitude de femme obéissante, soumise, craintive. Les événements qui se sont produits entre 1931 et 1939 ont bouleversé l’Europe. Mais ce que l’Espagne a connu avec l’avènement de la République était vraiment insolite. On n’a plus jamais retrouvé une telle politisation de la vie sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Notre lutte n’est pas platonique</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1934, suite à la répression déclenchée par la défaite du mouvement révolutionnaire, nous avons créé l’Enfance ouvrière, avec l’association Femmes antifascistes. À l’arrivée au pouvoir de la Confédération de la Droite autonome<sup>4</sup>, les organisations de femmes se sont trouvées dans une semi-clandestinité, obligées de chercher une autre voie d’action. J’ai personnellement pris part à cela.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans les Asturies, le mouvement révolutionnaire avait triomphé et, pendant deux semaines, on avait connu un pouvoir ouvrier et paysan. Cela avait été merveilleux. Mais le mouvement avait été écrasé parce que le reste de l’Espagne n’avait pas suivi. Bilan : quelque 40 000 prisonniers, 4 000 morts et une multitude d’enfants dans la rue.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous avons donc créé l’Enfance ouvrière, avec les femmes républicaines : Catalina Salmerón, petite-fille du premier président de la République – une femme déjà âgée bien introduite dans les milieux intellectuels – et Clara Campoamor, une personnalité extraordinaire qui avait obtenu le droit de vote pour la femme ; Dolorès Ibárruri en était la présidente. On a ensuite créé des comités dans les quartiers. En moins de dix jours, dans mon quartier Centre-Lavapiés, alors très prolétaire, j’ai moi-même créé trente‑trois comités de femmes pro-Enfance ouvrière. Comme moi, les camarades des autres quartiers en ont organisés à Madrid et aussi en Catalogne. Nous avons fait venir des enfants par wagons entiers, que les femmes des différents comités accueillaient chez elles. D’autres étaient envoyés en URSS : ils sont revenus après le triomphe du Front populaire. C’étaient un travail de solidarité et une organisation semi-légale, ils ne pouvaient pas l’interdire.</p>
<p style="text-align: justify;"> Moi, je montais sur un tabouret pour parler dans les rues de mon quartier : Corredores, Mesón de Paredes, Embajadores… j’expliquais le but de l’Enfance ouvrière, ce qu’était le fascisme, ce qu’était la lutte, et j’ai ainsi lancé les trente‑trois comités.</p>
<p style="text-align: justify;">Lors d’un grand meeting devant des milliers de femmes, où Dolorès parlait pour remercier l’organisation des comités à Madrid, elle m’a citée en exemple. C’était ma deuxième grande sortie. J’avais de grandes difficultés à parler en public hors de mon quartier, où je me sentais à l’aise. Là, j’étais terrorisée. Je me suis alors souvenu d’une phrase que j’avais entendue Dolorès dire dans un meeting : « Notre lutte n’est pas platonique. » Je le disais à l’endroit et à l’envers, à l’envers et à l’endroit… jusqu’à ce que Dolorès m’agrippe et me fasse quitter la scène en disant : « Eh bien, vous l’avez entendue, elle n’est pas platonique, notre lutte. »</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>C’était drôle de se trouver dans le lit de Dolorès</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Au début de la guerre, j’étais au parti, je n’étais plus aux Jeunesses. Je n’avais que 17 ans mais ils m’avaient acceptée parce que j’étais une activiste formidable, et lors de la fusion des socialistes et des communistes, j’étais présente comme déléguée invitée.<strong> </strong>Mon compagnon, Eugenio Mesón, était un dirigeant des Jeunesses, un dirigeant très connu. Mais maintenant, plus personne ne connaît ces hommes.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Eugenio et moi nous étions « unis » depuis le 2 mai 1936. Unis, pas mariés. Nous nous sommes pris par la main et voilà, parce que nous nous aimions follement, et il nous était impossible d’être séparés. Ma mère, qui était merveilleuse et qui militait au parti, m’a dit : « Soyez heureux, cette maison sera la vôtre quand vous voudrez. »</p>
<p style="text-align: justify;">Mais nous ne voulions pas habiter chez ma mère et nous n’avions pas d’autre endroit où aller. Ce jour-là finissait le Congrès d’unification des Jeunesses et Dolorès– elle m’aimait beaucoup parce que j’étais très petite mais que j’étais partout – après qu’on lui eut expliqué la situation, nous prêta les clés de sa maison. Elle partait justement dans les Asturies… On était gênés mais on a bien ri quand on s’est retrouvé dans le lit de Dolorès. On était si puritains… Le fait de nous trouver dans son lit nous gênait tellement que nous n’avons presque pas pu faire l’amour et nous sommes partis.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>J’ai accouché deux fois pendant la guerre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je faisais partie de la commission féminine du comité provincial, qui n’était pas une commission féministe, loin de là : elle servait à attirer les femmes au parti, pour les y intégrer au mieux en tant que femmes. Mais ma principale responsabilité restait, je pense, l’organisation du secteur Sud – le plus grand. J’étais l’une des responsables du parti, une fonction importante. J’avais une activité politique et de plus, j’étudiais et je travaillais. J’étais membre de la Commission des femmes antifascistes et m’occupais d’une association dans le secteur Sud. Par ailleurs, je faisais également partie de deux autres commissions : l’une qui, déjà en 1937, organisait l’évacuation, et une autre chargée de réquisitionner des hôtels, des maisons de maître, etc. Je m’occupais des inventaires.</p>
<p style="text-align: justify;">J’ai passé toute la guerre à Madrid et j’y ai accouché deux fois. D’abord en 1937, à la maternité, d’une fille. Un mois après, ma mère l’a emmenée à Valence, où vivaient toutes les personnes évacuées. Elle est morte à 7 mois d’une attaque de méningite. Je venais juste de lui rendre visite quand ma mère m’a demandé de revenir. Je n’imaginais pas que c’était à cause de ma fille, je croyais que c’était ma mère qui n’était pas bien. On lui avait donné un biberon douteux. Elle avait d’abord eu la dysenterie, puis la méningite. Elle était morte en 24 heures. Quand je suis arrivée, on m’attendait pour aller au cimetière. Je ne veux pas m’en souvenir… Elle s’appelait Lina, en souvenir de Lina Odena. Maintenant, j’ai une petite-fille qui s’appelle Lina.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong><strong>Mon fils est né à l’École des cadres</strong><strong><img class="alignleft" src="http://webnegre.files.wordpress.com/2009/04/imagen-10.png" alt="" width="295" height="405" /></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mon fils est né en 1938. J’ai voulu l’avoir près de moi et je l’emmenais avec moi au travail, au Parti communiste. Nous étions trois femmes à avoir des enfants et on a installé, à la maison du parti, une garderie, une chambre ensoleillée très bien aménagée avec de petits lits et une jeune infirmière. La nuit je le prenais avec moi. Je l’ai nourri au sein. C’est pour ça qu’il a pu résister après, au camp de concentration. Toutes les trois heures, j’allais à la garderie pour le nourrir. J’avais alors 19 ans et je pouvais courir. Je n’ai jamais cessé l’activité dans le parti, accouchement ou pas.</p>
<p style="text-align: justify;">Et tout ça se passait sous les bombardements ! Le jour de la naissance de ma fille, rue O’Donell, c’était épouvantable : ma mère n’était pas avec moi et ils envoyaient tout le monde dans les abris, mais j’étais en train d’accoucher. Dans tous les quartiers de Madrid, les bombardements faisaient des ravages. Je crois que je n’ai pas senti la douleur à cause du bombardement, je ne comprends pas comment le médecin et la sage-femme ont pu s’occuper de moi. Ma fille est née, ils l’ont prise et l’ont emmenée en courant dans les sous-sols.</p>
<p style="text-align: justify;">Mon fils, lui, est né à l’École des cadres. Je m’étais trompée d’un mois, je pensais qu’il naîtrait en mars. Ce jour-là, je me trouvais à l’école pour un examen et j’y ai accouché. Il était 9 heures du matin et l’examen était à 10 heures… Tout de suite après, ils sont donc montés pour me faire passer l’examen. On était si rigide à l’époque ! Après, ils m’ont donné une assiette de pois chiches. On m’a installée dans une chambre avec d’autres femmes, parmi lesquelles Matilde, infirmière à l’Hôpital général. Elle était paniquée. J’ai failli étouffer l’enfant parce que je serrais les jambes en attentant que le médecin arrive. La cuisinière a dû monter – elle avait eu cinq enfants. Elle a sorti le bébé. Nous n’avions pas de quoi nouer le cordon et Carmen a enlevé un ruban de sa culotte. Avant d’être fusillé, mon compagnon avait écrit : « Notre fils, qui est né au milieu de conversations sur Lénine et Staline, doit être un bon bolchévik. » Il n’est pas devenu bolchévik mais il est un bon fils.</p>
<p style="text-align: justify;"> En 1938, beaucoup de jeunes se trouvaient déjà au parti et les Jeunesses [socialistes unifiées] se plaignaient car elles n’avaient plus de cadres. Le parti a alors demandé à tous les jeunes de moins de 20 ans de retourner aux Jeunesses. J’ai laissé à contrecœur mon travail, que j’adorais, pour devenir la secrétaire générale de l’Union des jeunes femmes pour la région de Castille.</p>
<p style="text-align: justify;">La guerre finie, le 5 mars, la Junte de Casado a fait une proclamation. Au parti, tout le monde était mobilisé. Craignant un coup des militaires, en accord avec Franco pour livrer Madrid à n’importe quel prix, les femmes des Jeunesses communistes avaient été mobilisées depuis quinze jours. On ne dormait pas chez nous mais dans les maisons du parti. Nous étions dans une situation difficile, on était coupé de la Catalogne ; on ne pouvait pas gagner la guerre, c’était vrai, mais des trains remplis d’armes allaient arriver.</p>
<p style="text-align: justify;">Le gouvernement républicain, surtout en raison de la pression des communistes et de Negrín<sup>5</sup>, voulait une paix honorable mais en aucun cas une reddition totale. Il cherchait donc à créer des conditions favorables à la résistance et nous avons commencé à proclamer les Treize Points<sup>6</sup> de Negrín aux quatre coins de la capitale. C’est comme ça qu’on me voit dans le NODO<sup>7</sup> des fascistes, sur un camion, avec un porte-voix. Nous demandions d’éviter le massacre qui allait finalement se produire.</p>
<p style="text-align: justify;">Nous savions que Franco avait réussi à s’allier à certains généraux comme Casado, quelques figures politiques fortes, comme Besteiro, qui représentait l’aile droite du Parti socialiste, et Mera parmi les anarchistes. Communistes, républicains, opposants à la reddition et même certains socialistes… nous étions tous en alerte. Pourtant, le 5 mars, ils ont fait la proclamation, le coup de force, et ils ont pris le pouvoir.</p>
<p style="text-align: justify;">Le gouvernement républicain ne se trouvait plus à Madrid mais à Almería. Nous étions prêts à résister, nous avions encore des forces pour quelques mois mais en face, ils étaient pressés de prendre Madrid, pour donner confiance aux troupes. Si nous avions résisté un peu plus, nous aurions pu gagner beaucoup.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ils ont tué des milliers de communistes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Mon compagnon Eugenio a été arrêté par la Junte de Casado. Je le cherchais en vain. Le 21, le parti m’avait dit de partir avec la dernière expédition pour Valence. Ils allaient se charger de trouver les camarades arrêtés – dix-huit en tout. La Junte de Casado avait livré des milliers de communistes, pris comme des rats et emprisonnés.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis partie le 21 avec mon fils, qui avait 13 mois, et ma sœur de 15 ans à Valence ; ma mère est restée avec mes frères. Je suis restée à Valence jusqu’à sa chute. Après, nous avons rejoint le port d’Alicante, qu’on croyait être une zone neutre, pour attendre l’arrivée des bateaux. Nous étions 25 000, dont 8 ou 9 000 femmes. Mais ce n’était pas une zone neutre et les bateaux promis par les Nations unies ne sont jamais arrivés.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant de quitter Valence, j’avais appris que mon mari était emprisonné à San Miguel de los Reyes avec les autres dix-huit camarades. Je suis allée au parti pour demander qu’on les sorte de là. Je leur ai dit que sur la place Emilio Castelar, nous étions des milliers, le fusil à la main, et que quatre d’entre nous pouvaient suffire à faire évader les nôtres. Le parti m’a répondu de m’en aller tranquille – ils allaient le faire sortir : « Va à Alicante, puis en France, et là, tu pourras retrouver Eugenio. » Je suis repartie rassurée. Et puis rien. Je n’en suis pas sortie.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="https://lh4.googleusercontent.com/-e1FugGcbhzg/SIyfKF9PSBI/AAAAAAAAD1Y/AwxoO3vfS6s/s640/Prisi%C3%B3n%20Alcal%C3%A1%20Henares%2C%20sentadas%20Mercedes%20G%C3%B3mez%20y%20Juana%20Do%C3%B1a%2C%20del%20libro%20Presas%20pol%C3%ADticas%20de%20Ricard%20Vinyes2.jpg" alt="" width="331" height="448" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Cinq de nos enfants sont morts</strong><strong> </strong><strong>: ils pourrissaient dans nos bras</strong></p>
<p style="text-align: justify;">À Alicante, nous avons tous été arrêtés, certains se sont suicidés. Ils nous ont placés dans un camp de concentration. Les hommes dans le fameux camp d’Albatera, qui était terrifiant, et nous à la Maison de retraites spirituelles, sur la route d’Alicante. Par la suite, ils nous ont fait monter dans des wagons scellés. Cinq de nos enfants sont morts. Je ne sais pas comment on n’est pas mortes, nous aussi. On a mis cinq jours à arriver, sous un soleil de plomb. On nous a donné une sardine et une orange le premier jour, et au troisième, un bout de pain noir. C’est tout. Cinq enfants sont morts. Ils pourrissaient dans nos bras. Mon fils était mourant.</p>
<p style="text-align: justify;">À Madrid, la police et la Phalange me cherchaient. Ma mère n’avait plus de maison : les phalangistes l’avaient jetée dehors avec mes frères, sans rien les laisser emporter. Les meubles, les vêtements, ils les avaient jetés par-dessus les balcons. Elle était partie vivre chez ma grand-mère avec mes six frères. C’est là que je l’ai retrouvée : je lui ai confié mon fils à moitié mort, je me suis lavée, elle à dû m’enlever les poux et je suis partie me cacher.</p>
<p style="text-align: justify;">Je suis restée cachée pendant trois mois. Personne ne voulait de moi parce que c’était terrible : si quelqu’un se faisait prendre, ils arrêtaient tout le monde et on confisquait la maison comme « maison franche ». J’ai fait quatorze maisons, jusqu’à ce que je trouve une place dans une pension. J’ai appris alors qu’Eugenio n’était pas sorti et qu’ils l’avaient transféré à Madrid, à Yeserías. Je suis allée le voir avec les papiers d’une autre famille mais quelqu’un m’a reconnue et ils m’ont arrêtée.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ils m’ont torturée, mes tétons sont tombés</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ils m’ont torturée, ils m’ont injecté du courant sur les tétons et dans les mains, qui ont fini décharnées. La chair a fini par repousser mais j’ai toujours gardé les cicatrices. On voyait l’os. Mes tétons sont tombés.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant ça, ils avaient arrêté ma mère pour qu’elle leur dise où j’étais. Elle, on lui a injecté du courant dans les oreilles et on l’a plongée dans une baignoire d’eau froide en plein mois de décembre. Ils n’ont jamais su qu’elle était communiste mais ils l’auraient tuée quand même. Ils ont arrêté seize ou dix-sept membres de ma famille. Quand ils m’ont arrêtée, ils n’ont libéré aucun d’entre eux. Ma mère est restée trois ans en prison après mon arrestation.</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>J’ai pris la dynamite à la maison</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Je suis allée en prison, condamnée à douze ans, mais je suis sortie après trois ans. J’ai aussitôt repris le travail clandestin, dans la guérilla de la Plaine. Je me rendais avec un sac en toile dans les camps de travail où se trouvaient nos compagnons. Je disais rendre visite à un prisonnier et les camarades, qui travaillaient dans les carrières, me donnaient un autre sac en toile rempli de dynamite et de détonateurs. Je les emportais avec moi dans le bus, où il y avait toujours la Garde civile. Ceux-là me connaissaient de vue. Ils croyaient que j’allais voir le vétérinaire qui était là. J’avais prétendu que c’était mon beau-frère. Un jour, je suis arrivée un peu tard car j’avais dû attendre le contact, et je ne pouvais pas rater le bus. Les gardes civils ont voulu gentiment m’aider à monter et ils ont attrapé mon sac. J’allais à Valdemanco. Cela me prenait trois quarts d’heure et là, je remettais le sac à un camarade.</p>
<p style="text-align: justify;">Voyant cela, le camarade a cru qu’ils m’avaient arrêtée et il est parti en courant. J’ai donc dû emporter le sac à la maison. Il contenait de la dynamite mais aussi trois bombes artisanales que les camarades avaient fabriquées. J’ai tout caché au-dessus de l’armoire. Ma mère était fâchée. Nous n’avons pas dormi pendant trois jours jusqu’à ce que j’aie pu livrer le tout lors d’un rendez-vous clandestin.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Vivre sous la terreur</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai fait ça jusqu’à mon arrestation. On m’a accusée d’avoir placé deux bombes. Le parti était alors un parti symbolique, il n’y avait que quelques activistes de pointe et à peine quelques autres. Il devait se rendre visible – impossible d’organiser les travailleurs dans ces années 1940. Ils étaient muselés, la peur au ventre. Les comités de la Phalange étaient dans la rue, à l’usine, il y avait des délateurs, des confidents… c’était impossible. Nous vivions sous la terreur. Alors, le parti devait faire des choses symboliques et il a placé l’une ou l’autre petite bombe. Pendant le blocus contre l’Espagne, la seule nation qui n’a pas adhéré au blocus avec le Portugal, c’était l’Argentine. Ils ont envoyé du blé et de la nourriture, et l’ambassadeur argentin est venu en disant qu’ici, c’était une oasis au milieu de l’Europe, cette Europe détruite par la guerre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Eva Perón demande la commutation de ma peine de mort</strong></p>
<p style="text-align: justify;">On a décidé de poser des bombes et j’étais la responsable du groupe. En principe, on n’allait pas les poser à l’Ambassade d’Argentine mais je ne pouvais pas les cacher, comme prévu, dans le Comité provincial de la Phalange, où se trouvent les Beaux-Arts. C’était impossible. L’autre bombe, on n’a pas pu la placer à la Sûreté de l’État et on l’a posée en face, rue Correo, dans une institution du même genre. Comme je ne pouvais pas cacher l’autre à l’endroit prévu, j’ai pensé : « Nous allons la placer dans l’“oasis”. Ça lui apprendra, à cet ambassadeur. »</p>
<p style="text-align: justify;">C’est ce qu’on a fait mais le concierge m’a vue, et ç’a été la pagaille, parce que pour commémorer le 18 février, les bombes étaient réglées pour 7 heures du soir, un 14 février. Un bordel monstre. J’avais donné rendez-vous à une camarade, Rosita Cremón. Nous sommes passées par là et quand on a demandé ce qui arrivait, on nous a répondu : « Une bombe, les guérilleros ont mis une bombe. » Dans le quartier de l’ambassade, ils étaient très inquiets. À Carretas, par contre, les gens étaient ravis. Ils se sont mis à arrêter tout le monde. Un vrai massacre, évidemment. Le concierge m’a reconnue, les agents de la Sûreté aussi car j’étais venue une première fois pour dessiner le plan des lieux et qu’ils m’avaient repérée.</p>
<p style="text-align: justify;">Ils m’ont condamnée à mort en 1947. Pour ce même dossier, ils ont fusillé vingt et une personnes et en ont tué trois autres dans la rue. Quant à moi, ils ont commué ma peine quand Eva Perón est venue. J’étais condamnée à mort depuis quatre mois, en isolement total – j’ai été la dernière femme avant celles du FRAP – et la Perona, pour faire un geste, a dit en descendant de l’avion : « La première chose que je demande est la commutation de la peine de la femme condamnée à mort pour avoir posé une bombe dans mon ambassade… Il n’y a pas eu de morts, c’étaient de petites bombes artisanales. »<em></em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><strong>Après…</strong><strong> </strong><strong>vingt ans de prison ininterrompus. Jusqu’à ce que la démocratie formelle permette à Juana Doña de revenir à l’activisme politique dans la légalité. Cet activisme pour lequel elle est née. Cette vie qui aurait été si différente si la mort fasciste ne s’était pas abattue en Espagne.</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une nouvelle vie, un nouveau monde</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Q</strong><strong> </strong><strong>: Quelle aurait été ta vie si vous aviez gagné la guerre</strong><strong> </strong><strong>?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">R : J’aurais voulu être pilote, j’aurais voulu tout faire, ingénieur… Si on avait gagné… J’étais si jeune, si euphorique, tout me semblait merveilleux… Cela aurait été une nouvelle vie, un nouveau monde.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Ils ont tué Lina Odena sur le chemin de Grenade</strong><em></em></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Q</strong><strong> </strong><strong>: Tu as connu Lina Odena</strong><strong> </strong><strong>?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">R : Et comment ! Nous étions des amies, j’ai beaucoup appris de Lina. C’était une femme extraordinaire. J’aime beaucoup parler d’elle. Elle était vraiment passionnée. Physiquement, elle était assez laide, petite et un peu masculine. Elle avait une intelligence hors du commun. Elle était la meilleure oratrice dans toute la zone républicaine après Dolorès Ibárruri. C’était une propagandiste formidable : sa voix, ses gestes… C’était une grande agitatrice, mais aussi quelqu’un de très analytique. Déjà très jeune, elle faisait partie de la direction des JSU<sup>8</sup>. C’était l’une des premières dirigeantes jeunes à être connues ici, et aussi à l’étranger. Ils l’ont tuée alors qu’elle se rendait à Grenade. Elle s’est trouvée chez les fascistes, car ils venaient de prendre un village qui, la veille, était encore républicain. Cela arrivait souvent. C’était une femme très recherchée. Tout comme Dolorès Ibárruri, ils la considéraient comme leur bête noire. Ils l’ont fusillée. On dit – je ne sais pas si c’est vrai – qu’ils l’ont traînée derrière un cheval dans les rues de Grenade.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Q</strong><strong> </strong><strong>: Comment l’avez-vous appris</strong><strong> </strong><strong>?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">R : Tout de suite. C’était terrible. Elle, deux autres camarades et le chauffeur. Elle se dirigeait vers le front. C’était quelqu’un d’une grande précision. Son honnêteté rassurait tout le monde. Ce fut terrible pour nous, une perte irréparable. Je l’ai bien connue. Je crois qu’elle m’aimait beaucoup, et je l’aimais beaucoup aussi. Je l’admirais énormément.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong><strong>Nous étions des héros sans le savoir</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Maintenant, du haut de mes 70 ans, je pense que sans le savoir, nous étions des héroïnes. Nous pensions que nous devions donner toujours plus, nous avions un esprit très autocritique. Les femmes ont beaucoup donné. Jamais on n’aurait résisté trois ans de guerre sans la participation des femmes : elles ont travaillé à l’industrie de guerre, aux services… absolument partout. Elles ont sauvé l’économie du côté républicain. Et tout cela, elles en étaient conscientes. Mais on ne s’arrêtait pas à penser « féministe » ou « pas féministe ». Nous savions qu’avec le fascisme, nous allions perdre tout ce que la République nous avait donné. La République nous avait tant apporté, elle avait ouvert pour nous une fenêtre sur la vie… L’association Femmes antifascistes constituait une ressource énorme, un travail immense, immense… Personne ne le dira jamais : on n’a pas bien étudié tout cela et il ne reste pas assez de documentation. On organisait des cours accélérés pour devenir conductrices, infirmières, fraiseuses, tout… Cette mémoire va se perdre quand nous serons mortes, nous qui sommes encore en vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Dans la défense de Madrid, le fusil à l’épaule. Un peuple entier debout</strong></p>
<p style="text-align: justify;">J’ai participé à la défense de Madrid, le 7 novembre – très activement, avec un fusil, même si je n’ai pas eu l’occasion de tirer. J’ai dressé des barricades, porté des sacs de terre : j’ai fait ce que faisait tout Madrid. C’était une prouesse héroïque, parmi les plus importantes de ce siècle. Un peuple entier debout. En six jours, je ne me suis pas couchée une seule fois, je ne me suis pas lavée, je n’ai mangé que trois fois…Le mot « vaincu » était tabou dans l’Espagne républicaine. Le peuple gardait espoir, il ne pensait pas qu’il allait perdre. Nous avons perdu pour une série de facteurs extérieurs à la guerre et à l’ardeur de la conviction et de l’enthousiasme des républicains.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Juana Doña est décédée à Barcelone le 18 octobre 2003. </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Entretien traduit de l’espagnol (Espagne) par Ángeles Muñoz.</p>
<p style="text-align: justify;" align="left">
<p style="text-align: justify;" align="left">A lire</p>
<p style="text-align: justify;">Elsa Triolet, <em>Dix jours en Espagne, </em>Éditions Aden, 2010, 124 pages, 10 euros.</p>
<p style="text-align: justify;">Elsa Triolet se rend en Espagne, en 1937, avec Aragon et une délégation d’écrivains pour soutenir les combattants républicains. Le récit direct et simple de ces dix jours en Espagne donne à voir au jour le jour la vie d’un peuple en lutte. L’auteur nous fait découvrir et aimer des gens ordinaires qui, sans avoir l’air d’être des héros, en deviendront quand le moment se présentera. Des intellectuels connus sont là aussi, et nous rencontrons dans l’intimité Mikhail Koltsov, Rafaël Alberti et sa femme, Pablo Neruda, et bien d’autres encore. Mais la vie des hommes et des femmes anonymes qui s’organisent pour défendre leur pays compte tout autant et même plus. C’est l’histoire plus vraie que l’Histoire qui s’écrit alors.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Dix jours en Espagne</em> est suivi de <em>J’ai perdu mon cœur au Boulou…</em> qui relate l’arrivée à la frontière française des républicains espagnols en 1939, lors de leur défaite.</p>
<p style="text-align: justify;"> La revue <em>Aden</em> avait commencé en 2006 (n°5) son exploration des figures méconnues ou oubliées de la Guerre d’Espagne. Elle la poursuit aujourd’hui avec ce n°9, tourné encore plus vers l’international au travers par exemple des figures de Langston Hughes, Jef Last ou Carlo Rosselli ; elle n’oublie pas néanmoins de donner la parole à des intellectuels français tels qu’un Pierre Brossolette, un Jean Guéhenno, une Simone Téry ou une Andrée Viollis. Ce n°9 souhaite donc continuer à apporter sa pierre à la connaissance de la Guerre d’Espagne, à laquelle la revue n’a d’ailleurs pas fini de s’intéresser…</p>
<p style="text-align: justify;">Revue <em>Aden</em> #9, Intellectuels, écrivains et journalistes aux côtés de la République espagnole (1936-1939), à paraître en octobre 2010.</p>
<p style="text-align: justify;"> Juana Doña, <em>Depuis la nuit et le brouillard. Femmes dans les prisons franquistes, </em>traduit de l’espagnol (Espagne) par Ángeles Muñoz,<em> </em>Éditions Aden, 2009, 352 pages, 20 euros.</p>
<p style="text-align: justify;">Madrid, février 1939. La Guerre d’Espagne touche à sa fin. Leonor va connaître l’exode, la condamnation à mort et les longues années de prison&#8230; L’horreur quotidienne de l’univers carcéral franquiste tel que l’ont vécu des milliers de femmes et d’enfants est décrite ici par Juana Doña avec un réalisme sans concession et sans complaisance. Ce livre est son témoignage. Écrit en 1967, publié seulement après la mort du dictateur, cet ouvrage, premier témoignage de femme sur les prisons franquistes, est devenu une référence indispensable pour pénétrer au cœur de la violence de la dictature de Franco.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">1. Artère en plein centre de Madrid.</p>
<p style="text-align: justify;">2. Unión General de Trabajadores, syndicat socialiste.</p>
<p style="text-align: justify;">3. Confederación General del Trabajo Unitario, syndicat proche des communistes.</p>
<p style="text-align: justify;">4. CEDA : alliance des partis catholiques de droite, fondée en 1933.</p>
<p style="text-align: justify;">5. Président de la ii<sup>e</sup> République espagnole entre 1937 et 1945.</p>
<p style="text-align: justify;">6. Publiés le 30 avril 1938, ces 13 points constituaient le programme politique du gouvernement républicain de Negrín et décrivent les objectifs pour lesquels il fallait poursuivre la lutte.</p>
<p style="text-align: justify;">7. Les actualités cinématographiques officielles du pouvoir franquiste.</p>
<p style="text-align: justify;">8. Juventud socialista unificada.</p>
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		<title>Lawrence d&#8217;Arabie et Clausewitz</title>
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		<pubDate>Mon, 09 Apr 2012 12:13:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[T. Derbent]]></category>

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		<description><![CDATA[Par T. Derbent Illustrations de Alexis Horellou 1. La culture militaire de Lawrence Thomas Edward Lawrence est, avec Lettow‑-Vorbeck, le seul européen à avoir pensé et pratiqué la guérilla pendant la Première Guerre mondiale. S’il n’était pas, à la différence du général allemand, un militaire de carrière, Lawrence avait depuis longtemps le goût de l’Orient et de la chose militaire. Adolescent, il avait été « officier » dans la Lad’s Brigade (paramilitaire) de la paroisse de St Aldate. Il lut alors les antiques (Thucydide, Xénophon, César 1, Procope, Démétrius) et les historiens des croisades (Creasy, Henderson, Mahan, Napier et Coxe). À 17 ans, il fugue et contracte dans l’armée un engagement vite rompu parce qu’il avait menti sur son âge. Lawrence étudia au Jesus College d’Oxford et fut l’un des premiers volontaires pour l’Oxford University Officers Training Corps ; il y reçut une formation militaire assez complète 2 qu’il enrichit de nombreuses lectures : « Je n’ignorais pas les ouvrages essentiels de théorie militaire, mes curiosités d’Oxford m’ayant fait passer de Napoléon à Clausewitz et à son école, puis à Caemmerer et de Moltke, sans oublier les derniers travaux des Français 3. Tous ces auteurs m’avaient paru ne voir qu’un côté de la question ; après avoir parcouru Jomini et Willisen, j’avais [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
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<p style="text-align: justify;">Illustrations de Alexis Horellou</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="alignleft" src="http://1.bp.blogspot.com/-9UwFpGPIb88/T4LRZgOyOSI/AAAAAAAAAfg/KgoTdX9mK7U/s1600/laurence%2B2.jpg" alt="" width="391" height="560" />1. La culture militaire de Lawrence</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Thomas Edward Lawrence est, avec Lettow‑-Vorbeck, le seul européen à avoir pensé et pratiqué la guérilla pendant la Première Guerre mondiale. S’il n’était pas, à la différence du général allemand, un militaire de carrière, Lawrence avait depuis longtemps le goût de l’Orient et de la chose militaire. Adolescent, il avait été « officier » dans la Lad’s Brigade (paramilitaire) de la paroisse de St Aldate. Il lut alors les antiques (Thucydide, Xénophon, César <sup>1</sup>, Procope, Démétrius) et les historiens des croisades (Creasy, Henderson, Mahan, Napier et Coxe). À 17 ans, il fugue et contracte dans l’armée un engagement vite rompu parce qu’il avait menti sur son âge.</p>
<p style="text-align: justify;">Lawrence étudia au Jesus College d’Oxford et fut l’un des premiers volontaires pour l’Oxford University Officers Training Corps ; il y reçut une formation militaire assez complète <sup>2</sup> qu’il enrichit de nombreuses lectures : « Je n’ignorais pas les ouvrages essentiels de théorie militaire, mes curiosités d’Oxford m’ayant fait passer de Napoléon à Clausewitz et à son école, puis à Caemmerer et de Moltke, sans oublier les derniers travaux des Français <sup>3</sup>. Tous ces auteurs m’avaient paru ne voir qu’un côté de la question ; après avoir parcouru Jomini et Willisen, j’avais enfin trouvé des principes plus larges dans le maréchal de Saxe, Guibert et le xviii<sup>e</sup> siècle. Clausewitz, cependant, les dominait tous de si haut, d’un point de vue intellectuel, et la logique de son livre était si fascinante, qu’inconsciemment j’avais accepté ses conclusions, jusqu’au moment où une étude comparée de Kuhne et de Foch me laissa dégoûté des soldats, fatigué de leur gloire officielle, et plus exigeant que jamais à l’égard de leurs lumières. Je n’avais pas cessé, en tout cas, de porter à l’art militaire un intérêt purement<em> </em>abstrait, et de considérer la théorie et la philosophie de la guerre d’un point de vue métaphysique » <sup>4</sup> ; « J’ai lu une étude en français sur la campagne d’Italie de Napoléon, et ensuite j’ai flâné parmi ses <em>Dépêches</em>, une collection d’environ vingt‑cinq volumes. Celles‑ci m’ont poussé à m’intéresser à Bourcet<sup>5</sup>, Guibert et Saxe, dans cet ordre. Puis, j’ai lu d’autres “manuels” militaires de xviii<sup>e</sup> siècle… J’ai visité et fait une série de cartes de Rocroi, Crécy, Azincourt, Malplaquet, Sedan et deux autres endroits illustrés par la guerre franco‑allemande [de 1870], dont j’ai oublié les noms. Mais mon intérêt allait surtout aux questions médiévales, et pour y satisfaire j’ai visité tous les châteaux du xii<sup>e</sup> siècle de France, d’Angleterre et de Galles ; j’ai étudié en profondeur les manœuvres de siège à travers Viollet‑le‑Duc ! J’ai également essayé de me faire une idée des mouvements plus importants, j’ai visité Valmy et ses abords, et j’ai tenté de reconstituer l’ensemble des guerres de Marlborough. »<sup>6</sup><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;">Dans ses ouvrages, il cite avec aisance Xénophon, Willisen, Feuquières, Foch, von der Golz et Clausewitz. Plus tard, Lawrence soulignera que sa stratégie et son commandement ne lui étaient pas venus par instinct, mais par des analyses adossées à des années de lectures militaires : « Avec deux mille ans d’exemples derrière nous, écrivait‑il, nous n’avons pas d’excuse, quand nous nous battons, si nous nous battons mal. » <sup>7</sup></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>2. Vers la guerre</strong></p>
<p style="text-align: justify;">En 1909, Lawrence parcourt la Palestine, le Liban, la Syrie et le Sud de la Turquie pour y étudier les forteresses croisées. Il rentre à Oxford présenter sa thèse consacrée à <em>L’influence des croisades sur l’architecture militaire d’Europe jusqu’à la fin du xiii<sup>e</sup> siècle,</em> qui lui vaut la mention la plus élevée avec les félicitations du jury. Diplômé en archéologie, Lawrence participe aux fouilles d’un site hittite, aux confins de la Turquie et de la Syrie, dans un Moyen‑Orient gros de conflits.</p>
<p style="text-align: justify;">Les empires ottoman et allemand avaient signé un accord pour la construction d’un chemin de fer reliant Berlin à Bassora, passant par Istanbul, Mossoul et Bagdad, relié à Akaba et à Médine via Alep, Damas et Amman. Ce chantier, qui s’ouvre en 1904, a une dimension stratégique : il permettra aux troupes turques de se porter rapidement aux frontières de l’Empire britannique, tant vers le canal de Suez que vers le Golfe persique. Les Turcs offrent à la société du <em>Bagdadbahn</em> le droit d’exploiter les ressources naturelles dans un couloir de 20 km le long de la voie ferrée. Les Allemands sont ainsi en passe de s’accaparer le pétrole de Mossoul.</p>
<p style="text-align: justify;">En 1908, la révolution des officiers nationalistes du mouvement « jeune‑turc » entame des réformes politiques et institutionnelles. Mais il est trop tard : l’empire est assailli de toutes parts. En 1912, les Italiens lui enlèvent la Libye, en 1913 les Anglais détachent le Koweit du reste de la Mésopotamie, tandis que les guerres balkaniques ne laissent en Europe aux Ottomans que Constantinople et son glacis thrace. En 1914, l’empire est réduit à la Turquie et aux provinces arabes de Palestine, d’Arabie et de Mésopotamie. Le régime se tourne vers l’idéologie pan‑turque, qui veut rassembler les peuples turcophones, notamment ceux d’Asie centrale, sujets de l’Empire russe. Il resserre l’alliance avec l’Allemagne et l’Autriche‑Hongrie, ennemis traditionnels de la Russie, et réprime cruellement le nationalisme arabe.</p>
<p style="text-align: justify;">Début 1914, Lawrence participe à un travail clandestin de cartographie militaire au Sinaï sous couvert de fouilles de sites byzantins.</p>
<p style="text-align: justify;">La Turquie entre dans la guerre mondiale le 29 octobre 1914. L’armée ottomane est battue par les Russes dans le Caucase et par les Anglais dans le Sinaï, mais elle contient le débarquement allié à Gallipoli. L’Angleterre ravale l’Égypte au rang de protectorat, et Lawrence, affecté à l’état‑major britannique du Caire en tant qu’officier de renseignement, analyse des rapports turcs, dresse des cartes et interroge des prisonniers arabes de l’armée turque. Une première offensive britannique, menée en Mésopotamie par l’armée des Indes, néglige délibérément les potentialités d’une rébellion arabe par crainte d’une contagion anti‑britannique aux Indes. L’expédition s’achève le 29 avril 1916 par la reddition des 13 000 soldats britanniques encerclés à Kut‑el‑Amara, dans la boucle du Tigre. La Grande‑Bretagne décide alors de jouer la carte arabe.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>3. La campagne du Hedjaz</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le 5 juin 1916, les chefs des tribus arabes du Hedjaz déclenchent un soulèvement contre les Turcs, prévu de longue date mais plusieurs fois remis. À sa tête, Hussein ibn Ali, chérif de La Mecque, chef de la famille des Hachémites. C’est un descendant direct du prophète Mahomet : son autorité spirituelle peut contrebalancer celle du sultan ottoman qui, en tant que commandeur des croyants, avait lancé un appel à la guerre sainte contre les Anglais et les Français. Lawrence est envoyé en mission auprès des chefs des tribus rebelles. Il rencontre Fayçal, fils d’Hussein, qui portera la révolte arabe et commandera l’aile marchante de l’armée hachémite.</p>
<p style="text-align: justify;">La révolte avait commencé lorsque 2 000 Bédouins mal armés avaient attaqué les garnisons turques de Médine et de La Mecque. L’attaque échoua, mais fut suivie du blocus des deux villes qui provoqua la capitulation de la plus éloignée des deux : La Mecque. Médine était le terminus de la voie ferrée du Hedjaz, et les Turcs y accumulèrent des troupes dans l’intention de reprendre La Mecque. La route de Médine à La Mecque, longue de 400 km, passe par un petit port de la mer Rouge, Rabegh. C’est là que Ali, le frère aîné de Fayçal, formait une armée régulière arabe avec les officiers et les soldats ayant servi dans l’armée ottomane. Les troupes turques forcèrent sans difficultés les lignes de défense des tribus et menaçaient d’anéantir l’armée hachémite en pleine formation.</p>
<p style="text-align: justify;">C’est alors que, sur le conseil de Lawrence, les Arabes tournent le dos à Rabegh, à La Mecque et aux Turcs et remontent de 300 km vers le nord, jusqu’à Quedjh. Cette manœuvre excentrique (que seule une armée irrégulière n’ayant pas à se soucier de ligne de ravitaillement et de communication peut se permettre) menace Médine et son précieux chemin de fer. Déstabilisés, les Turcs font eux‑mêmes demi‑tour.<sup>8</sup> Jusqu’à la fin de la guerre, leur armée resta immobilisée, partie à Médine, partie le long du chemin de fer.</p>
<p style="text-align: justify;">Lawrence a alors sa « révélation » stratégique : les Arabes ont gagné la guerre. Le but n’était pas la destruction de l’armée turque, mais la libération de leurs territoires. Or ils en occupent 99 %. « Les Turcs pouvaient bien se tenir dans leur petit coin si nous occupions tout le reste : la paix (ou le Jugement Dernier) viendrait leur montrer un jour la futilité de s’accrocher ainsi à nos vitres comme des mouches. »<sup>9</sup> Considérant les milliers de Turcs enfermés à Médine, mangeant les chameaux qui auraient dû les porter à La Mecque et qu’ils étaient incapables d’emmener paître alentour, Lawrence pousse la réflexion jusqu’à son terme : « Là, immobiles, ils étaient inoffensifs ; faits prisonniers, il faudrait les nourrir et les garder en Égypte ; repoussés vers le nord en Syrie, ils rejoindraient le gros de leurs forces qui bloquaient les Britanniques dans le Sinaï. À tout point de vue, ils étaient mieux là où ils étaient, et de plus, ils attachaient du prix à Médine et tenaient à la conserver. Qu’ils la conservent ! »<sup>10</sup></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>4. L’analyse stratégique de Lawrence</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Sur cette base, Lawrence développe une analyse stratégique comportant trois propositions relatives aux caractères des troupes insurgées et trois approches particulières de la situation en Arabie.</p>
<p style="text-align: justify;">– Première proposition : les troupes irrégulières arabes ne peuvent attaquer des positions fortifiées, elles ne peuvent forcer la décision ;</p>
<p style="text-align: justify;">– Deuxième proposition : ces troupes sont incapables de défendre une ligne ou un point ;</p>
<p style="text-align: justify;">– Troisième proposition : leur force ne se condense pas sur une ligne de front mais sur la profondeur.</p>
<p style="text-align: justify;">– Première approche (« algébrique ») : Lawrence estime que pour tenir les 320 000 km disputés, les Turcs devraient disposer d’un poste fortifié par 6 km. À raison d’un minimum de 20 hommes par poste, il faudrait 600 000 hommes aux Turcs pour faire face à la rébellion. Or ils n’en disposent que du sixième.</p>
<p style="text-align: justify;">– Deuxième approche (« bionomique ») : Lawrence identifie le point faible du système militaire turc à la rareté du matériel : mieux vaut détruire une locomotive que tuer un Turc. Du côté arabe, on ne peut se permettre la perte de matériel (rare) ni d’hommes, car cette armée d’irréguliers volontaires est plus sensible aux pertes qu’une armée de conscrits.</p>
<p style="text-align: justify;">– Troisième approche (« psychologique ») : Lawrence souligne que les idées sont nécessaires pour motiver les combattants et bénéficier du soutien populaire. Une région est conquise par le ralliement de ses habitants à la cause nationale – la présence ou l’absence de garnisons turques étant secondaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Lawrence conclut que la rébellion gagnera la guerre pourvu qu’elle sache faire pression sur les équipements et infrastructures turques en se dérobant à la bataille, ce qui suppose trois conditions :</p>
<p style="text-align: justify;">– Première condition : de bons renseignements, ce qui était assuré par la complicité des populations.</p>
<p style="text-align: justify;">– Deuxième condition : une bonne mobilité et une grande « portée », puisqu’en Arabie, l’espace était plus grand que la puissance des armées. Cette mobilité était assurée par les chameaux arabes qui pouvaient, au plus fort de l’été, effectuer trois jours de marche rapide sans boire (soit 400 km, alors que les puits sont rarement éloignés de plus de 150 km l’un de l’autre). En partant avec un demi‑sac de farine chacun, les rebelles pouvaient effectuer un raid de six semaines, en parcourant plus de 1600 km aller et retour, une autonomie suffisante pour couvrir toute la péninsule arabique.</p>
<p style="text-align: justify;">– Troisième condition : une bonne puissance de feu, qui était assurée par les fournitures anglaises en mitrailleuses légères Lewis et en explosifs puissants.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>5. Lawrence </strong><em>vs</em><strong> Clausewitz</strong><strong> </strong><strong>?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Dans toute son analyse, Lawrence déroge au principe de la guerre, formulé par Clausewitz, qui veut que l’objectif principal dans la guerre soit la destruction de l’armée ennemie. Et Lawrence le fait très consciemment : « Comme il était inévitable, étant donné le cours général de la pensée militaire depuis Napoléon, les soldats de tous les pays ne comptaient, pour gagner une guerre, que sur des forces régulières. L’opinion militaire était obsédée par l’axiome de Foch selon lequel le principe de la guerre moderne consiste à chercher le cœur de l’armée ennemie, le centre de sa puissance, et à le détruire dans la bataille. Les irréguliers n’attaquaient pas de position et on les considérait donc comme incapables de forcer une décision. »<sup>11</sup></p>
<p style="text-align: justify;">« Les manuels définissent le but de la guerre comme étant “la destruction des forces organisées de l’ennemi” par “la bataille comme processus unique”. La victoire ne pouvait s’acheter que par le sang. C’était facile à dire puisque les Arabes ne disposaient pas de forces organisées, et par conséquent, un Foch turc n’aurait pas eu de sens ; et les Arabes n’auraient pas supporté de pertes, de sorte qu’un Clausewitz arabe n’aurait pu s’assurer la victoire. Ces sages devaient parler par métaphore, car les Arabes gagnaient indubitablement leur guerre… et une réflexion supplémentaire menait à la déduction qu’ils l’avaient effectivement gagnée. […] Cela semblait bien différent du rituel de la guerre dont Foch avait été le grand prêtre, et il semblait donc qu’il y avait là une différence de nature. […] La “guerre absolue” ne semblait donc qu’une variété de guerre ; on pouvait en discerner d’autres, ainsi que Clausewitz les avait énumérées : les guerres personnelles pour raisons dynastiques, les guerres d’expulsion pour des raisons partisanes, les guerres commerciales pour des raisons commerciales. »<sup> 12</sup><em><br />
</em>En effet Clausewitz sait que les guerres réelles s’éloignent peu ou prou du concept de « guerre absolue » en raison du « grand nombre d’objets, de forces et de rapports avec lesquels la guerre entre en contact dans la vie de l’État »<sup>13</sup>. En 1827, Clausewitz écrivait au major Röder : « Il peut y avoir des guerres plus anodines : une simple menace, une négociation armée ou, dans le cas de guerre de coalition, un simple simulacre d’opération. Il serait absolument faux de prétendre que ces “guerres” n’ont plus rien à voir avec l’art militaire. Dès que la stratégie est contrainte d’admettre qu’il peut, de toute évidence, exister des guerres qui ne visent pas à une fin extrême, à savoir la défaite et l’anéantissement de l’ennemi, il lui faut alors descendre jusqu’aux échelons les plus variés, quels qu’ils soient, et que peut exiger l’intérêt de la politique. »</p>
<p style="text-align: justify;">La clé est la corrélation entre le degré de violence de la guerre (allant de la simple observation armée au déchaînement des passions, et à l’engagement total) et la valeur politique de l’enjeu : « Moins grand est le sacrifice que nous exigeons de l’ennemi et moins considérables sont les efforts que nous devons attendre de sa résistance. Or, moins puissants seront ces efforts et plus faibles pourront aussi demeurer les nôtres. En outre, plus notre but politique sera modeste et moins nous y attacherons de valeur, et plus facilement nous nous résignerons à l’abandonner, ce qui sera pour nous une raison nouvelle de nous restreindre dans nos efforts. C’est donc le but politique, cause initiale de la guerre, qui détermine le résultat à atteindre par<em> </em>l’action militaire ainsi que les efforts à y consacrer, et cela non pas en soi et pour soi, mais parce que, à la guerre, on a affaire à des réalités et non à des abstractions, et il le fera donc simultanément dans les deux camps qui s’opposent. C’est ce qui explique comment le même but politique, recherché par plusieurs peuples ou par un seul peuple à des époques différentes, peut produire des effets absolument dissemblables. »<sup>14</sup></p>
<p style="text-align: justify;">Lawrence percevait bien que les disciples de Clausewitz avaient transformé son analyse de la « guerre caméléon » en une doctrine étroite et unilatérale. Lorsqu’il entre en correspondance avec Liddell Hart, qui depuis 1924 s’attaquait à la « conception napoléonienne », « c’est‑à‑dire sur le principe que, dans une guerre, l’objectif national ne peut être atteint que par une bataille décisive et la destruction des forces armées ennemies », Lawrence concède que « le système logique de Clausewitz est trop complet. Il égare ses disciples, tout au moins ceux d’entre eux qui préfèreraient se battre avec leurs “bras” plutôt qu’avec leurs “jambes”. […] Un excès de la part des tenants de la frappe entraîne une offensive de la part des tenants de la méthode du mouvement, puis le balancier oscille de nouveau. En ce moment, vous essayez […] de rétablir l’équilibre après l’orgie de la dernière guerre. Quand vous aurez réussi (vers 1945), vos disciples iront trop loin et devront être ramenés dans les bonnes limites par un autre stratège. Et ainsi de suite. »<sup>15</sup></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://2.bp.blogspot.com/-diS6pDMnSH8/T4LRC8vel4I/AAAAAAAAAfU/feU-5yd6iUY/s1600/laurence.jpg" alt="" width="664" height="849" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>6. Foch </strong><em>vs</em><strong> Clausewitz</strong><strong> </strong><strong>!</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Si les thèses de Lawrence entrent dans le cadre conceptuel de Clausewitz, elles sont contraires aux théories univoques et grossières de Foch. Lawrence lui‑même, on l’a vu, distingue les deux théoriciens – ce que n’a pas su faire son épigone, sir Basil Liddell Hart.<br />
On ne trouve pas chez Foch la mise en relation clausewitzienne de la guerre au but politique (et/ou à la nature du régime politique). Pour Foch, l’étude de Clausewitz permet de retrouver les « vrais » principes de la guerre, dégagés par Napoléon. Foch a une vision (relativement) historique des guerres passées, mais sa théorie se veut au‑dessus de l’infinie diversité des formes de la guerre. Il ne connaît que les guerres anciennes et la « guerre moderne » dont il prétend énoncer les principes. La manière dont Foch appauvrit la pensée de Clausewitz jusqu’à la rendre erronée suit ce cheminement : Clausewitz met en évidence un principe de Napoléon supérieur à l’art de la guerre de l’Ancien Régime, et indique en quoi cela rapproche la guerre napoléonienne du concept de « guerre absolue ». Foch en déduit qu’il s’agit de la meilleure manière de faire la guerre, toujours et partout. Ainsi, quand Foch cite Clausewitz : « Bonaparte a toujours marché droit au but sans se préoccuper en rien du plan stratégique de l’ennemi ; sachant que tout dépend des résultats tactiques et ne doutant jamais de les obtenir, il a sans cesse et partout recherché les occasions de combattre »<sup>16</sup>, c’est pour enchaîner, à son propre compte, « chercher les armées ennemies, centre de la puissance adverse, pour les battre et les détruire, prendre pour cela la direction et la tactique qui y conduisent le plus tôt et le plus sûrement, voilà toute la morale de la guerre moderne »<sup>17</sup><em>.</em> C’est le type même de formule qui heurtait Lawrence.</p>
<p style="text-align: justify;">Il est vrai que pour Clausewitz, la destruction de l’armée ennemie est le plus sûr moyen de vaincre. Mais il n’a jamais écrit que cela devait être toujours et partout l’objectif dans la guerre. Au contraire. Prenant l’exemple des guerres de Frédéric le Grand, Clausewitz écrit qu’avec son infériorité en troupes et en ressources, Frédéric aurait été perdu s’il s’était fixé comme but la destruction des armées autrichiennes et le renversement des Habsbourg. Clausewitz salue Frédéric qui a su proportionner ses ambitions à ses moyens, et sa stratégie à ses ambitions. Plus généralement, qu’« à la guerre, un grand nombre de voies conduisent au but, que ce but n’est pas toujours de renverser l’ennemi, et que la destruction de sa force armée, l’invasion, la conquête ou la simple occupation de ses provinces, ainsi que les opérations militaires qui appuient directement l’action politique ou l’attente passive du choc de l’attaque constituent autant de moyens à chacun desquels, selon que les circonstances s’y prêtent davantage, on peut recourir pour contraindre l’adversaire à se soumettre. »<sup>18</sup></p>
<p style="text-align: justify;">De ce point de vue, l’analyse de Lawrence est l’exemple parfait d’une analyse concrète d’une situation concrète. Faisant entrer en considération le front du Sinaï (où l’armée d’Égypte du général Murray affronte l’armée germano‑ottomane de von Falkenhayn), et les perspectives générales de la guerre mondiale, il met en évidence que le statu quo au Hedjaz est le cas de figure idéal. Les rebelles arabes doivent être suffisamment actifs pour maintenir les Turcs sur la défensive, mais que leurs attaques ne doivent pas bouleverser l’équilibre. Couper totalement la voie ferrée amènerait les Turcs à évacuer Médine. En accord avec Fayçal, Lawrence élabore une stratégie de guérilla centrée sur un harcèlement de la voie ferrée qui visait à la rendre « tout juste utilisable » par les Turcs, avec un maximum de pertes et d’inconvénients.<br />
Lawrence ne cachait pas son peu d’estime pour Foch. Il en parle à plusieurs reprises dans sa correspondance : « Je crains que le livre sur Foch [qu’entreprenait Liddell Hart] ne puisse pas être très intéressant. C’était quelqu’un de plutôt terne, sans aucun doute, avec plus de mordant que de cervelle<sup>19</sup>. C’est une ironie qui en fit le général qui termina heureusement la dernière phase<em> </em>[de la Première Guerre mondiale]<em>.</em><em> </em>»<sup>20</sup></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>7. La marche vers Damas</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Lawrence ne peut imposer son plan : l’état‑major britannique souhaite et obtient des Hachémites l’anéantissement de la garnison de Médine. Lawrence demande alors un détachement pour mener un raid sur la ville portuaire d’Akaba. La prise d’Akaba élargirait le front, souderait la rébellion arabe à l’armée britannique au Sinaï, et lui fournirait une base d’opérations vers la Palestine et la Syrie. Cette offensive, principale aux yeux de Lawrence, pouvait entrer à titre de diversion dans le plan britannique. Lawrence reçoit donc de Fayçal une poignée de Bédouins pour la mener à bien. Lawrence traverse le désert du Nefoud, rallie les tribus et s’empare par surprise d’Akaba, le 5 juillet 1917. Les Turcs qui attendent une attaque venant du large (la Royal Navy maîtrise la mer Rouge) sont surpris par l’attaque venant du désert. La prise d’Akaba fait l’effet d’un coup de tonnerre. Elle donne à Lawrence le grade de major, l’Ordre du Bain, et l’oreille des généraux du Caire, où Allenby a remplacé Murray après son second échec devant Gaza.</p>
<p style="text-align: justify;">Lawrence reçoit des armes, de l’or, des instructeurs et finalement des troupes, des voitures blindées, de l’artillerie et des avions pour pratiquer en grand sa stratégie de harcèlement. Jamais sa stratégie n’est infléchie par les moyens mis à sa disposition. Les autos blindées sont utilisées dans des raids où elles n’imposent pas de contraintes autres que celles des méharistes : elles peuvent opérer à 600 km de leur base en étant ravitaillées en essence par chameaux et par avion.</p>
<p style="text-align: justify;">À partir d’Akaba, les raids se multiplient contre les lignes de communications turques : dix‑huit trains sont dynamités et pillés en quatre mois, des gares attaquées et des kilomètres de voies ferrées détruites. Deux mois après la prise de la ville, l’armée hachémite marche sur la Jordanie et prend Azrak qui devient sa nouvelle base d’opérations. C’est là que Lawrence prend connaissance des accords Sykes‑Picot qui prévoient le partage de l’Empire ottoman entre Français et Anglais. La parole donnée aux Arabes insurgés ne sera pas respectée : les territoires arabes libérés ne formeront pas un État arabe indépendant<sup>21</sup>. Si Lawrence décide, en dernière analyse, de servir la Grande‑Bretagne, il garde l’espoir d’échapper au dilemme en donnant à l’armée arabe un tel rôle qu’il en sera tenu compte dans les négociations de l’après‑guerre.</p>
<p style="text-align: justify;">Lorsque Allenby, qui a repris en main l’armée britannique du Sinaï, demande à Lawrence d’appuyer son offensive en lançant l’armée arabe sur les arrières des Turcs et en y provoquant un soulèvement général, Lawrence se dérobe. Il refuse de jouer l’armée arabe sur un coup de dé. Il propose un objectif ponctuel : l’attaque du viaduc de Yarmok, crucial pour les communications turques, mais, comme il l’écrivit lui‑même, « cette demi‑mesure rencontra l’échec qu’elle méritait ». Allenby enfonce le front turc et l’armée britannique entre à Jérusalem le 9 décembre 1917. À Tafileh, sur la mer Morte, Lawrence défait le 25 janvier 1918 une contre‑offensive turque dans une bataille classique d’enveloppement par les ailes<sup>22</sup>. Mais l’armée turque, renforcée de contingents allemands, rétablit une position solide sur la ligne Naplouse‑Amman.</p>
<p style="text-align: justify;">Le 19 septembre 1918, Allenby lance sa seconde offensive et réalise sa brillante manœuvre de Megiddo. Un vaste programme de désinformation persuade le général allemand Liman von Sanders, le vainqueur des Dardanelles, que les Britanniques attaqueront à droite, le long du Jourdain. L’offensive est menée à gauche, sur un front très étroit du secteur côtier. Sitôt la rupture accomplie, l’infanterie anglaise se rabat sur la droite et « ouvre la porte » à une masse de cavalerie anglaise et australienne qui déferle sur Meggido, Nazareth et Naplouse : 44 000 Turcs sont capturés.</p>
<p style="text-align: justify;">Allenby avait demandé à Lawrence d’entretenir Liman von Sanders dans l’idée que la menace viendrait de l’est et, secondairement, d’entraver les communications turques. L’armée hachémite avait reçu pour cela des renforts importants (l’Imperial Camel Corps, des avions, des autos blindées), mais Lawrence alla bien au‑delà de sa mission, en suivant son idée de donner à la révolte arabe des gages politiques. Le 26 septembre, il prend Deraa, le point de jonction du système ferroviaire turc, et tandis que la défaite ottomane se transforme en débâcle, il marche sur Damas, la capitale historique du monde arabe. La ville est prise le 1<sup>er</sup> octobre 1918. Lawrence et Fayçal y font une entrée triomphale, Hussein y est proclamé « roi des Arabes ». La guerre se termine et, comme Lawrence le craignait, les Arabes ont tiré les marrons du feu pour les puissances impérialistes. La France s’attribue la Syrie qu’elle s’empressera de balkaniser (un État de Damas, un État d’Alep, un Territoire autonome des Alaouites, un sandjak d’Alexandrette et un État du Grand Liban<sup>23</sup>). L’Angleterre s’octroie la Jordanie, l’Irak et la Palestine. L’idéal de l’indépendance arabe s’évanouit. Lawrence boit le calice jusqu’à la lie en servant de conseiller et de traducteur aux négociations qui priveront les Arabes des fruits de leur victoire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>8. Le point de vue de Weinstock</strong><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">Nathan Weinstock affirme que la « libération » de la Syrie par l’armée arabe de Fayçal relèvera de la mise en scène la plus grossière. Ainsi, à Deraa, on procédera à un véritable simulacre d’occupation alors que la ville avait été conquise par les troupes indiennes du général Barrow. La farce sera plus énorme encore à Damas où « malgré toutes les précautions qui avaient été prises », la ville fut malheureusement enlevée par les Australiens au lieu des Arabes. Qu’importe, les Australiens évacueront la ville afin de permettre à Fayçal d’y faire une entrée triomphale »<sup>24</sup><em>. </em>C’est forcer le trait pour au moins trois raisons. Primo, si l’armée britannique a pu emporter la victoire décisive en Palestine, c’est notamment parce que les Turcs avaient dû immobiliser 55 000 hommes dans les régions où opéraient les 3000 hommes de Lawrence. Secundo, les hommes de Lawrence avaient déjà complètement investi Deraa le 17 septembre, le jour où Allenby commençait seulement son offensive. Tertio, l’entrée en Syrie de l’armée hachémite avait mis tout l’arrière turc en ébullition, le harcèlement des troupes en retraite empêchant le rétablissement d’une position défensive.</p>
<p style="text-align: justify;">Conformément aux consignes d’Allenby (et avec l’arrière‑pensée de marcher au plus vite sur Damas), Lawrence attaquait les colonnes turques retraitant, sans se soucier de Deraa. Ce n’est qu’après avoir appris que l’essentiel de la garnison avait abandonné la ville et qu’une reconnaissance arabe y avait pénétré, qu’il y envoya un parti de cavaliers. Ceux‑ci entrèrent dans Deraa, firent 500 prisonniers et s’emparèrent de deux canons<sup>25</sup>. Il en alla de la prise de Deraa comme de celle de Gibraltar, selon le comte de Saint‑Simon, « y aller et s’en emparer ne fut que la même chose »<em>.</em> Damas avait également été évacuée par sa garnison. La ville était offerte aux premiers qui la pourraient prendre, Australiens de Chauvel ou Arabes de Fayçal. Si Allenby retint à ses portes le Desert Mounted Corps pour céder le pas à l’armée hachémite, c’était partie le geste politique d’un général qui appréciait personnellement Lawrence et les services rendus par la révolte arabe, partie un geste de prudence. Il y avait à Damas des nationalistes arabes prêts à l’insurrection, et Allenby avait convenu de laisser une nuit les troupes de Fayçal seules dans la ville pour préparer les Damascènes à l’arrivée des Britanniques. Allenby voulait que ses troupes soient reçues comme des alliés, pour pouvoir faire librement circuler ses convois dans la région. Laisser les Arabes prendre Damas était de la part d’Allenby un calcul militaire à moyen terme, et non le calcul impérialiste à long terme que Weinstock dénonce. Mais malgré ses exagérations et ses inexactitudes, l’analyse de Weinstock reste la meilleure pour décrypter les enjeux politiques de l’époque, et notamment la manière dont les Hachémites utilisaient et abandonnaient la cause nationale en fonction de leurs intérêts féodaux.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>9. La thèse de Lawrence</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Après la guerre, Lawrence résuma sa thèse sur la guerre irrégulière, en l’articulant en six points : « Voilà la thèse : la rébellion doit avoir une base inattaquable, un lieu à l’abri non seulement d’une attaque mais de la crainte d’une attaque : une base comme la révolte arabe en avait dans les ports de la mer Rouge, dans le désert ou dans l’esprit des hommes qui y souscrivaient. Elle doit avoir un adversaire étranger à l’équipement perfectionné, qui se présente sous la forme d’une armée d’occupation disciplinée, trop petite pour satisfaire à la règle du rapport effectifs‑superficie, trop réduite pour adapter le nombre à l’espace, en vue de dominer toute la zone de façon efficace à partir de postes fortifiés. Elle doit s’appuyer sur une population amie, non pas activement amie, mais assez sympathisante pour ne pas informer l’ennemi des mouvements des rebelles. Une rébellion peut être menée par 10% d’éléments actifs et 90% d’éléments passifs. Les quelques rebelles actifs doivent posséder des qualités de vitesse et d’endurance, d’ubiquité et l’indépendance des voies de ravitaillement. Ils doivent disposer de l’équipement technique nécessaire pour détruire ou paralyser les communications ennemies […]. En bref, à condition que soient donnés mobilité, sécurité (sous la forme d’objectifs soustraits à l’ennemi), temps et doctrine (l’idée de s’attirer la sympathie de tous), la victoire appartiendra aux insurgés, car les facteurs algébriques sont en fin de compte décisifs, et contre eux, la perfection des moyens et la lutte morale restent vaines. »<sup>26</sup></p>
<p style="text-align: justify;">À lire les hagiographes de Lawrence, l’armée hachémite s’empara seule, coup sur coup, de Deraa et de Damas, dans une marche victorieuse où les armées de Barrow et de Chauvel sont singulièrement absentes. Ainsi par exemple chez Benoist‑Méchin : « Grâce à la mobilisation de ses commandos de Bédouins […] grâce aussi à sa connaissance du désert et à son expérience des coups de mains, Lawrence pouvait rendre à Allenby des services inestimables. Il pouvait accélérer la débâcle des Turcs et foncer à toute allure sur Damas, l’occuper avant l’arrivée des unités britanniques, et empêcher les troupes ottomanes de s’y retrancher. Lawrence ne l’ignorait pas. Aussi, tenait‑il à s’entourer des contingents chérifiens aussi étoffés que possible, pour pouvoir affirmer plus tard que la Syrie avait été libérée, non par les fantassins d’Allenby, mais par les cavaliers de Fayçal. Avec quelle émotion ne vit‑il pas apparaître à l’horizon, le 1<sup>er</sup> octobre 1918, la silhouette de la ville dont il n’avait cessé de nourrir son rêve ? » etc.<sup>27</sup> Lawrence lui‑même reconnaît le rôle essentiel de l’aide extérieure. Les ports de la mer Rouge formaient des bases sûres parce que les monitors et les croiseurs de la Royal Navy les protégeaient de leur artillerie. Les Anglais ont fourni l’équipement nécessaire, et ils ont même créé les conditions politiques du triomphe de la rébellion, puisque le ralliement de nombreuses tribus à la cause hachémite fut littéralement acheté par l’or anglais. Et finalement, c’est la seconde offensive d’Allenby qui provoqua l’effondrement de l’armée turque en Palestine.</p>
<p style="text-align: justify;">Les analyses de Weinstock sont un salutaire contrepoids aux tableaux de légende des biographes de Lawrence<sup>28</sup>, mais elles pèchent par excès inverse. Weinstock minimise l’impact de la guérilla arabe, soulignant qu’elle n’aurait pu atteindre aucun de ses objectifs sans l’aide de l’Angleterre, et reprenant le mot de Lawrence selon lequel une bonne compagnie turque aurait pu battre toute l’armée arabe. Lawrence a bien écrit « un millier de nos hommes formait une cohue impuissante contre une compagnie de Turcs disciplinés ; mais trois ou quatre Arabes dans les montagnes valaient bien douze Turcs. Napoléon avait fait la même remarque à propos des mameluks <sup>29</sup>. »<sup>30 </sup>Cette réflexion, il l’avait déjà faite dans ses rapports pour le bulletin confidentiel du commandement britannique en Égypte<sup>31</sup>. Mais loin de disqualifier les Arabes, dont Weinstock écrit qu’ils étaient « tout juste bons [sic] pour mener quelques actions de harcèlement de type guérilla »<sup>32</sup>, Lawrence est parti de ces caractéristiques pour leur donner une efficacité stratégique. Pour ce faire, il s’est gardé de leur faire affronter une compagnie turque en combat réglé tant qu’il n’avait pas de réguliers ni d’artillerie. Sa première bataille rangée (l’anéantissement du parti turc à la bataille de Tafileh), n’aura lieu que le 25 janvier 1918 ; il avait à ce moment les moyens de la guerre classique mais même alors, il continua de privilégier la guerre irrégulière. Pour les besoins de la polémique, Weinstock sous‑estime l’impact et l’efficacité de la révolte arabe. Murray avait lancé 40 000 soldats britanniques contre les 13 000 soldats turcs retranchés à Gaza. Les Turcs résistèrent victorieusement en perdant 1700 hommes, tandis que Murray en perdait 3 000. Lawrence prend Akaba et inflige aux Turcs une perte de 1 200 hommes en perdant… 2 Bédouins. Weinstock est un cas particulier : le rôle de la guérilla arabe est largement reconnu : « Pour le commandant en chef britannique, sa valeur fut grande car elle accapara des renforts de ravitaillement que les Turcs envoyèrent au Hedjaz et protégea le flanc droit des Britanniques dans leur avance à travers la Palestine. Bien plus&#8230; elle supprima toute menace d’établissement d’une base sous‑marine allemande sur la mer Rouge. C’étaient là des services importants, et qui valaient bien l’or et les munitions dépensées pour les troupes arabes. »<sup>33</sup></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>10. Conclusions et spéculations</strong><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Par une soigneuse persévérance, tenue strictement dans la limite de ses forces et en suivant l’esprit de ces théories, l’armée arabe fut finalement en mesure de réduire les Turcs à l’impuissance, et la victoire totale semblait en vue lorsque la vaste offensive du général Allenby en Palestine jeta les principales forces ennemies en pleine confusion et mit immédiatement fin à la guerre turque. La trop grande dimension de cette offensive priva la révolte arabe de l’occasion de poursuivre jusqu’au bout la maxime du maréchal de Saxe selon qui une guerre peut être remportée sans livrer bataille<sup>34</sup>. Mais on peut au moins dire que ceux qui dirigèrent celle‑là travaillèrent à la lumière de cette maxime pendant deux ans, et ce fut efficace. C’est un argument pratique que l’on ne peut entièrement tourner en dérision. »<sup>35</sup></p>
<p style="text-align: justify;">Lawrence luttait sur un champ de bataille qui était une fraction marginale des gigantesques zones de combats de la Première Guerre mondiale. S’il avait dû développer sa réflexion stratégique dans un autre cadre (si l’armée ottomane ne devait pas également se battre en Palestine et dans le Caucase, si son sort n’était pas lié à celui des empires centraux), il aurait dû tôt ou tard se poser la question de l’anéantissement de l’armée turque de Médine, ou son refoulement vers la Turquie. La rébellion arabe aurait peut‑être pu libérer seule le Hedjaz. L’Empire ottoman avait perdu de nombreuses provinces au fil des siècles, il aurait aussi bien pu renoncer au Hedjaz dont la valeur symbolique (religieuse) avait perdu de son importance depuis le triomphe de l’idéologie pan-turque à Istanbul. Les caractères particuliers de la région (essentiellement son immensité et son caractère désertique) rendent cette hypothèse recevable. Mais pour libérer toute l’Asie arabe de la domination turque, il aurait fallu que Lawrence renonçât tôt ou tard à l’action indirecte pour se poser la question de l’anéantissement (ou, du moins, du refoulement) des forces vives de l’armée turque. Il aurait dû couronner sa guérilla par un Dien Bien Phu arabe. Lawrence, d’ailleurs, n’écartait pas le recours à une stratégie conforme au concept clausewitzien de « guerre absolue » (la seule que Foch admette, sous le vocable de « guerre moderne », celle que Lawrence appelle « guerre‑meurtre ») : « S’ils [les Turcs] s’en allaient tranquillement, la guerre finirait. S’ils refusaient de partir, nous les presserions ou nous essayerions de les mettre à la porte. En dernier ressort nous en serions peut‑être réduits à l’action désespérée et aux maximes de la “guerre‑meurtre”, mais toujours aux moindres frais possibles : les Arabes se battaient pour la liberté, et c’est un plaisir que l’on peut seulement goûter vivant. »<sup>36</sup></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>11. L’héritage de Lawrence</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Liddell Hart estimait que Lawrence en savait plus sur la guerre que n’importe lequel des généraux de la Grande Guerre. De fait, la pensée stratégique de Lawrence a une portée plus vaste qu’il n’y paraît d’abord. Dans une lettre à Liddell Hart, qui avait rédigé un article sur la guérilla à partir d’extraits des <em>Sept piliers</em>, Lawrence écrivit : «<em> </em>Afin d’amener les militaires à se battre sur mon propre terrain, j’ai continuellement limité mon propos à la guerre irrégulière. Malheureusement ils ne se sont pas laissé attirer. En écrivant, j’avais l’intention de donner à mon texte ce champ d’application plus vaste que vous avez découvert. Presque à chaque fois, vous pouviez remplacer la “guerre irrégulière” par la “guerre de mouvement” sans nuire à l’argumentation. » La pensée stratégique de Lawrence trouva un héritier majeur en son biographe, sir Basil Liddell Hart, qui prendra Clausewitz tout à fait à contre‑pied en affirmant que la stratégie devait réduire les combats aux proportions les plus minces possibles, et plutôt rompre l’équilibre de l’ennemi en introduisant dans le domaine des opérations un facteur psychologique ou économique le plaçant en position d’infériorité. Liddell Hart a même avancé qu’il fallait consacrer le minimum de forces nécessaires à l’action sur le point décisif et le maximum pour distraire les forces ennemies.</p>
<p style="text-align: justify;">Le classique de Liddell Hart, <em>Strategy</em><sup>37</sup>, est une apologie de la guerre indirecte, ouvertement anti‑clausewitzienne, qui plonge ses racines dans ce qu’il appelait le « mode britannique de faire la guerre », le <em>British Way of Warfare</em>. Il est vrai que le caractère insulaire de la Grande‑Bretagne, peu exposée à une invasion et peu disposée à une occupation directe de territoires sur le continent, commande une culture militaire spécifique. Ainsi lors des guerres de la Révolution et de l’empire : à la différence des Autrichiens, Russes et autres Prussiens qui marchaient droit sur l’armée française, l’Angleterre multipliait les opérations indirectes. Envoi de corps expéditionnaires à Malte et dans la péninsule Ibérique, financement et armement des ennemis de Napoléon, guerre navale, conquête ou blocus des colonies, etc. Le caractère thalassocratique de la Grande‑Bretagne lui fit retrouver les principes stratégiques de l’antique Athènes<sup>38</sup>.</p>
<p style="text-align: justify;">Liddell Hart invoqua très souvent Lawrence dans sa croisade anti‑clausewitzienne, et Lawrence s’est exprimé sur cet embrigadement : « C’est un très bon écrivain militaire, très pénétrant – mais malheureusement il se trouve que mon sens tactique et mes principes vont dans le même sens que la théorie de la guerre qu’il préconise, à tout bout de champ. Aussi m’utilise‑t‑il comme prétexte pour exprimer le bien‑fondé de ces idées, et cela rend plus invraisemblables même les parties de son livre bien étayées. »<sup>39</sup><em> </em>Lawrence a d’ailleurs ouvertement défendu Clausewitz contre Liddell Hart : « Liddell Hart […] s’enflamme pour son sujet favori, qui est : le manque de réflexion dans l’armée britannique. Il ne vit que pour éviter les batailles et les meurtres, et gagner des campagnes grâce à d’ingénieux stratagèmes. Il y a chez lui une sincérité ténue. C’est bien, je crois, dans les limites du raisonnable. Il pousse trop loin sa répulsion pour Clausewitz. »<sup>40</sup><em> </em>Outre cette filiation directe et bien connue, T. E. Lawrence allait trouver des héritiers moins attendus. Lors des négociations de 1946 sur la nature du retour de l’autorité française en Indochine, le général Salan, futur commandant du Corps expéditionnaire français au Vietnam, s’entretint avec le général Giap. Salan a rapporté à quel point il a été frappé par l’influence de Lawrence sur Giap. Selon Giap, « Lawrence combinait la sagesse, l’intégrité, l’humanité, le courage et la discipline avec l’empathie, soit l’aptitude à s’identifier émotionnellement aussi bien avec les subordonnés qu’avec les supérieurs. » Giap, par ailleurs lecteur attentif de Clausewitz, lui affirma que <em>Les sept piliers de la sagesse</em> était son « évangile du combat », et que ce livre ne le quittait jamais. On sait l’usage qu’il en fit…</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>T. Derbent</strong> est l’auteur de plusieurs ouvrages de référence aux éditions Aden.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Clausewitz et la guerre populaire</em> (suivi de deux textes inédits : <em>Notes sur Clausewitz de Lénine</em> et <em>Conférences sur la petite guerre de Clausewitz</em>, éd. Aden, 2004, 192 pages, 16 euros) étudie la place de la guerre populaire, telle qu’apparue en Espagne, au Tyrol et en Russie contre les armées napoléoniennes, dans les théories de Clausewitz, et dans un second temps, l’impact des théories de Clausewitz sur les stratèges révolutionnaires du xx<sup>e</sup> siècle et de notre siècle naissant. Lue, annotée et débattue par Marx, Engels, Lénine, Staline, Giap et d’autres stratèges révolutionnaires, l’œuvre de ce général monarchiste prussien doit être considérée comme une des sources constitutives du marxisme-léninisme. On mesurera l’importance que l’architecte d’Octobre accorde à Clausewitz au fait que trois mois avant la Révolution soviétique, Lénine, passé à la clandestinité, franchit la frontière finlandaise en n’emportant qu’un maigre bagage et deux livres : <em>La guerre civile en France</em> de Marx et <em>Vom Kriege</em> de Clausewitz.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>Giap et Clausewitz </em>(suivi de <em>Guerre du peuple, armée du peuple</em> de Ernesto Che Guevara et de<em> Contribution à l’histoire de Dien Bien Phu</em> du Général Vo Nguyen Giap, éd. Aden, 2006, 144 pages, 9 euros) met en évidence les relations entre la théorie de Clausewitz et les analyses, les choix et la personne du général Giap, qui fut un lecteur attentif de <em>Vom Kriege</em>. Le général Giap s’est en effet révélé être l’un des meilleurs praticiens de la guerre populaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>La résistance communiste allemande</em> (éd. Aden, 2008, 117 pages, 10 euros) restitue l’histoire oubliée de la lutte menée par communistes allemands contre le régime nazi de 1933 à 1945. Fort d’une abondante documentation largement négligée par les tenants de l’histoire officielle, T. Derbent présente les multiples formes d’une résistance systématiquement réprimée mais incessante, héroïque et efficace, dans les usines, les bagnes et les maquis.</p>
<p style="text-align: justify;"> <strong>Alexis Horellou</strong> est auteur de bandes dessinées (voir la trilogie <em>Lawrence d’Arabie</em>, avec un scénario de Tarek, aux éditions Emmanuel Proust, deux tomes parus en 2007 et 2009, un à paraître), animateur de Vanille Goudron, collectif de bd alternative qui publie <em>Jukebox</em>. Peintre et illustrateur (affiches, pochettes d’albums), il est aussi le père d’une famille de freaks et de gueules cassées qui composent un ensemble d’une quinzaine de toiles. Son blog : http://alexishorellou.over-blog.com.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Notes</strong></p>
<p style="text-align: justify;">1. Lawrence l’appréciait tant pour son art de faire la guerre que pour celui de l’écrire ; dans sa lettre à Bernard Shaw du 7 décembre 1922, il écrivait : « Les<em> Commentaires</em> sont un de mes livres favoris. Je les emporte avec moi, et les lis régulièrement. » Cf. <em>Lettres de T. E. Lawrence,</em> NRF Gallimard, 1948, p. 336.</p>
<p style="text-align: justify;">2. Cf. Jeremy Wilson, <em>Lawrence d’Arabie –</em><em> </em><em>La biographie autorisée de T.E. Lawrence, </em>Éd. Denoël, 1994, p. 69 et 1087 (note 46). Lawrence participa au camp d’été de 1910 de l’OTC d’Oxford et prit part à des manœuvres comprenant un simulacre de bataille dont l’adversaire était (naturellement) l’OTC de Cambridge&#8230;</p>
<p style="text-align: justify;">3. La connaissance qu’avait Lawrence de l’allemand est discutée. Dans sa bibliothèque de 1500 volumes, on n’a pas trouvé un seul ouvrage en allemand : son Clausewitz était une traduction française. Cf. les recherches de l’association T. E. Lawrence Studies (http://telawrence.info).<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">4. T. E. Lawrence, <em>Les sept piliers de la sagesse</em>, traduction de Charles Mauron, Petite bibliothèque Payot, coll.Documents, 1992, p. 221‑222.<br />
Il avait déjà plus rapidement évoqué cette lecture (<em>idem</em> p. 193).</p>
<p style="text-align: justify;">5. Jean de Bourcet (1700‑1780), ingénieur et théoricien militaire français, auteur des <em>Mémoires militaires sur les frontières de la France.</em></p>
<p style="text-align: justify;">6. Lettre à Charlotte Shaw du 24 août 1926. Cf. Jeremy Wilson, <em>Lawrence d’Arabie </em>(<em>op. cit.</em>), p. 61.</p>
<p style="text-align: justify;">7. Lettre à Liddell Hart du 26 juillet 1933. Cf. <em>Lettres de T. E. Lawrence</em> (<em>op. cit.</em>), p. 709.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">8. En exposant cette manœuvre dans l’article « L’évolution d’une révolte », publié en octobre 1920 dans <em>The Army Quarterly, </em>Lawrence invoque Clausewitz : « Ce mouvement excentrique réussit comme par enchantement. Clausewitz a déclaré que les arrière‑gardes règlent les mouvements de l’ennemi comme une pendule, non par leur action proprement dite mais par le seul fait d’exister. Nous n’accomplîmes rien de concret mais notre marche ramena les Turcs (alors presque à Rabegh) jusqu’à Médine » ; cf. T. E. Lawrence : <em>Dépêches secrètes d’Arabie</em><em> </em><em>; [Le rêve anéanti]</em><em> </em><em>; Lettres de T. E. Lawrence à E. T. Leeds</em><em> </em><em>; Lettres de T. E. Lawrence,</em> Éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1992, p. 243. La citation exacte de Clausewitz est : « C’est moins par leur action effective que par le fait même de leur présence, moins en combattant qu’en menaçant sans cesse de combattre, que les corps avancés remplissent leur mission. Ils n’enrayent pas l’action de l’ennemi, mais comme un pendule ils en modèrent et en règlent les mouvements, et permettent ainsi d’en faire un élément intégrable à nos calculs. » Cf. Clausewitz : <em>De la guerre</em>, Éd. Gérard Lebovici, 1989, p. 395. Lawrence parle d’arrière‑gardes et Clausewitz de corps avancés. Il n’y a pas de contradiction : les corps avancés forment l’arrière‑garde en cas de retraite – ce que Clausewitz analyse en détail aux chapitres XIII du Livre IV et VIII du Livre V. Il est à noter que Lawrence évoquera cette analyse de Clausewitz pendant la bataille de Talifeh (cf.<em> infra</em>), cf.<em> Les sept piliers de la sagesse</em> (<em>op. cit.</em>), p. 436.</p>
<p style="text-align: justify;">9. T. E. Lawrence, <em>Les sept piliers de la sagesse </em>(<em>op. cit.</em>), p. 223.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">10. T. E. Lawrence, « Guérilla » (dans <em>Encyclopedia Britanica</em>, vol. X, 14<sup>e</sup> édition, 1926), article intégralement traduit (sous le titre « La guerre de guérilla ») par Catherine Ter Sarkissian dans l’<em>Anthologie mondiale de la stratégie</em> de Gérard Chaliand, Éd. Robert Laffont, coll. Bouquins, 1990, p. 1128.</p>
<p style="text-align: justify;">11. T. E. Lawrence, « Guérilla » (<em>op. cit</em>.), p. 1126.</p>
<p style="text-align: justify;">12. T. E. Lawrence, « Guérilla » (<em>op. cit.</em>), p. 1128.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">13. Clausewitz, <em>De la guerre</em> (<em>op. cit.</em>), p. 819.</p>
<p style="text-align: justify;">14. Clausewitz, <em>De la guerre</em> (<em>op. cit.</em>), p. 41‑42.</p>
<p style="text-align: justify;">15. Basil H. Liddell Hart, <em>Mémoires</em>, Éd. Fayard, 1970, p. 71. La lettre de Lawrence a été écrite en 1921.</p>
<p style="text-align: justify;">16. Clausewitz, <em>De la guerre </em>(<em>op. cit.</em>), p. 520. Foch a fait de deux phrases une seule dans sa citation.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">17. Foch, <em>Des principes de la guerre</em>, Conférences faites en 1900 à l’Ecole supérieure de Guerre, cinquième édition, Berger‑Levrault libraires‑éditeurs, 1918, p. 40‑41.</p>
<p style="text-align: justify;">18. Clausewitz, <em>De la guerre </em>(<em>op. cit.</em>), p. 62.</p>
<p style="text-align: justify;">19. Lawrence expliquera qu’il avait emprunté cette formule à Clemenceau qui, pour caractériser Foch, aurait dit : « plus de dent que de cervelle », cf. la lettre de Lawrence à A. E. Chambers du 5 mars 1934, dans <em>Lettres de T. E. Lawrence</em> (<em>op. cit.</em>), p. 730. L’essai de Liddell Hart sur Foch paraîtra en 1931, et Lawrence écrira à l’auteur : « Vous le démolissez complètement, en tant que soldat : en tant que politicien, il lui suffisait, pour se discréditer, de son propre témoignage. Mais, en tant qu’être humain il se tire bien, et honorablement, de ce que vous avez écrit », cf. la lettre du 25 avril 1932, dans <em>Lettres de T. E. Lawrence</em> (<em>op. cit.</em>), p. 679.</p>
<p style="text-align: justify;">20. Lettre à Liddell Hart du 13 avril 1931, dans <em>Lettres de T. E. Lawrence </em>(<em>op. cit.</em>), p. 659.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">21. Au sens strict, les accords Sykes‑Picot prévoyaient un royaume hachémite indépendant (le désert s’étendant au sud de la ligne Akaba‑Koweit), et des zones arabes « indépendantes » où les puissances impérialistes n’auraient eu qu’une influence politique et économique. Ainsi, la France s’attribuait le Liban et la Cilicie tandis que la Syrie et la région de Mossoul étaient sous son « influence » politique et économique. L’Angleterre s’attribuait la Mésopotamie en intégrant la future Jordanie dans sa « zone d’influence », la Russie devant recevoir Constantinople et une « influence » en Arménie et au Kurdistan, Jérusalem devenant une « zone internationale ». L’influence accordée aux Français devait être mesurée à celle que l’Angleterre s’attribuerait dans sa zone, ce qui amena Lawrence à ne pas tout à fait désespérer de cet accord : si l’Angleterre renonçait à une interprétation impérialiste de ce « droit d’influence », la France serait obligée de faire de même. Ces accords étaient secrets et c’est le gouvernement soviétique qui rendit public toute la diplomatie secrète impérialiste.</p>
<p style="text-align: justify;">22. Lawrence décrivit cette bataille à un historien militaire comme une « action plutôt indécente » au cours de laquelle il s’était cité « les aphorismes insensés de Foch et autres répandeurs de sang au combat » ; et de conclure : « Tafileh ne valait pas les hommes qu’il nous a coûtés : tuer du Turc ne faisait pas partie de mes fonctions. […] Les batailles constituent en général l’ultime retranchement des imbéciles dans une guerre déclarée : et je regrette profondément d’avoir livré celle‑ci ». Cf. sa lettre du 28 décembre 1929 au commandant Archibald Becke, dans T. E. Lawrence, <em>Dépêches secrètes d’Arabie </em>(<em>op. cit.</em>), p. 877.</p>
<p style="text-align: justify;">Selon Robert Graves, ami et correspondant de Lawrence, ce dernier aurait même, au cœur de l’action, récité des préceptes de Clausewitz, apprenant ainsi à un chef de la tribu Motalga que selon Clausewitz, les troupes de réserves, pour être utiles n’avaient pas besoin d’agir : il leur suffisait d’exister. Cf.<em> Lawrence et les Arabes</em>, Payot, Petite Bibliothèque Payot/Voyageurs, 1992, p. 187.</p>
<p style="text-align: justify;">23. Seuls les trois premiers de ces « États » artificiels reformeront la Syrie telle qu’elle arrachera son indépendance à la France à la fin de la Seconde Guerre mondiale. Le Liban avait reçu son indépendance en 1943. Quant au sandjak (district) d’Alexandrette, il avait été cédé par la France à la Turquie le 3 juin 1939.</p>
<p style="text-align: justify;">24. Nathan Weinstock, <em>Le mouvement révolutionnaire arabe</em>, François Maspero éditeur, Petite collection n°60, 1970, p. 43.</p>
<p style="text-align: justify;">25. T. E. Lawrence, <em>Dépêches secrètes d’Arabie</em>, (<em>op. cit.</em>), p. 155.</p>
<p style="text-align: justify;">26. T. E. Lawrence, « Guérilla » (<em>op. cit.</em>), p. 1137.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">27. Benoist‑Méchin, <em>Lawrence d’Arabie ou le rêve fracassé</em>, La Guilde du Livre et les Éditions Clairefontaine, 1961, p. 139.</p>
<p style="text-align: justify;">28. À l’exception de <em>Lawrence l’imposteur, </em>de Richard Aldington (édition française : Amiot‑Dumont, coll. Toute la ville en parle, 1954) qui relève davantage de l’exécution que de la biographie.</p>
<p style="text-align: justify;">29. Cf.<em> Mémoires pour servir à l’histoire de France, sous Napoléon, écrits à Sainte</em><em>‑</em><em>Hélène, par les généraux qui ont partagé sa captivité, et publiés sur les manuscrits entièrement corrigés de la main de Napoléon</em>, Tome 1 (écrit par le général Charles‑Tristan de Montholon), Firmin‑Didot père et fils librairies, Bossange frères libraires, 1823 : « 2 mameluks tenaient tête à 3 Français ; 100 Français ne craignaient pas 100 mameluks, 300 étaient vainqueurs d’un pareil nombre ; 1000 en battaient 1500, tant était grande l’influence de la tactique, de l’ordre et des évolutions ». La formule est citée approximativement par Foch dans ses <em>Principes de la guerre</em> (<em>op. cit.</em> p. 267). À titre de curiosité, signalons qu’Engels la cite parmi les exemples de conversion de la quantité en qualité au chapitre XII de l’<em>Anti</em><em>‑</em><em>Dühring</em> (Éd. sociales, 1956, p. 160).<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">30. T. E. Lawrence, <em>Les sept piliers de la sagesse </em>(<em>op. cit.</em>), p. 164. Dans « Guérilla dans le désert 1916‑1918 », (Éd. Complexe, coll. Historiques‑Politiques, 1992, p. 65), Lawrence fait référence à cette évaluation de Napoléon en précisant qu’Ardant du Picq (le théoricien français auteur des <em>Études pour le combat</em>) en avait généralisé l’application. « Guérilla dans le désert » a été publié en 1921 dans <em>The Army Quarterly</em> (vol. I, n°1) sous le titre « L’Évolution d’une révolte ».</p>
<p style="text-align: justify;">31. T. E. Lawrence, <em>Dépêches secrètes d’Arabie </em>(<em>op. cit.</em>) : « Je pense qu’une seule compagnie de Turcs convenablement abritée dans une tranchée en terrain découvert, battrait les armées du chérif. C’est seulement dans la défense que les tribus ont de la valeur, et leur véritable domaine est la conduite de la guerre de guérilla. » (26 novembre 1916, p. 28) ; « Pris séparément, ils sont bons : je dirais volontiers que plus le détachement en action est restreint, meilleure sera sa performance. L’efficacité d’un millier d’entre eux ne vaudrait rien contre celle du quart de ces effectifs en troupes entraînées : mais trois ou quatre d’entre eux, dans leurs propres vallées et leurs propres collines, régleraient leur compte à une douzaine de soldats turcs. » (15 février 1917, p. 59).</p>
<p style="text-align: justify;">32. Nathan Weinstock, <em>Le mouvement révolutionnaire arabe</em> (<em>op. cit.</em>), p. 42.</p>
<p style="text-align: justify;">33. Lord Wavell, <em>The Palestine Campaign 1916</em><em>‑</em><em>1918</em>, (Constable, 1928) cité par Flora Armitage dans <em>Lawrence d’Arabie –</em><em> </em><em>Le Désert et les Étoiles</em>, Payot, coll. Histoire Payot n°11, 1980, p. 135. Allenby a personnellement déclaré que la contribution de Lawrence avait été très précieuse pour la réalisation de son plan.</p>
<p style="text-align: justify;">34. Maurice de Saxe, <em>Mes rêveries</em>, Henri Lavauzelle éditeur, 1895, p. 118‑119. La citation exacte est : « Je ne suis cependant point pour les batailles, surtout au commencement d’une guerre, et je suis persuadé qu’un habile général peut la faire toute sa vie sans s’y voir obligé. »</p>
<p style="text-align: justify;">35. T. E. Lawrence, « Guérilla » (<em>op. cit.</em>), p. 1136‑1137.</p>
<p style="text-align: justify;">36. T. E. Lawrence, <em>Les sept piliers de la sagesse</em> (<em>op. cit.</em>), p. 225.</p>
<p style="text-align: justify;">37. Basil H. Liddell Hart, <em>Stratégie</em>, Éd. Perrin, coll. Tempus, 2007.<strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;">38. Liddell Hart a lui‑même fait école, c’est ainsi que Montgomery reprend telle quelle son analyse de Clausewitz (cf. Maréchal Montgomery, vicomte d’Alamein, <em>Histoire de la guerre</em>, Éd. France Empire, 1970, p. 446‑448).</p>
<p style="text-align: justify;">39. Lettre à sa mère du 17 avril 1934. Cf. Jeremy Wilson, <em>Lawrence d’Arabie </em>(<em>op. cit.</em>), p. 1003.</p>
<p style="text-align: justify;">40. Lettre à Charlotte Shaw du 29 juin 1933. Cf. Jeremy Wilson, <em>Lawrence d’Arabie</em> (<em>op. cit.</em>), p. 1002.</p>
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		<title>Plaidoyer pour la mixité sociale dans les écoles.</title>
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		<pubDate>Fri, 23 Mar 2012 15:57:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jean-Pierre Kerckhofs]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Jean-Pierre Kerckhofs Par un coup de gueule publié dans la revue “Mauvais Sang” n°3, Carlos Perez assène, dans un article intitulé “L’Ecole et Mixité Sociale : mélange toxique ?”, tout le mal qu’il pense de l’objectif de favoriser la mixité sociale à l’Ecole. En tant que responsable de l’Aped (Appel Pour une Ecole Démocratique), càd d’une organisation qui se bat depuis sa création pour davantage de mixité, je voudrais lui répondre.  D’abord, je voudrais faire remarquer que 80 % de l’article concerné ne traite pas du sujet. Soit C Perez  s’épanche longuement sur la question de la mixité sociale urbaine. N’étant pas, comme lui, spécialiste de cette question, je me garderai bien de tout commentaire à ce propos. Soit il se lance dans des considérations sur le côté insupportable des inégalités sociales face à l’Ecole. Considérations que partagent évidemment tous les progressistes. De même que ses éléments de réflexion sur le tronc commun, la nécessité de remédiations, etc. Mais en quoi ces considérations sont-elles des arguments contre la mixité sociale ? C Perez accuse les défenseurs de la mixité sociale (sous entendu dans le reste de cet article “à l’Ecole”) d’avoir une “perspective libérale multiculturaliste”. On croit rêver ! Quel [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
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<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://carolinedesir.be/wordpress/wp-content/uploads/2009/11/classe.jpg" alt="" width="315" height="210" />Par un coup de gueule publié dans la revue “Mauvais Sang” n°3, Carlos Perez assène, dans un article intitulé “<a href="http://www.jolimai.org/?p=263">L’Ecole et Mixité Sociale : mélange toxique ?</a>”, tout le mal qu’il pense de l’objectif de favoriser la mixité sociale à l’Ecole. En tant que responsable de l’Aped (Appel Pour une Ecole Démocratique), càd d’une organisation qui se bat depuis sa création pour davantage de mixité, je voudrais lui répondre.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>D’abord, je voudrais faire remarquer que 80 % de l’article concerné ne traite pas du sujet. Soit C Perez  s’épanche longuement sur la question de la mixité sociale urbaine. N’étant pas, comme lui, spécialiste de cette question, je me garderai bien de tout commentaire à ce propos. Soit il se lance dans des considérations sur le côté insupportable des inégalités sociales face à l’Ecole. Considérations que partagent évidemment tous les progressistes. De même que ses éléments de réflexion sur le tronc commun, la nécessité de remédiations, etc. Mais en quoi ces considérations sont-elles des arguments contre la mixité sociale ?</p>
<p style="text-align: justify;">C Perez accuse les défenseurs de la mixité sociale (sous entendu dans le reste de cet article “à l’Ecole”) d’avoir une “perspective libérale multiculturaliste”. On croit rêver ! Quel lien pourrait-il y avoir entre la demande de plus de régulation des inscriptions et le libéralisme ? Toutes les organisations qui se sont opposées au débat même sur la mixité sont d’obédience libérale. Sans compter le déchaînement du MR lui-même et l’énergie mise par plusieurs de ses députés pour combattre ce fléau (à leurs yeux) ! A l’inverse, tous ceux qui ont défendu, d’une manière ou d’une autre, plus de régulation l’ont fait au nom de valeurs clairement progressistes.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi plus de mixité sociale ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>La réponse est simple : parce que ça permet de lutter efficacement contre les inégalités sociales à l’Ecole ! On a beau affirmer dix fois le contraire, les faits sont têtus. Il ressort des fameuses enquêtes PISA que c’est chez nous, en Communauté Française de Belgique, que la dualisation de l’enseignement est la plus forte. Ces enquêtes, menées par l’OCDE au niveau de tous les pays membres (il s’agit en gros des pays riches) permettent de comparer les niveaux de performance en mathématiques, sciences et langue maternelle d’un échantillon d’élèves représentatifs de chacun de ces pays. Mais les renseignements récoltés permettent également d’obtenir des données sur les différences de performances en fonction de l’origine sociale à l’intérieur de chaque pays. Et de constater ainsi les importantes différences d’inégalités d’un pays à l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">A l’Aped, nous avons toujours pensé que le système libéral d’affectation des élèves qui règnait chez nous était source d’inégalités. Nous verrons pourquoi plus loin. Pour étayer cette impression, nous avons décidé de comparer les degrés d’inégalités des différents pays avec leur mode d’affectation des élèves. Car, il faut le savoir, de nombreux pays ont un mode d’affectation bien plus régulé que le nôtre. Ou la notion de liberté de choix n’est pas aussi absolue que chez nous, voire pas du tout présente. Lorsqu’en Belgique, on tempère juste un peu cette “liberté”, on passe pour un extra-terrestre. En réalité, c’est nous qui faisons figure d’exception comme le montre la carte ci-dessous.</p>
<p style="text-align: justify;"> <img class="alignnone" src="https://mail-attachment.googleusercontent.com/attachment/?ui=2&amp;ik=dca62ab6f6&amp;view=att&amp;th=136403d1662882e5&amp;attid=0.1&amp;disp=inline&amp;realattid=f_h05ektw30&amp;safe=1&amp;zw&amp;saduie=AG9B_P-XSE22BK8qgjPvnTeVJSpb&amp;sadet=1332517636511&amp;sads=s0s4o_Nf3lCwMJFKMeItUBfmyyk" alt="" width="452" height="315" /><!--[if gte vml 1]><v:shape  id="_x0000_s1026" style='width:420pt;height:292pt;  mso-position-horizontal-relative:char;mso-position-vertical-relative:line'  coordsize="21600,21600"><br />
<v:stroke joinstyle="round"/><br />
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<w:wrap type="none"/><br />
<w:anchorlock/><br />
</v:shape><![endif]--><!--[if !vml]--><!--[endif]--></p>
<p style="text-align: justify;">Dans le graphique ci-dessous, nous avons repris sur l’axe vertical, les niveaux de performance des différents pays européens de l’OCDE en matière d’inégalités sociales d’un point de vue scolaire. Nous voyons que l’Allemagne et la Belgique sont, dans ce domaine, les plus mauvais élèves de la classe. Et que la Finlande est le meilleur. Sur l’axe horizontal, nous avons construit un indice qui tient compte du degré de régulation. Ou plutôt de non régulation puisque nous l’avons appelé “indice de liberté de choix”. Plus l’indice est élevé, plus l’affectation des élèves se fait comme sur un marché.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="https://mail-attachment.googleusercontent.com/attachment/?ui=2&amp;ik=dca62ab6f6&amp;view=att&amp;th=136403e31ecc5625&amp;attid=0.1&amp;disp=inline&amp;realattid=f_h05emcb10&amp;safe=1&amp;zw&amp;saduie=AG9B_P-XSE22BK8qgjPvnTeVJSpb&amp;sadet=1332517709057&amp;sads=IWUI_KjEELxPqWnw1yfEdEolSfc" alt="" width="504" height="504" /></p>
<p style="text-align: justify;">Que constatons-nous ? La droite pointillée qui donne la tendance générale (appelée droite de régression en statistiques) monte. Ca signifie que plus un pays est à droite sur le graphique, plus il a de chance d’être en haut. Autrement dit, moins les inscriptions sont régulées, plus le système éducatif du pays génère d’inégalités sociales. C’est un <strong>fait</strong>. Le coéfficient de corrélation (47,3 %) indique que près de la moitié des écarts entre pays  en ce qui concerne les inégalités sociales s’explique uniquement par leurs différences dans le mode d’affectation des élèves. N’est-ce pas une raison suffisante pour être favorable à une régulation forte ? Il est ahurissant de constater que C Perez écrit “cette réforme conceptuelle (!) ne se fonde pas sur des faits matériels et s’abstient de prendre position sur les inégalités”. C’est justement une analyse matérialiste qui permet d’affirmer que la mixité sociale est manifestement efficace. Quant à prendre position sur les inégalités, c’est le coeur du travail de l’Aped depuis ses débuts ! On cherche par contre en vain dans son article la moindre considération d’opposition à la mixité sociale  basée sur des faits.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pourquoi la mixité sociale est-elle efficace ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;">S’il n’y a pas de régulation, ça signifie que l’affectation des élèves se déroule sur un marché. Techniquement, on parle de “quasi marché” car les clients (les élèves et leurs parents) ne sont pas les principaux payeurs puisque ceux-ci sont les pouvoirs publics. Mais ne jouons pas sur les mots, il s’agit bien d’un marché. Et sur un marché, tout le monde n’est pas égal. C’est comme en économie. Des tas de mécanismes entrent en jeu. Par exemple, la ségrégation résidentielle, le coût direct et surtout indirect des études, des affinités sociales dans le choix de l’école entraînent une certaine ségrégation sociale des établissements. Il apparait, particulièrement dans les grandes villes et en caricaturant à peine, des “écoles de riches” et des “écoles de pauvres”. C Perez semble n’y voir aucun problème. Pourtant, cette ségrégation est bien source des inégalités qu’il dit vouloir combattre. . En effet, en fonction de leurs origines sociales, les enfants ne sont pas tous égaux face à l’Ecole. D’un côté, il y a ceux dont les parents ont fait des études supérieures. Ils connaissent les “régles du jeu” scolaire. Ils peuvent souvent apporter l’aide nécessaire dès que leur rejeton rencontre une difficulté. Dans le cas contraire, ils disposent de tout un réseau de connaissances dans différents secteurs. Ils peuvent aussi apporter toute l’aide matérielle requise et délier les cordons de la bourse pour des cours particuliers si nécessaire. Dans les milieux populaires, les difficultés matérielles ne permettent pas les mêmes aides. Et les connaissances du système éducatif sont beaucoup plus superficielles.</p>
<p style="text-align: justify;">Il existe une autre grande différence : le rapport au savoir. Dans les milieux bourgeois, le jeune intègre tres vite que son destin passe par l’enseignement supérieur et donc par une formation générale poussée. Et tant pis si certains cours sont ennuyeux. C’est un mal nécessaire. Dans les milieux populaires, le rapport au savoir est plus pragamatique. Plus sain d’une certaine manière. Etudier, ça doit “servir à quelque chose”. Et il faut bien dire que parfois, l’enseignant répond de manière insatisfaisante à la question “à quoi ça sert ?”, avec pour effet une certaine démotivation.</p>
<p style="text-align: justify;">Au début de la scolarité, les différences sont faibles entre les enfants des différentes classes sociales. Mais si on regroupe dans les mêms établissements, les mêmes classes, les jeunes disposant de toutes les facilités et dans les autres ceux qui cumulent les difficultés, il est évident que les différences ne peuvent que s’amplifier. La conséquence est donc d’importantes inégalités de niveaux. Et une spirale infernale se met alors en marche. Ces inégalités de niveaux entraînent une sélection à l’entrée. De la part des écoles : “cet élève n’est pas pour nous, son niveau est trop bas”. Et aussi de la part des parents : “pas de ça avec nos chers petits” pour les plus aisés. Et “cette école n’est pas pour nous, le niveau est trop élevé” pour les autres. La connaisance du marché scolaire par les parents de la bourgeoisie entraîne une stratégie de choix bien huilée qui renforce la ségrégation sociale pendant que les exigences des enseignants en fonction du type d’école, renforcent encore – souvent inconsciemment – les différences de niveaux. C’est pourquoi la mixité sociale est souhaitable. Tous les travaux montrent que celle-ci profite aux enfants des classes défavorisées car ils peuvent davantage être tirés vers le haut. Or, cette mixité ne se produira pas spontanément. Il est nécessaire de “casser le marché”.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>La mixité sociale, comment ?</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>Lorsque C Perez écrit : “les différents décrets “mixité”  en Belgique ont causé plus de pagaille qu’ils n’ont réglé de problèmes et ils n’ont créé aucune mixité sociale réelle”, il n’a pas vraiment tord. Même s’il faudrait un peu plus de recul pour mesurer les effets, je suis prêt à parier avec lui que ceux-ci sont négligeables. Mais pourquoi ? Parce que ces décrets ne se sont pas attaqués aux mécanismes de marché. L’Aped l’a d’ailleurs dénoncé dès le départ. Il faut oser être plus radical comme le dit C Perez en pensant sans doute à autre chose. Que propose l’Aped ? Pour nous,chaque enfant en âge de scolarité obligatoire doit se voir proposer une école (ou plutôt ses parents). La proposition  devrait se faire essentiellement sur base de deux critères. Le premier serait évidemment géographique. Il n’est pas question de proposer une école à un enfant qui serait très loin de son domicile. Cette notion de proximité étant évidemment variable selon que l’on se trouve en ville ou à la campagne. Le deuxième critère serait socio-économique. En clair, les propositions seraient réalisées de manière à favoriser dans chaque établissement la présence d’enfants issus de tous les milieux sociaux : des enfants de la bourgeoisie, des classes moyennes et des milieux populaires. C’est pratiquement faisable de différentes manières. Par exemple, actuellement certaines écoles ont droit à des financements supplémentaires parce qu’elles sont fréquentées majoritairement par des jeunes issus de milieux populaires. Il existe des critères pour détermine celà.</p>
<p style="text-align: justify;">Si les parents acceptent la proposition, ils ne doivent faire aucune démarche. Leur enfant est automatiquement inscrit dans l’école concernée. S’ils la refusent, ils doivent le signaler avant une certaine date et se mettre à la recherche d’une autre école. Cete proposition a le mérite de ne pas s’attaquer frontalement à la liberté de choix : les parents qui veulent absolument choisir peuvent encore le faire. Mais elle décourage l’usage de ce choix en stabilisant ceux qui acceptent la proposition. Et elle stabilise du même coup les équipes éducatives dans les établissements. Ceux-ci sont à peu près sûrs de retrouver plus ou moins le même nombre d’élèves d’une année à l’autre.</p>
<p style="text-align: justify;">C Perez s’oppose à toute régulation car, d’apèrs lui, la seule marge de manoeuvre des familles est le libre choix de l’établissement. L’Aped ne veut pas, par principe, s’opposer au libre choix. Mais veut le subordonner à un choix plus fondamental à nos yeux : celui pour chacun de trouver une école de qualité pas trop loin de son domicile. Perez répond d’ailleurs lui-même à son objection sans s’en rendre compte lorsqu’il écrit :”En regard du marché imposé et des enjeux, les familles organisent minitieusement leur choix”. Effectivement, le marché est imposé et oblige donc les familles à faire un choix. C’est bien là le problème. Sont-elles à blâmer de vouloir le mieux pour leurs enfants ? Bien sûr que non ! Mais quelle famille veut que son enfant soit dans une école ghetto ? Aucune évidemment. C’est pourtant ce qui arrive à nombre d’entre elles. Ca prouve bien que le marché ne leur est pas favorable. Personne ne doit être obligé de mettre son enfant dans une école ghetto. Il ne peut pas exister de telles écoles. C’est pourquoi il faut favoriser la mixité par une politique volontariste. Il n’y a pas d’autre solution. Si les parents sont sûrs que leur enfant ne se retrouvera pas dans une école dite “poubelle”, beaucoup d’entre eux – y compris dans la classe moyenne – seront soulagés d’être débarassés de cette corvée : chercher et trouver une bonne école pour leur enfant. Comment C Perez n’a-t-il pas vu que dans son combat contre toute régulation, les plus dynamiques étaient les parents de la bourgeoisie soucieux de maintenir leurs enfants dans des écoles en quelque sorte réservées ?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Pas une question de couleur</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>D’après C Perez, les adeptes de la mixité sociale mettent “l’accent sur ce qui nous divise”. Voilà qui parait incompréhensible. A moins qu’il ne confonde inégalités sociales et couleur de peau comme semble l’indiquer une autre phrase quelques lignes plus loin. Ceci nous permet une mise au point. La couleur de peau n’est en effet et ne pourra jamais être  un critère par rapport à l’école. Qu’il n’y ait que des élèves noirs ou blancs dans une certaine classe ne pose aucun problème. Il se fait que chez nous, comme ailleurs en Europe, les personnes issues de l’immigration font souvent partie des classes populaires. Ca s’explique parfaitement par des raisons historico-sociologiques. Et, malheureusement, lorsqu’on pense “pauvre”, on pense souvent “étranger”. Mais soyons clairs, ce dont nous parlons concernant l’Ecole, c’est bien de mixité sociale et de rien d’autre. Il ne s’agit pas de mettre l’accent sur ce qui nous divise, mais de tenir compte d’une réalité concrète : l’existence de classes sociales. Perez songerait-il à les nier ? Sinon, alors il est du devoir des progressistes de lutter contre les inégalités entre ces classes. Ailleurs dans la société bien sûr (c’est un autre débat). Mais aussi à l’Ecole. Car comme le dit C Perez, il faut viser la “démocratisation de l’accès, mais plus encore de la réussite pour tous”. Puisqu’il est prouvé que la mixité sociale est un outil qui favorise cette réussite pour les plus défavorisés, il est tout à fait incompréhensible qu’un progressiste s’y oppose. Sauf à penser que nous n’avons pas la même vision de la réussite pour tous. Même si ce n’est pas explicite dans son texte, je crains que C Perez ne sous entende qu’il faut supprimer administrativement le redoublement et que ce soit sa revendication principale. Je ne pense pas non plus que le redoublement soit une méthode pédagogique efficace. Mais si on se contente de le supprimer sans mettre en place toutes les réformes de structure nécessaires, il y a fort à parier que les écarts, loin de se réduire, vont s’accentuer. Car de quoi ont besoin les enfants de milieux populaires ? Avant tout de connaissances et de compétences. Pour se défendre face à leur futur patron. Mais aussi pour se défendre collectivement dans la société. Ils doivent pouvoir répondre à ceux qui leur disent que les pensions sont devenues impayables, qu’il n’y a pas d’alternative à l’austérité, qu’il faut continuer les cadeaux fiscaux aux plus nantis, que les travailleurs grecs vivaient au dessus de leurs moyens, que les immigrés sont à l’origine de la délinquance, etc. Ils doivent pouvoir analyser et démonter les bobards, proposer des alternatives, s’organiser, prendre des contacts internationaux pour coordonner la riposte, etc. Tout celà demande une très bonne formation. C’est ça la vraie réponse à la question “A quoi ça sert ?”. Les contenus de formation actuels sont d’ailleurs insuffisants pour répondre à tout. Mais celui qui sort d’une formation générale ambitieuse est tout de même mieux armé que celui qui sort du professionnel et ne sait même pas que la Révolution Française a eu lieu ! C’est pourquoi la mixité sociale est nécessaire. Elle permet de lutter contre les inégalités de niveau. Est-elle suffisante ? Loin s’en faut. L’Aped a un programme en dix points pour avancer vers une Ecole plus démocratique. Ca signifie pour nous moins inégalitaire, mais aussi dont le contenu apporte à tous les jeunes les connaissances et compétences nécessaires pour comprendre le monde et le transformer dans le sens de plus de justice sociale.</p>
<p style="text-align: justify;">Il peut être consulté sur le site <a href="http://www.ecoledemocratique.org/">www.ecoledemocratique.org</a></p>
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		<title>Dimitri Verhulst, extraits de la préface de &#8220;Comment osent-ils?&#8221;</title>
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		<pubDate>Fri, 16 Mar 2012 17:46:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Uncategorized]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Dimitri Verhulst Il y a quelque chose qui cloche. Ces dernières années, les médias semblent de plus en plus vouloir se montrer pluralistes : des journaux permettent aux plumes de différents courants politiques de remplir leurs colonnes, des émissions télévisées en tous genres leur propo­sent des tribunes en prime time comme un seau dans lequel déverser leurs dictons pour café du commerce et, même, une politicienne d’extrême droite, naguère maudite et déclarée persona non grata dans les couloirs du boulevard Reyers, est brusquement devenue grâce au cancer quelqu’un de tout à fait convenable, si bien qu’elle a pu gribouiller tout un blog sur le site de la chaîne publique flamande et orner de son effigie la Une de magazines spécialisés dans le linge sale des célébrités et le dernier cri en matière de petites culottes. C’est un bien piètre lecteur celui qui a pensé, à la lecture de ceci, que je me réjouissais de la maladie de personnes qui, sur le plan idéologique, se situent à des années-lumière de moi. Non, je n’ai rien contre le fait que les journaux veulent se muer en ring de boxe de papier où les avis s’affronteront de façon polie. Au contraire ! [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
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<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://www.aden.be/uploads/images/COUVPeterMertens.jpg" alt="" width="275" height="413" />Il y a quelque chose qui cloche. Ces dernières années, les médias semblent de plus en plus vouloir se montrer pluralistes : des journaux permettent aux plumes de différents courants politiques de remplir leurs colonnes, des émissions télévisées en tous genres leur propo­sent des tribunes en <em>prime time</em> comme un seau dans lequel déverser leurs dictons pour café du commerce et, même, une politicienne d’extrême droite, naguère maudite et déclarée <em>persona non grata</em> dans les couloirs du boulevard Reyers, est brusquement devenue grâce au cancer quelqu’un de tout à fait convenable, si bien qu’elle a pu gribouiller tout un blog sur le site de la chaîne publique flamande et orner de son effigie la Une de magazines spécialisés dans le linge sale des célébrités et le dernier cri en matière de petites culottes. C’est un bien piètre lecteur celui qui a pensé, à la lecture de ceci, que je me réjouissais de la maladie de personnes qui, sur le plan idéologique, se situent à des années-lumière de moi. Non, je n’ai rien contre le fait que les journaux veulent se muer en ring de boxe de papier où les avis s’affronteront de façon polie. Au contraire ! Si c’était seulement le cas ! Si seulement, en effet, les avis pouvaient se heurter librement ! Mais la voix de Peter Mertens (qui c’est celui-là ?) n’a encore pu entrer que dans bien peu de livings, le bétail spectateur est préservé de son opinion, comme si le cordon sanitaire n’était pas tendu autour du parti raciste, mais bien autour du vrai socialisme. Et précisément en ces temps de banditisme bancaire, encore bien ! Aujourd’hui, préci­sément, où l’on crache sans vergogne, et même en rigolant, au visage de l’homme de la rue qui doit gratter le fin fond de sa tirelire pour remplir son réservoir d’essence, pour pouvoir payer l’enseignement prétendument gratuit de ses enfants ou sa facture d’énergie, dont on lui avait pourtant promis qu’après la libéralisation de tout et de bien d’autres choses encore, elle allait être vachement moins chère… alors que des institutions financières jouent et perdent de l’argent public et se laissent extraire sans scrupules de la mélasse avec l’argent de ce même public qu’on saignera ensuite à blanc, une fois encore. À quelle vulgaire astuce poujadiste a-t-on eu recours pour écarter petit à petit cette gauche idéologique des feux de la rampe ? Comme si un péril rouge se dissimulait dans la pensée que chacun a droit à une existence digne. Alerte ! Les bolcheviks sont de retour ; ils réclament l’égalité entre l’homme et la femme, en plus ! Vite, coulez le béton pour votre abri !</p>
<p style="text-align: justify;">(&#8230;)</p>
<p style="text-align: justify;">C’est la crise. Si vous ne la ressentez pas (pas encore), soyez contents – avec circonspection – mais sachez que d’autres la ressentent déjà bel et bien. Et douloureusement, en plus. Bien sûr que c’est la crise et, parce qu’on s’est hypnotisé sur une circonscription électorale, on l’a manifestement moins bien vue arriver. Mais, bon, il faut ramasser dare-dare un peu d’argent çà et là si l’on veut éviter que tout le pays se retrouve au marché aux puces. Et l’on va gratter l’argent là où on l’a toujours gratté : on y va de coupes sombres dans le secteur social, on sabre dans les transports en commun et on force ceux qui ont déjà bousillé depuis longtemps leur moelle épinière au labeur à reporter leur pension jusqu’à ce ce qu’il soit temps de les amener en chaise roulante, complètement usés, directement de l’atelier au home pour vieillards. C’est un mécanisme répugnant que de combler chaque fois nos gouffres financiers avec les efforts des mêmes secteurs, des mêmes catégories de revenus, et je me demande combien de temps encore nous allons supporter ça.</p>
<p style="text-align: justify;">Le fait que nous vivons plus longtemps n’implique pas que, du coup, à soixante-cinq ans, nous puissions encore suivre la cadence d’une chaîne de production. En outre, on ne vit plus longtemps que dans la tranche de population qui se porte déjà bien financièrement : même la mort est moins démocratique qu’on ne le pense parfois. Le Ciel, pour celui qui y croirait, est coté en bourse.</p>
<p style="text-align: justify;">La vie et la mort comme marché !</p>
<p style="text-align: justify;">(…)</p>
<p style="text-align: justify;">Il y a une pensée essentielle dans ce livre, à savoir que l’économie en soi n’est pas la science de l’argent, mais celle des besoins. Ce devrait être une porte ouverte, mais elle a depuis longtemps été clouée, fermée par l’industrie. L’économie tourne donc bien autour de l’argent, que dis-je, elle ne tourne que pour l’argent. Et quand cela entraîne une surproduction, apparemment personne ne voit ce qu’il y a d’absurde à ça. Dans quel monde vivons-nous, si l’on détruit des surplus alimentaires alors qu’on entend gémir les estomacs vides de la terre jusqu’au plus noir de l’univers ? Êtes-vous trop délicat, trop ringard, trop sensible parce que vous estimez que c’est à vomir ?</p>
<p style="text-align: justify;">(…)</p>
<p style="text-align: justify;">Je n’ai rien contre les multimilliardaires ; j’aimerais moi-même en être un. Mais, dans un monde où tous n’ont pas reçu la même position favorable sur la grille de départ, le fait que les super-nantis ne souhaitent pas contribuer financièrement en proportion de leur fortune, qu’ils ne veulent même pas entendre parler d’un petit impôt riquiqui sur les transactions boursières, est tout bonnement – et je pèse mes mots sur une balance d’apothicaire – crapuleux !</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr qu’il y a quelque chose qui cloche quand les propos de Peter Mertens sont écartés de la plupart des débats. L’honnêteté intel­lectuelle commence là où l’on a le courage de confronter ses opinions à celles des autres. Voilà assez longtemps maintenant que le vent souffle de la droite. C’est pour ça que ce livre, je voudrais le qualifier d’indispensable et je le salue comme un renouveau chaleureux de la lutte contre l’« asocialisme ».</p>
<p style="text-align: justify;">Une soirée exceptionnelle aura lieu au Théatre national, le 22 mars, pour présenter l&#8217;ouvrage de Peter Mertens, <em>Comment osent-ils?</em></p>
<p style="text-align: justify;">Plus d&#8217;informations ici: <a href="http://www.ptb.be/index.php?eID=tx_cms_showpic&amp;file=uploads%2Fpics%2Fp12_Flyer_22mars_mertens__800_x_800_.jpg&amp;md5=b3168da9356d248230e17c54c5da0d547f35845e&amp;parameters[0]=YTo0OntzOjU6IndpZHRoIjtzOjQ6IjgwMG0iO3M6NjoiaGVpZ2h0IjtzOjM6IjYw&amp;parameters[1]=MCI7czo3OiJib2R5VGFnIjtzOjQyOiI8Ym9keSBiZ0NvbG9yPSIjZmZmZmZmIiBz&amp;parameters[2]=dHlsZT0ibWFyZ2luOjA7Ij4iO3M6NDoid3JhcCI7czozNzoiPGEgaHJlZj0iamF2&amp;parameters[3]=YXNjcmlwdDpjbG9zZSgpOyI%2BIHwgPC9hPiI7fQ%3D%3D">Soirée au Théâtre national</a></p>
<p>&nbsp;</p>
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		<title>La formation des 99% aux Etats-Unis et l&#8217;effondrement de la classe moyenne.</title>
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		<pubDate>Mon, 05 Mar 2012 18:33:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Barbara Ehrenreich]]></category>

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		<description><![CDATA[par Barbara Ehrenreich et John Ehrenreich « Une classe apparaît lorsque des hommes identifient et expriment leurs intérêts entre eux par suite d’expériences communes (héritées ou partagées), en contradiction avec d’autres hommes dont les intérêts sont différents (et généralement opposés aux leurs). » -        E.P. Thompson, La formation de la classe ouvrière anglaise Les « autres hommes » (et bien sûr femmes) dans l’actuel alignement de classe aux Etats-Unis sont ceux au sommet de la pyramide des richesses (les 1%) – les banquiers, gestionnaires d’épargne-pension et PDG visés par le mouvement Occupy Wall Street. Ils sont là depuis longtemps sous une forme ou une autre, mais cela ne fait que quelques années qu’ils émergent en tant que groupe distinct et visible, informellement appelés les « super-riches ». Leur niveau extravagant de consommation a aidé à attirer l’attention sur eux : jets privés, nombreux manoirs de 5000m2, desserts chocolatés à 25.000$ saupoudrés de poussière d’or. Pourtant, tant que la classe moyenne pouvait encore obtenir un crédit pour des études ou pour éventuellement améliorer sa maison, il semblait grossier de se plaindre. Puis vint le krach financier de 2007-2008, suivi par la Grande Récession, et les 1% à qui nous avions confié nos pensions, notre économie et notre système politique [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
<fb:like href="http://www.jolimai.org/?p=359" layout="standard" show_faces="true" width="450" action="like" font="arial" colorscheme="light" ref="AL2FB"></fb:like></div><p><em>par Barbara Ehrenreich et John Ehrenreich</em></p>
<p style="text-align: right;">« U<em>ne classe apparaît lorsque des hommes identifient et expriment leurs intérêts entre eux par suite d’expériences communes (héritées ou partagées), en contradiction avec d’autres hommes dont les intérêts sont différents (et généralement opposés aux leurs).</em> »</p>
<p style="text-align: right;">-        E.P. Thompson, <em>La formation de la classe ouvrière anglaise</em></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://i.dailymail.co.uk/i/pix/2011/10/06/article-2046029-0E43FFD300000578-619_964x1171.jpg" alt="" width="328" height="397" />Les « autres hommes » (et bien sûr femmes) dans l’actuel alignement de classe aux Etats-Unis sont ceux au sommet de la pyramide des richesses (les 1%) – les banquiers, gestionnaires d’épargne-pension et PDG visés par le mouvement <em>Occupy Wall Street</em>. Ils sont là depuis longtemps sous une forme ou une autre, mais cela ne fait que quelques années qu’ils émergent en tant que groupe distinct et visible, informellement appelés les « super-riches ».</p>
<p style="text-align: justify;">Leur niveau extravagant de consommation a aidé à attirer l’attention sur eux : jets privés, nombreux manoirs de 5000m<sup>2</sup>, desserts chocolatés à 25.000$ saupoudrés de poussière d’or. Pourtant, tant que la classe moyenne pouvait encore obtenir un crédit pour des études ou pour éventuellement améliorer sa maison, il semblait grossier de se plaindre. Puis vint le krach financier de 2007-2008, suivi par la Grande Récession, et les 1% à qui nous avions confié nos pensions, notre économie et notre système politique se sont révélés être une bande d’irresponsables, de narcisses cupides et probablement antisociaux.</p>
<p style="text-align: justify;">Cependant, jusqu’il y a encore quelques mois, les 99% n’était pas un groupe capable d’exprimer « l’identité de leurs intérêts », selon les mots de Thompson. Il s’agissait, et s’agit toujours, de la plupart des riches « ordinaires », ainsi que des professionnels de la classe moyenne, les ouvriers, camionneurs et mineurs, de même que les gens plus pauvres qui nettoient les maisons, manucurent les ongles et entretiennent les pelouses des riches</p>
<p style="text-align: justify;">Ils étaient divisés non seulement par ces différences de classe mais de façon plus visible par l’origine ethnique – une division qui s’est accentuée en réalité depuis 2008. Les Afro-américains et Latinos de tous niveaux de revenus ont perdu leur logement de manière disproportionnée suite à une saisie, puis ont perdu leur job dans la vague de licenciements qui a suivi. À la veille du mouvement <em>Occupy</em>, la classe moyenne noire était dévastée. En fait, les seuls mouvements politiques à émerger des 99% avant <em>Occupy</em> était le <em>Tea Party movement</em>, et, à l’opposé du spectre politique, la résistance aux restrictions sur les négociations collectives au Wisconsin.</p>
<p style="text-align: justify;">Mais <em>Occupy</em> n’aurait pu voir le jour si de larges portions des 99% n’avaient pas commencé à entrevoir leurs intérêts communs, ou au moins mettre de côté leurs divisions intestines. Depuis des décennies, la plus bruyamment promue des divisions au sein des 99% était entre ce que la droite appelle « l’élite de gauche » &#8211; composée d’universitaires, journalistes, personnalités médiatiques, etc – et plus ou moins tout le reste.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme Thomas Frank, contributeur au <em>Harper’s Magazine</em>, l’a brillamment expliqué, la droite a gagné son fallacieux titre de populiste en attaquant cette « élite de gauche » qui serait pour des dépenses gouvernementales extravagantes via des taxes oppressantes, soutiendrait des politiques sociales « redistributives » qui réduisent les chances pour la classe moyenne blanche, créerait encore plus de régulations (par exemple pour protéger l’environnement) qui réduisent les offres d’emplois pour la classe ouvrière, et promouvraient des innovations perverses de contre-culture comme le mariage gay. Les intellectuels conservateurs insistent : « l’élite de gauche » serait condescendante avec les Américains « ordinaires » de classe moyenne et ouvrière, les trouvant de mauvais goût et politiquement incorrects. « L’élite » serait l’ennemi, alors que les super-riches seraient comme tout le monde, seulement plus « focalisés » et peut-être avec un meilleur carnet d’adresses.</p>
<p style="text-align: justify;">Bien sûr, parler de « l’élite de gauche » n’a jamais eu de sens, sociologiquement parlant. Toutes les personnalités universitaires ou médiatiques ne sont pas de gauche (Newt Gingrich, George Will, Rupert Murdoch). Beaucoup de cadres et d’ingénieurs diplômés d’une grande école peuvent préférer le café latte au Red Bull, ils n’ont jamais été les cibles de la droite. Et comment les avocats pénaux pourraient être membres d’une élite néfaste, alors que leurs épouses, juristes de grosses sociétés n’en font pas partie?</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Une pente glissante, pas un filet de sécurité</strong></p>
<p style="text-align: justify;">« Élite de gauche » a toujours été une catégorie politique se faisant passer pour une catégorie sociologique. Ce qui a fait que les gens y ont cru, au moins pour un temps, était que la vaste majorité d’entre nous n’ont jamais consciemment rencontré un membre de l’élite réelle, les 1%, qui sont pour la plupart enfermés dans leur bulle de jets privés, communautés cloisonnées et résidences fortifiées.</p>
<p style="text-align: justify;">Les figures d’autorité que la plupart des gens risquent de rencontrer quotidiennement sont les enseignants, médecins et travailleurs sociaux. Ces groupes (ainsi que les petits cadres et autres employés en col blanc) occupent une situation plus basse dans la hiérarchie sociale. Ils composent ce que nous avons qualifié dans un essai de 1976 une « classe de cadres professionnels ». Comme nous l’avions écrit, sur la base de notre expérience des mouvements radicaux des années 60 et 70, il y a eu des ressentiments réels et durables entre la classe ouvrière et les employés de la classe moyenne. Ces ressentiments, que la droite populiste a intelligemment canalisé vers la gauche, ont contribué, à cette époque-là, à l’échec de la construction d’un mouvement progressiste durable.</p>
<p style="text-align: justify;">Comme nous l’avons vu, l’idée d’« élite de gauche » n’a pas pu survivre aux ravages des 1% de la fin des années 2000. D’une part, elle a été brutalement éclipsée par la découverte de l’élite, existante celle-là, de Wall Street et de ses crimes. Comparés à elle, cadres et employés, bien qu’agaçants, passent pour des petits joueurs. Le médecin ou proviseur de lycée peut paraître autoritaire, le professeur ou travailleur social paraître condescendant, mais seuls les 1% prennent votre maison.</p>
<p style="text-align: justify;">Il y avait également un autre problème inévitable, inhérent à la stratégie populiste de la droite : déjà en 2000, et encore plus en 2010, la classe des gens qui pourraient être qualifiés d’ « élite de gauche » étaient dans une situation de moins en moins reluisante. Les coupes dans le budget du service public et les réorganisations inspirées par les entreprises ont décimé les rangs des universitaires payés décemment, remplacés par des assistants travaillant pour le salaire minimum. Les firmes médiatiques ont réduit leurs salles de rédaction et leur budget d’édition. Les cabinets d’avocats ont délocalisé leurs tâches routinières vers l’Inde. Les hôpitaux ont transféré le service des rayons X à de peu coûteux radiologues étrangers. Le financement pour les ASBL artistiques et les services publics s’est asséché. De là vient l’image iconique du mouvement <em>Occupy</em> : le diplômé universitaire endetté de milliers de dollars en prêts étudiants et un job payé 10$ de l’heure, ou même pas de job du tout.</p>
<p style="text-align: justify;">Ces tendances étaient en place avant même la crise financière, mais il a fallu le krach et ses sombres conséquences économiques pour donner aux 99% la conscience répandue d’un danger commun. En 2008, l’ambition de « Joe le Plombier »<a title="" href="#_ftn1">[1]</a> de gagner 250.000$ par an avait encore une vague plausibilité. Cependant, après quelques années dans la récession, une soudaine mobilité vers le bas est devenue le lot des Américains moyens, et même certains des plus néolibéraux parmi les personnalités médiatiques commençaient à dire que quelque chose avait tourné court dans le rêve américain.</p>
<p style="text-align: justify;">Des gens auparavant aisés ont perdu leur capital immobilier en même temps que chutaient les prix du logement. Des cadres et employés d’âge moyen ayant perdu leur emploi ont été abasourdis d’entendre que leur âge les rendait indésirables par les employeurs potentiels. Les dettes d’ordre médical ont plongé des foyers de la classe moyenne dans la ruine. Le vieux dicton conservateur –qu’il était peu malin de critiquer (ou taxer) les riches car vous pouviez en devenir un, un jour- a cédé la place à la réalisation que la classe où vous risquiez de tomber n’était pas la riche, mais la pauvre.</p>
<p style="text-align: justify;">Et voilà encore une autre chose que beaucoup dans la classe moyenne découvraient : que le plongeon vers la pauvreté pouvait arriver à une vitesse à en donner le tournis. Une raison qui fait que le concept économique de 99% a d’abord pris pied aux Etats-Unis plutôt qu’en Irlande ou en Espagne est que les Américains sont particulièrement vulnérables à la crise économique. Nous avons peu de choses qui ressemblent à un Etat-Providence qui sauverait une famille ou un individu de la chute libre. Les allocations de chômage ne durent pas plus de six mois à un an, bien qu’en temps de crise elles sont parfois étendues par le Congrès. En ce moment, même avec une telle extension, elles n’atteignent qu’environ la moitié des chômeurs. L’Etat social a été quasi démantelé il y a 15 ans, et l’assurance-santé a traditionnellement été liée à l’employeur.</p>
<p style="text-align: justify;">En réalité, une fois qu’un Américain a commencé à glisser vers le bas, une foule de forces accélèrent encore sa chute. Environ 60% des entreprises américaines vérifient la capacité à rembourser les dettes de leurs candidats, et la discrimination envers les chômeurs est assez répandue pour causer des soucis au Congrès. Même la faillite est un statut extrêmement cher et difficile à acquérir. L’incapacité à payer les amendes ou les factures peut même mener, via un enchaînement de circonstances malheureuses, à une arrestation ou à un casier judiciaire. Là où les autres pays auparavant riches ont un filet de sécurité, l’Amérique propose une glissade huilée, menant vers la pauvreté à une vitesse alarmante.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://www.rue89.com/sites/news/files/assets/image/2011/10/occupy-wall-street-indignes.jpg" alt="" width="1024" height="681" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Donner du sens aux 99%</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Les campements d’<em>Occupy</em> qui ont animé environ 1400 villes cet automne ont fourni une image saisissante du sens de l’unité grandissant des 99%. Ici se sont trouvés des milliers de personnes –nous pourrions ne jamais connaître le nombre exact- de tous les coins de la vie, vivant dans la rue et les parcs, un peu comme les plus pauvres parmi les pauvres ont toujours vécu : sans électricité, chaleur, eau ou toilettes. En même temps, ils sont arrivés à créer des communautés autonomes.</p>
<p style="text-align: justify;">Les assemblées générales ont rassemblé un mélange jamais vu de diplômés récents, de jeunes travailleurs, de personnes âgées, d’ouvriers licenciés et de SDF pour ce qui fut en grande partie des échanges civilisés et constructifs. Ce qui commença comme une manifestation diffuse contre l’injustice économique devint une vaste expérience dans la construction de classe. Les 99%, qui semblaient être une catégorie de pure conjecture seulement quelques mois plus tôt, commencèrent à prendre pied dans la réalité.</p>
<p style="text-align: justify;">L’unité cultivée dans les campements peut-elle survivre alors que le mouvement <em>Occupy</em> évolue vers une phase plus décentralisée ? Toutes sortes de divisions culturelles, ethniques et de classe persistent à l’intérieur des 99%, comme la méfiance entre les membres de l’ancienne « élite de gauche » et ceux moins privilégiés. Le contraire eût été surprenant. L’expérience de vie d’un jeune avocat ou travailleur social est très différente de celle d’un col-bleu dont l’emploi permet rarement, s’il le permet, de prendre des repas ou des pauses toilettes. Les groupes d’impro musicale, les décisions par consensus et les masques restent étrangers aux 90% au moins. Le préjugé de la « classe moyenne » contre les SDF garde l’essentiel de sa force, entretenu par des décennies de diabolisation des pauvres de la part de la droite.</p>
<p style="text-align: justify;">Parfois ces différences ont mené à des conflits dans les campements d’<em>Occupy</em> –par exemple, sur le rôle des SDF à Portland ou l’usage de cannabis à Los Angeles- mais étonnamment, malgré les avertissements officiels à propos des menaces de santé ou de sécurité, il n’y eut pas de « moment Altamont » <a title="" href="#_ftn2">[2]</a>: pas de grands incendies et à peine de violence. En réalité, les campements ont créé des convergences presque impensables : des gens à l’environnement confortable apprenant les bases de la survie dans la rue grâce à des SDF, un professeur distingué de sciences politiques discutant des avantages comparés de l’organisation verticale et horizontale avec un facteur, des militaires en uniforme déboulant afin de défendre les manifestants contre la police.</p>
<p style="text-align: justify;">La classe apparaît, comme dit Thompson, mais elle apparaît encore plus résolument lorsque des gens sont prêts à la nourrir et la construire. Si les « 99% » doivent devenir plus qu’un slogan stylé, s’ils doivent devenir une force capable de changer le monde, nous devrons tôt ou tard nous confronter aux divisions ethniques et de classe qui en font partie. Mais nous devrons le faire patiemment, avec respect, et toujours avec un œil sur la prochaine grande action –la prochaine marche, ou occupation de bâtiment, ou empêchement de saisie, selon ce que le contexte demande.</p>
<p style="text-align: justify;">
<div>
<p><em>Cet article à été originairement publié dans le magazine </em><em></em><a href="http://www.thenation.com/" target="_blank">Nation</a>.</p>
<p>Copyright 2011 Barbara Ehrenreich and John Ehrenreich</p>
<p>Article traduit de l&#8217;anglais, avec l&#8217;autorisation des auteurs,  par Farid Belkhatir</p></div>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Archétype de la classe ouvrière américaine.</p>
</div>
<div>
<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Le concert gratuit d’Altamont en 1969 a vu les Hell’s Angels et d’autres groupes se battre, plusieurs personnes en sont mortes.</p>
</div>
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		<title>Hommage à Jacques D&#8217;Hondt</title>
		<link>http://www.jolimai.org/?p=351</link>
		<comments>http://www.jolimai.org/?p=351#comments</comments>
		<pubDate>Sun, 26 Feb 2012 13:15:11 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Stany Mazurkiewicz]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Stany Mazurkiewicz &#160; Tout qui a lu quelque chose de lui n’a pu que se sentir touché par la triste nouvelle : Jacques D’Hondt est décédé ce 10 février, à Paris. Il est important pour nous de revenir en quelques lignes sur l’œuvre de ce grand monsieur de la philosophie française, pourtant moins connu que d’autres.             Nous ne nous étendrons pas sur sa biographie. Premièrement, parce que nous en serions incapables, deuxièmement, parce que le philosophe donne lui-même des éléments à ce sujet dans certains de ses articles ou entretiens (La libre nécessité, L’éveilleur de pensée, Un enseignement de philosophie sous l’occupation allemande, etc.)             Signalons simplement ceci. Jacques D’Hondt fut jeune Résistant (il était né en 1920), ce qui ne fut pas le moindre de ses mérites. Parallèlement, il fut aussi élève de philosophie, ardemment attiré par Hegel et Marx, deux bêtes noires de l’enseignement philosophique pourtant. Il sera plus tard élève de Jean Hyppolite, qui participa à faire vivre en France un hégélianisme digne de ce nom, notamment par sa traduction, en 1939, de la Phénoménologie de l’Esprit, qui fait encore office de référence aujourd’hui, à coté d’autres. Professeur de philosophie à Poitiers, auteurs de nombreux ouvrages, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
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<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://greatlakeswimmer.files.wordpress.com/2010/10/hegel-sketch.jpg" alt="" width="271" height="401" />Tout qui a lu quelque chose de lui n’a pu que se sentir touché par la triste nouvelle : Jacques D’Hondt est décédé ce 10 février, à Paris. Il est important pour nous de revenir en quelques lignes sur l’œuvre de ce grand monsieur de la philosophie française, pourtant moins connu que d’autres.</p>
<p style="text-align: justify;">            Nous ne nous étendrons pas sur sa biographie. Premièrement, parce que nous en serions incapables, deuxièmement, parce que le philosophe donne lui-même des éléments à ce sujet dans certains de ses articles ou entretiens (La libre nécessité, L’éveilleur de pensée, Un enseignement de philosophie sous l’occupation allemande, etc.)</p>
<p style="text-align: justify;">            Signalons simplement ceci. Jacques D’Hondt fut jeune Résistant (il était né en 1920), ce qui ne fut pas le moindre de ses mérites. Parallèlement, il fut aussi élève de philosophie, ardemment attiré par Hegel et Marx, deux bêtes noires de l’enseignement philosophique pourtant. Il sera plus tard élève de Jean Hyppolite, qui participa à faire vivre en France un hégélianisme digne de ce nom, notamment par sa traduction, en 1939, de la <em>Phénoménologie de l’Esprit</em>, qui fait encore office de référence aujourd’hui, à coté d’autres. Professeur de philosophie à Poitiers, auteurs de nombreux ouvrages, il fut aussi fondateur, en 1970, du Centre de Recherche et de documentation sur Hegel et Marx (aujourd’hui Centre de recherche sur Hegel et l’Idéalisme Allemand, dirigé par Bernard Mabille).</p>
<p style="text-align: justify;">            C’est du D’Hondt philosophe, du D’Hondt hégélien, dont nous parlerons un peu plus.</p>
<p style="text-align: justify;">            L’image de Hegel, particulièrement en France, n’est pas bonne, que ce soit à l’époque où Jacques D’Hondt l’étudiait ou aujourd’hui. Hegel, si on ne le passe pas purement et simplement sous silence, serait ‘idéaliste’, porteur d’une typique ‘obscurité allemande’ ou pire ‘raciste’, ‘le philosophe d’État prussien’, ‘le philosophe de la Restauration’, ou, plus à la mode de nos jours, le précurseur du ‘totalitarisme’, Karl Popper allant allègrement jusqu’à ranger ses œuvres à côté de celles de Hitler. Angle d’attaque anti-hégélien qui permet aussi de faire <em>ipso facto</em> le procès de toute pensée dialectique.</p>
<p style="text-align: justify;">            Dans l’obscurité de cette malheureuse lecture dominante, on vit poindre une éclaircie : cette ‘école’ française qui, par un travail intensif sur le philosophe allemand, permit de mettre à jour une nouvelle image de Hegel (« de gauche » &#8211; avec des guillemets – comme dit parfois D’Hondt) : citons à nouveau Hyppolite ou encore Éric Weil. (Remarquons, qu’une ‘école’ similaire exista en RDA, car à l’Est on n’aime pas Hegel non plus, comme le dit Bloch en 1962).</p>
<p style="text-align: justify;">            Jacques D’Hondt vint, dans la seconde moitié des années soixante, mettre la cerise sur ce gâteau avec ses ouvrages <em>Hegel, philosophe de l’histoire vivante</em> (1966), <em>Hegel secret</em> (1968) et <em>Hegel en son temps</em> (1968), qui ont eu une portée internationale et qui résonne jusqu’à aujourd’hui. Travail d’une vie qui culminera avec la publication, en 1998, de sa superbe biographie (bien plus qu’une biographie en réalité, mais plutôt une ‘biographie raisonnée’ où l’on trouve écho de ses travaux précédents), simplement intitulée <em>Hegel</em>. Nous ne saurions fournir ici une bibliographie complète des œuvres de D’Hondt, signalons simplement qu’on la trouvera, ainsi que plusieurs dizaines de ses articles disponibles gratuitement en ligne, sur le site de la Société chauvignoise de philosophie (<a href="http://www.philosophie-chauvigny.org/">http://www.philosophie-chauvigny.org)</a>, le tout avec l’aval de l’auteur.</p>
<p style="text-align: justify;">            Car, ce que d’Hondt met en œuvre, c’est avant tout un travail, colossal et rigoureux. Comme il le dit lui-même (<em>Hegel et Marivaux</em>) : « tous les hégéliens ne s’astreignent pas à refaire les lectures de leur maître », mais, comme il l’insinue parfois aussi, on se demande si tous les hégéliens ou anti-hégéliens (ou ceux qui se croient tels) s’astreignent ne serait-ce qu&#8217;à lire le maître. C’est donc ce que D’Hondt va faire : lire Hegel, dans sa langue, lire ses sources, les écrits de ses amis, étudier le contexte historique. Et de là, tirer nombre de conclusions primordiales.</p>
<p style="text-align: justify;">            C&#8217;est une des premières choses qu&#8217;il put mettre en évidence : Hegel a été d’innombrables fois trahi. Trahi par ses traducteurs en français, parfois de manière grossière. Trahi par certains de ses précédents biographes. Trahi par ses éditeurs, son propre fils, Karl, qui ne publie pas ses lettres jugées trop subversives ; son disciple, Gans, qui, par peur, gomme le mot, anodin a nos yeux mais explosif pour les hobereaux prussiens, de <em>changement</em>, dans les <em>Leçons sur la philosophie de l’histoire</em>, alors que Hegel en fait la catégorie principale de l’Histoire. Trahi par l’histoire elle-même, ses textes furent édités très tard. Par exemple, ses scandaleux <em>Essais théologiques de jeunesse</em> (que D’Hondt dit pouvoir aussi bien être qualifiés d’anti-théologiques), ne furent accessibles au public qu’en 1907, plus de trois quarts de siècle après sa mort. Et de là, inévitablement trahi à leur insu par ceux que l’on nomme avec raison les jeunes hégéliens, y compris Engels et Marx, qui, malgré des éclairs de génie dans leur lecture et la reconnaissance jamais abjurée de leur dette vis-à-vis de Hegel, lui firent un procès partial.</p>
<p style="text-align: justify;">            Moyennant ces trahisons et une certaine légèreté, on peut certes tenter d’esquisser l’image d’un pseudo-Hegel réactionnaire.</p>
<p style="text-align: justify;">Lui qui célébra jusqu’à sa mort, le 14 juillet 1789, et même, en 1793, le passage de Louis XVI sous la guillotine. Lui dont le courrier fut systématiquement ouvert, qui eut d’innombrables problèmes avec la police et la censure (la publication de sa <em>Philosophie du droit</em> fut retardée d’un an à cause d’elle – un comble pour le philosophe d’État prussien !). Lui qui fréquentait les plus infréquentables : les Juifs, les francs-maçons progressistes, le général Carnot, le régicide par excellence. Lui qui choisissait ses répétiteurs dans la <em>Burschenschaft</em>, ils furent tous tôt ou tard arrêtés, emprisonnés. Et j’en passe des meilleurs, celui qui veut lira D’Hondt.</p>
<p style="text-align: justify;">            Celui qui veut et celui qui travaillera sur Hegel. Car c’était un leitmotiv pour Jacques D’Hondt, lui qui disait qu’il existe trois Hegel politiques : les textes, et encore moins les textes ‘canoniques’, c’est-à-dire publiés et donc inévitablement autocensurés ou alambiqués pour éviter la vraie censure (malgré certaines audaces fantastiques et une philosophie essentiellement révolutionnaire), ne se suffisent pas à eux-mêmes, le détour par la biographie, pas le courrier, par les leçons, par l’histoire, par la philosophie qui précède, par les stratégies misent en place contre la censure, est inévitable. Travail difficile mais dont on ne peut s’extraire si l’on veut comprendre celui qui fut peut-être le plus grand des philosophes, et déjà entamé par D’Hondt et d’autres.</p>
<p style="text-align: justify;">            Mais n’oublions pas que l’étiquette de réactionnaire qui colle à Hegel n’est pas seulement fonction de l’exégèse scientifique des textes et du débat entre philosophes mais de la conception actuelle des choses et surtout du politique. Un auteur qui fait résider la liberté non dans la sphère de la jouissance de soi du moi narcissique individuel mais dans le collectif, spécialement politique et historique, et fait dépendre cette liberté de la réalisation d’un État rationnel pourrait-il ne pas être qualifié de réactionnaire par le paradigme &#8216;libéral-libertaire&#8217; aujourd&#8217;hui dominant ? Étudier Hegel est politiquement subversif.</p>
<p style="text-align: justify;">            Cette éclaircie dont j&#8217;ai parlé, parvint, comme Hegel en son siècle, à se hisser pour un temps au sommet, ou presque, de cette époque éclairée, par son génie et son travail, et à faire connaître ce Hegel nouveau à un certain public. Mais les Schelling censeur ne sont jamais loin. Ainsi, on tenta très vite de faire oublier cette &#8216;école&#8217;, pourtant encore en plein essor. D&#8217;une part, par exemple avec Deleuze, devenu très vite le chouchou des universités (« ce que je détestais avant tout, c&#8217;était le hégélianisme et la dialectique » &#8211; sans y avoir jamais rien compris) et qui remit alors à la mode cette horreur qu&#8217;est Nietzsche (encore une fois, un phénomène ressemblant eut lieu en RDA). D&#8217;autre part, et c&#8217;est peut-être encore plus malheureux, dans le courant de pensée marxiste et le PCF – grand vecteur d&#8217;idées « de gauche », dont Jacques D&#8217;Hondt fut membre un temps – en la figure de Louis Althusser, qui fit de Hegel uniquement le repoussoir de Marx et du marxisme.</p>
<p style="text-align: justify;">            Malgré tout, la machine était lancée et, pour utiliser une métaphore hégélienne, la taupe ne s’arrêta jamais de creuser jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui. Les études sur ce Hegel nouveau sont relativement nombreuses et de qualité, et ce n&#8217;est pas près de cesser.</p>
<p style="text-align: justify;">            Mais Jacques d’Hondt ne fut pas exclusif. Fin connaisseur de Marx, dans ses liens à Hegel évidemment (voir son recueil d’articles <em>De Hegel à Marx</em>), mais aussi de Descartes, de Diderot, etc., il parvient à poser des questions intelligentes aux textes philosophiques, mettant en lumière leur caractère pertinent pour nous. Il ne fut pas non plus seulement historien de la philosophie. Il possédai la capacité de mobiliser les leçons hégéliennes et marxiennes contre ceux qu’il appelait les « rupturalistes » (entendez Althusser et Foucault) : l’histoire n’avance par rupture que parce qu’elle est continuité, que parce qu’il y a véritablement histoire, le passé ne nous est pas imperméable (voir entre autres cet autre recueil d’articles : <em>L’idéologie de la rupture</em>). Quel intérêt de laisser ouverte la possibilité de regarder le passé ? Appliquons-lui ce qu’il dit de Hegel et de Marx : « Le souvenir et l’histoire nous tournent vers l’avenir et l’invention » (<em>Problèmes de la religion esthétique</em>). Malgré le pessimisme – pas totalement injustifiable – qui le gagne à la fin de sa vie, voilà qu’il veut laisser une possible ouverture, car, comme il le dit ailleurs, il est impossible, même au philosophe, de ne pas imaginer l’avenir.</p>
<p style="text-align: justify;">            Espérons que cet avenir ne comptera pas sans Jacques D&#8217;Hondt et qu&#8217;une de ses composantes sera la réédition de ses œuvres, dont certaines sont très difficiles à trouver aujourd’hui. Les Éditions Delga ont donné l’exemple en rééditant l’année dernière <em>Hegel en son temps</em>, aussi ardent qu’il y a 45 ans.</p>
<p style="text-align: justify;">Comment pouvons-nous par ailleurs rendre hommage à ce grand hégélien ? Certes, la mort est triste, mais nous savons, en bons historiens, qu’il faut faire nôtre le changement et la caducité, <em>a fortiori</em> en ce qui concerne les hommes, et, comme l’a dit le maître, à la sombre idée que tout ce qui est né mérite de périr, inévitablement, fait place l’idée que « de la mort renaît une vie nouvelle », culturelle en ce qui concerne l’être humain. Jacques d’Hondt nous a légué un travail magistral ; qu’en ferons nous ? « Hégéliens, encore un effort ! »</p>
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		<title>Jean Fonteyne, avocat du Comintern (1899-1974)</title>
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		<pubDate>Fri, 24 Feb 2012 19:02:51 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jean Lemaitre]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Jean Lemaitre &#160; C’est un joli nom Camarade !  1939-1940. Le monde est au bord de l’explosion. L’Europe retient son souffle. Une étincelle et c’est la déflagration générale. Hitler se prépare à l’assaut final. Staline gagne du temps. Les démocraties occidentales cherchent à se protéger de l’attaque des troupes fascistes allemandes.  Après les années de joie et d’espoir, symbolisées par le Front populaire de1936 en France, le ciel européen se plombe. 1939 : en Espagne, les républicains perdent la guerre contre Franco, le général putschiste, appuyé par Hitler et Mussolini. En France, Léon Blum a démissionné. Le gouvernement radical (qui n’a plus rien de socialiste) de Daladier parque les combattants espagnols démocrates dans des camps de concentration au sud du pays. Il interdit le Parti communiste français (PCF), dont les principaux dirigeants &#8211; Jacques Duclos, Maurice Thorez…-   se réfugient à Bruxelles.  Dans leur retraite belge, ces dirigeants sont précédés par l’énigmatique Eugen Fried, dit Clément, le responsable de l’Internationale communiste (Komintern) auprès du PCF. Fried installe à Bruxelles le Centre clandestin du Komintern pour l’Europe occidentale. Dès l’invasion nazie, ce Centre coordonne les mouvements de résistance communistes, des différents pays européens, contre l’Allemagne nazie. Il fera le lien avec Dimitrov, le [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
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<p><strong>C’est un joli nom Camarade !</strong><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"> <img class="alignleft" src="http://www.aden.be/uploads/images/C1%20Fonteyne.jpg" alt="" width="280" height="401" />1939-1940. Le monde est au bord de l’explosion. L’Europe retient son souffle. Une étincelle et c’est la déflagration générale. Hitler se prépare à l’assaut final. Staline gagne du temps. Les démocraties occidentales cherchent à se protéger de l’attaque des troupes fascistes allemandes.</p>
<p style="text-align: justify;"> Après les années de joie et d’espoir, symbolisées par le Front populaire de1936 en France, le ciel européen se plombe. 1939 : en Espagne, les républicains perdent la guerre contre Franco, le général putschiste, appuyé par Hitler et Mussolini. En France, Léon Blum a démissionné. Le gouvernement radical (qui n’a plus rien de socialiste) de Daladier parque les combattants espagnols démocrates dans des camps de concentration au sud du pays. Il interdit le Parti communiste français (PCF), dont les principaux dirigeants &#8211; Jacques Duclos, Maurice Thorez…-   se réfugient à Bruxelles.</p>
<p style="text-align: justify;"> Dans leur retraite belge, ces dirigeants sont précédés par l’énigmatique Eugen Fried, dit Clément, le responsable de l’Internationale communiste (Komintern) auprès du PCF. Fried installe à Bruxelles le Centre clandestin du Komintern pour l’Europe occidentale. Dès l’invasion nazie, ce Centre coordonne les mouvements de résistance communistes, des différents pays européens, contre l’Allemagne nazie. Il fera le lien avec Dimitrov, le chef du Komintern opérant de Moscou. En août 1943, Fried tombe, dans des conditions mystérieuses, le plus probablement sous les balles de la Gestapo.</p>
<p style="text-align: justify;"> A Bruxelles, le principal collaborateur de Fried sera, dès 1940, l’avocat belge Jean Fonteyne, auquel Clément confie toute une série de missions spéciales, risquées, dignes d’un roman d’aventures, en France et en Belgique. Jean Fonteyne, qui dirige également Justice libre, le secteur judiciaire du Front de l’Indépendance belge (organisation unitaire de la résistance), est arrêté à l’été 1943 par les Allemands. Il est expédié au camp de Breendonck, puis transféré, mourant, à Buchenwald où il doit son salut à la solidarité de prisonniers politiques allemands, incarcérés eux, depuis les années 30, dans ce sinistre camp de la mort.</p>
<p style="text-align: justify;"> A la libération, Jean Fonteyne poursuit son combat internationaliste. Il est sénateur. Il pilote l’Association internationale des juristes démocrates et continue à défendre la veuve et l’orphelin. Il est avocat des parties civiles à Bruxelles, en 1950, lors du procès du général von Falkenhausen, l’ex- gouverneur militaire allemand pour la Belgique et le nord de la France.</p>
<p style="text-align: justify;">Peu avant son décès, Jean Fonteyne est conseiller juridique de Willy Peers, le médecin belge jeté en prison pour avoir pratiqué l’avortement sans esprit de lucre et défendu au grand jour le droit des femmes à une sexualité libre et choisie.</p>
<p style="text-align: justify;"> Ce livre retrace la vie de Jean Fonteyne, né juste avant le 20<sup>ème</sup> siècle et issu d’une famille bourgeoise et libérale. Comment ce jeune homme, empreint de morale et de bons sentiments, en vient-il à se lancer, à corps et cœur perdus, dans le combat antifasciste et internationaliste ? Quels sont les éléments qui forgent un tel engagement ? Pour Jean Fonteyne, il s’agit d’un cheminement, au départ d’un sens aigu de la fraternité.</p>
<p style="text-align: justify;"> En 1916, déjà, à l’âge de 17 ans, Jean Fonteyne est privé de liberté pour avoir distribué de la presse patriotique au nez et à la barbe des occupants allemands. A sa sortie de prison, il s’engage, via Londres et la France, comme volontaire de guerre au sein de l’armée belge. Il participe, en première ligne, aux derniers combats d’avant l’armistice du 11 novembre 1918.</p>
<p style="text-align: justify;"> Docteur en droit de l’Université libre de Bruxelles … à 21 ans, il est avocat, se marie, devient père de quatre filles. Il fonde à l’ULB le Mouvement estudiantin pour la Culture morale. Il se passionne pour les idées d’Ovide Decroly, ce précurseur en matière d’éducation alternative et progressiste. Il rejoint la loge maçonnique Droit humain.</p>
<p style="text-align: justify;"> En ce début des années 30, où le monde changeait de base, toute une génération d’intellectuels &#8211; enseignants, juristes, ingénieurs, médecins…- se révolte face à l’exploitation sociale et la misère humaine. Au Borinage, les enfants de mineurs ont faim.</p>
<p style="text-align: justify;"> Jean Fonteyne épouse la cause, il met son énergie au service de l’action transformatrice, sans calcul, sans réserve.</p>
<p style="text-align: justify;"> Sa démarche, pour l’heure, reste essentiellement humaniste. Le moteur de son engagement ? C’est par la culture et l’éducation, c’est par l’ouverture au social et la formation de l’esprit critique, que le monde bougera. Il s’intéresse aux arts, devient cinéaste amateur, participe au tournage, avec Henri Storck et Joris Ivens, de « Misère au Borinage », considéré aujourd’hui comme le premier documentaire social au monde.</p>
<p style="text-align: justify;"> En 1933, Hitler prend le pouvoir en Allemagne. Par milliers, les militants communistes, socialistes, simples démocrates, sont arrêtés, torturés, envoyés dans les camps de concentration. L’antisémitisme croît. Les bruits de botte s’amplifient. Le danger grandit.</p>
<p style="text-align: justify;"> Pour les militants épris de liberté et de justice, c’est l’heure du choix. Face au péril, le Komintern change de stratégie et promeut, urbi et orbi, de larges alliances contre l’ennemi commun, le fascisme. Jean Fonteyne, comme juriste, fait partie du Secours rouge international, cette organisation mondiale qui vient en aide aux prisonniers politiques, aux victimes de la répression nazie.</p>
<p style="text-align: justify;"> Dans ce contexte de front uni, Jean Fonteyne adhère au Parti communiste de Belgique, dont il sera exclu trente ans plus tard, en 1965. Il est cofondateur de l’ARC, l’association des écrivains et artistes révolutionnaires. Il est secrétaire du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes. Il accueille Malraux et Gide à Bruxelles. Il est secrétaire de l’association des parents de l’Ecole Decroly. Il est de tous les combats. Et petit à petit, il se voit confier des missions délicates. En 1939, il loge Maurice Thorez à Bruxelles, avant de seconder Fried, le chef du Komintern pour l’Europe de l’Ouest, dont il finance la base clandestine en même temps que, pendant la guerre, il gère différents fonds secrets du PCF et du Komintern.</p>
<p style="text-align: justify;"> Avec cette biographie, l’auteur de ce livre n’a pas voulu ériger une « statue de marbre » à la gloire d’un militant, fût-il exceptionnel. Il ne cache rien des doutes, des contradictions qui jalonnent le parcours de l’homme. Il fait comprendre les ressorts personnels de cet engagement hors du commun. Il éclaire aussi la route suivie par Jean Fonteyne à la lumière des grands événements ayant marqué le 20ème siècle. Ce siècle de tous les bouleversements, de toutes les utopies, de rêves brisés, hélas aussi.</p>
<p style="text-align: justify;"> « C’est un joli nom Camarade ! » n’est pas le portrait du seul Jean Fonteyne. Ce livre rend hommage à cette génération d’intellectuels, malheureusement oubliés par la « grande » histoire, qui ont tout donné pour un idéal de fraternité. Des intellectuels en avance sur leur siècle en bien des domaines : altermondialisme, citoyenneté active, égalité entre les sexes, droit à la contraception et à l’avortement, enseignement émancipateur. Des hommes et des femmes qui, bien conscients de leur bonheur, ne concevaient ce bonheur que largement partagé.</p>
<p style="text-align: justify;"> Camarade, le plus joli des noms, qui « marie cerises et grenades ». Un nom terrible aussi quand le stalinisme soviétique souillera dans le sang l’idéal de départ. Un nom aujourd’hui toujours plein d’espérances.</p>
<p style="text-align: justify;">Le très bel ouvrage de Jean Lemaitre est disponible ici:<a href="http://www.aden.be/index.php?aden=c-est-un-joli-nom-camarade"> http://www.aden.be/index.php?aden=c-est-un-joli-nom-camarade</a></p>
<p><strong><br />
</strong></p>
 <img src="http://www.jolimai.org/wp-content/plugins/wordpress-feed-statistics/feed-statistics.php?view=1&post_id=346" width="1" height="1" style="display: none;" />]]></content:encoded>
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		<title>Les socialistes européens, alliés privilégiés du monde des affaires ?</title>
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		<pubDate>Sun, 19 Feb 2012 21:45:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Geoffrey Geuens]]></category>

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		<description><![CDATA[D’une Internationale à l’autre Par Geoffrey Geuens   Présumés impuissants face aux lobbies, à la droite « ultralibérale » ou encore au FMI, les socialistes européens se disent volontiers victimes de l’idéologie du tout-au-marché et de la toute-puissance de la haute banque et, plus généralement, du monde des affaires. Mais de qui parle-t-on, au juste ? Du Premier ministre Wim Kok qui dérégula, aux Pays-Bas, le marché du travail avant de rejoindre les conseils d’administration d’ING, de Shell et de TNT ? De Tony Blair qui transforma l’État social britannique en État pénal pour devenir, ensuite, consultant du trust américain JP Morgan Chase et de Zurich Financial Services ? À moins qu’il ne s’agisse de l’ex-chancelier Gerhard Schröder, actuellement conseiller de la famille Rothschild, président de Nord Stream et administrateur du groupe pétrolier TNK-BP ? Ou, peut être, de Michel Rocard, qui mit son expérience au service du géant britannique du capital-investissement Terra Firma Capital Partners ? Ou, encore, de Lord Peter Mandelson, ancien homme fort du Labour, devenu conseiller de la banque Lazard ? Réunis en 2008 à New York, au siège des Nations unies, les dirigeants de l’Internationale socialiste y réaffirmèrent leur volonté de lutter contre l’hypercapitalisme et la recherche du profit à tout [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
<fb:like href="http://www.jolimai.org/?p=338" layout="standard" show_faces="true" width="450" action="like" font="arial" colorscheme="light" ref="AL2FB"></fb:like></div><p style="text-align: justify;"><strong>D’une Internationale à l’autre </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><em>Par Geoffrey Geuens<br />
</em></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://okde.org/eikones/linter.jpg" alt="" width="300" height="441" />Présumés impuissants face aux lobbies, à la droite « ultralibérale » ou encore au FMI, les socialistes européens se disent volontiers victimes de l’idéologie du tout-au-marché et de la toute-puissance de la haute banque et, plus généralement, du monde des affaires. Mais de qui parle-t-on, au juste ? Du Premier ministre Wim Kok qui dérégula, aux Pays-Bas, le marché du travail avant de rejoindre les conseils d’administration d’ING, de Shell et de TNT ? De Tony Blair qui transforma l’État social britannique en État pénal pour devenir, ensuite, consultant du trust américain JP Morgan Chase et de Zurich Financial Services ? À moins qu’il ne s’agisse de l’ex-chancelier Gerhard Schröder, actuellement conseiller de la famille Rothschild, président de Nord Stream et administrateur du groupe pétrolier TNK-BP ? Ou, peut être, de Michel Rocard, qui mit son expérience au service du géant britannique du capital-investissement<em> </em>Terra Firma Capital Partners ? Ou, encore, de Lord Peter Mandelson, ancien homme fort du Labour, devenu conseiller de la banque Lazard ?</p>
<p style="text-align: justify;">Réunis en 2008 à New York, au siège des Nations unies, les dirigeants de l’Internationale socialiste y réaffirmèrent leur volonté de lutter contre l’hypercapitalisme et la recherche du profit à tout prix. L’œil, la paille et la poutre. À moins, bien sûr, que nous n’ayons mal interprété les intentions des uns et des autres ; les incantations en faveur d’un contrôle accru des institutions bancaires devant être, dans ce cas, prises au sérieux. Après tout, blairistes comme strausskahniens se révèlent tenaces lorsqu’il s’agit de siéger dans les conseils de <em>surveillance</em> des leaders mondiaux de la haute finance. Surveillance, disons, rapprochée.</p>
<p style="text-align: justify;">Figure désormais imposée de la communication politique, la dénonciation des « marchés financiers » – aussi virulente qu’inoffensive – restera sans suite. On nous l’avait pourtant  promis : les choses ne seraient plus jamais comme avant. La régulation, par exemple, des <em>hedge funds</em>. Le travailliste Lord Malloch-Brown, ex-secrétaire général adjoint de l’ONU, observe leurs pratiques de très près, en tant que vice-président de l’empire Soros Fund Management…</p>
<p style="text-align: justify;">Quelle crédibilité accorder, dès lors, au candidat socialiste à la présidentielle française, lorsque ce dernier clame haut et fort : « <em>Dans cette bataille qui s&#8217;engage, je vais vous </em><em>dire</em><em> quel est mon véritable adversaire : il n&#8217;a pas de nom, pas de visage, pas de parti, il ne présentera jamais sa candidature, il ne sera donc jamais élu. Cet adversaire, c&#8217;est le monde de la finance.</em> »<em> </em>Pas de visage ? Pas de nom ? Pas de parti(s) ? Rien n’est moins sûr. Il est vrai qu’il est plus confortable de dénoncer les « marchés financiers » que de s’attaquer, très concrètement, aux acteurs réels de la haute banque et de la grande industrie. Un tel projet politique placerait François Hollande dans une position bien inconfortable : celle qui consisterait à s’en prendre aux privilèges de certains de ses propres conseillers et de ses (anciens) collègues européens passés de l’Internationale socialiste à l’Internationale capitaliste. François Hollande s’y est pourtant engagé : il combattra « sans faiblesse » le « monde de la finance ». On voudrait bien le croire.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/a/ac/Labour_Party_UK.png" alt="" width="217" height="87" /></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GRANDE-BRETAGNE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>TONY BLAIR</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (1997-2007)</p>
<p style="text-align: justify;"> Président du comité consultatif international: JPMorgan Chase</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller: Zurich Financial Partners, Lansdowne Partners (finance), UI Energy (groupe énergétique sud-coréen)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GORDON BROWN</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (2007-10)</p>
<p style="text-align: justify;">Président: World Economic Forum Global Issues Group (Davos)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>DAVID MILIBAND </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Affaires étrangères (2007-10)</p>
<p style="text-align: justify;">Directeur de cabinet du Premier ministre (1997-2001)</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller : VantagePoint Capital Partners (finance), Indus Basin Holding (groupe indien, actif dans les domaines du capital-investissement et de l’agroalimentaire)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>PETER MANDELSON</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Secrétaire d’État au Commerce et à l’Industrie (1998)</p>
<p style="text-align: justify;">Commissaire européen au Commerce (2004-08)</p>
<p style="text-align: justify;">Secrétaire d’État aux Entreprises et aux Réformes de Régulation (2008-09)</p>
<p style="text-align: justify;">Premier Secrétaire d’État et Lord President of the Council (2009-10)</p>
<p style="text-align: justify;"> Président: Global Counsel LLP (société de consultance stratégique lancée avec le soutien du géant mondial britannique de la publicité WPP)</p>
<p style="text-align: justify;"> Conseil: Lazard Ltd. (banque d’affaires)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LORD MYNERS </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Secrétaire d’État aux Finances et principal architecte de la recapitalisation des banques britanniques (2008-2010)</p>
<p style="text-align: justify;">Président : Cevian Capital (finances)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : RIT Capital (groupe Rothschild)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien président : Guardian Media Group (médias), Marks &amp; Spencer, Aspen Insurance Holdings (groupe financier basé aux Bermudes), Land Securities (immobilier)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien administrateur : Bank of New York Mellon, National Westminster Bank, Coutts &amp; Co., GLG Partners (hedge funds), Telefonica O2 Europe (télécoms)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>NEIL KINNOCK</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Président honoraire de l’Internationale socialiste</p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti travailliste (1983-92)</p>
<p style="text-align: justify;">Commissaire européen aux Transports (1995-99)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-président de la Commission européenne (1999-2004)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur: DRS Data &amp; Research Services (technologies)</p>
<p style="text-align: justify;">Son fils, Stephen Kinnock, est le directeur “Europe/Asie centrale” du Forum économique mondial de Davos. Il a épousé Helle Thorning-Schmidt, actuellement Premier ministre du Danemark et leader du Parti social-démocrate.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong><img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/a/a6/Labour_Party_Ireland.png" alt="" width="180" height="101" /></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>IRLANDE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>RICHARD SPRING</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti travailliste (1982-1997)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-Premier ministre (1982-97)</p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de l’Énergie (1983-87)</p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Affaires étrangères (1993-97)</p>
<p style="text-align: justify;"> Président : Altobridge Ltd. (technologie)</p>
<p style="text-align: justify;">Président : Gulliver (leader irlandais des agences de voyages)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Fexco Financial Services (finance)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Allied Irish Bank/AIB Group (trust financier irlandais)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Pensco Ltd. (filiale « pensions » du groupe financier IFG)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Alder Capital (gestion de fonds, services financiers)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Diversification Strategy Fund (fonds)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Airtel ATN (télécoms), Repak Ltd. (recyclage)</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller international : Mintz, Levin, Cohn, Ferris, Glovsky &amp; Popeo (cabinet d’affaires)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>RUAIRI QUINN</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti travailliste (1997-2002)</p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (1994-97)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-président et trésorier du Parti socialiste européen/PSE (1998-)</p>
<p style="text-align: justify;"> Son frère, Lochlann Quinn, est l’ancien président d’Allied Irish Bank (1997-2003).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://a6.idata.over-blog.com/2/75/65/58/spd.jpg" alt="" width="124" height="124" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ALLEMAGNE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GERHARD SCHRÖDER</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Président du SPD (1999-2004)</p>
<p style="text-align: justify;">Chancelier (1998-2005)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Président : Nord Stream AG (<em>joint-venture </em>Gazprom, E.ON, BASF, GDF Suez, Gasunie)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : TNK-BP International (<em>joint venture </em>BP, Alfa Group)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif européen : Rothschild Investment Group</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>HANS EICHEL</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (1999-2005)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>Administrateur : Erdgas Mobil (énergie)</p>
<p style="text-align: justify;">Président du comité consultatif : Unicorn Geld (sécurité, transports)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>OTTO SCHILY</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de l’Intérieur (1998-2005)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Safe ID Solutions (sécurité nationale)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif européen : Investcorp. Bank (groupe financier basé au Bahrain) (en compagnie de Kofi Annan, Giuliano Amato ou encore Wolfgang Schüssel)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>WOLFGANG CLEMENT</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Affaires économiques et de l’Emploi (2002-05)</p>
<p style="text-align: justify;"> Associé : RiverRock Capital Partners</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Citigroup Germany, RWE Power, Dussmann (services)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>RUDOLF SCHARPING</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Président du SPD (1993-95)</p>
<p style="text-align: justify;">Président du Parti socialiste européen/PSE (1995-2001)</p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de la Défense (1998-2002)</p>
<p style="text-align: justify;">Président : RSBK GmbH (consultance, lobbying)</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller : Kepler Capital Markets</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>CAIO KOCH-WESER </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Secrétaire d’État aux Finances (1999-2005)</p>
<p style="text-align: justify;"> Vice-président : Deutsche Bank</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : BG Group (énergie), Bertelsmann Foundation (multimédia)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif international : IKB Deutsche Industriebank (finance)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MONIKA WULF-MATHIES</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Commissaire européenne à la Politique régionale (1995-99)</p>
<p style="text-align: justify;">Conseillère du Chancelier Gerhard Schröder pour la Politique européenne (1999-2000)</p>
<p style="text-align: justify;">Directrice exécutive : Deutsche Post</p>
<p style="text-align: justify;">Ancienne vice-présidente : Deutsche Lufthansa</p>
<p style="text-align: justify;">Ancienne administratrice : VEBA (énergie)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GUNTER VERHEUGEN</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vice-président du groupe SPD au Bundestag (1994-97)</p>
<p style="text-align: justify;">Ministre d’État au département des Affaires étrangères (1998-99)</p>
<p style="text-align: justify;">Commissaire européen à l’Élargissement (1999-2004)</p>
<p style="text-align: justify;">Commissaire européen à l’Industrie (2004-09)</p>
<p style="text-align: justify;"> Conseiller et vice-président « Global Banking Europe, Moyen Orient et Afrique » : Royal Bank of Scotland (trust financier britannique)</p>
<p style="text-align: justify;"> Conseiller : Union turque des Chambres de Commerce et des Bourses</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller : BVR (organisation bancaire allemande)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif international : Fleishman-Hillard (relations publiques : filiale du géant américain Omnicom Group) (avec Andrew Card, ancien chef de cabinet du Président George Bush ; et Newt Gingrich, notamment)</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/e/ea/SP%C3%96_logo.png" alt="" width="150" height="150" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> AUTRICHE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ALFRED GUSENBAUER</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Chancelier (2007-08)</p>
<p style="text-align: justify;">Président du SPÖ (2000-08)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>Co-fondateur : Cudos Advisors (finance)</p>
<p style="text-align: justify;">Président : Strabag (construction)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Gabriel Resources (mines, or : groupe canadien)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>VIKTOR KLIMA</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Chancelier fédéral (1997-2000)</p>
<p style="text-align: justify;">Président du SPÖ (1997-2000)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Président : Volkswagen Argentine</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Head NV (équipements sportifs)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FRANZ VRANITZKY</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Chancelier fédéral (1986-97)</p>
<p style="text-align: justify;">Président du SPÖ (1988-97)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Président : Hotelbetriebs GmbH,  Magic Life International (loisirs)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-président : Creditanstalt-Bankverein Bank</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Magna International (équipements automobiles), TUI AG (voyage)</p>
<p style="text-align: justify;"> <img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/4/45/Democratic_Left_Alliance_logo.svg" alt="" width="288" height="101" /><strong></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> POLOGNE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JOZEF OLEKSY </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (1995-96)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-président : JW Construction Holding</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MAREK BELKA</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (2004-05)</p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (1997, 2001-02)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien administrateur : Bank Millennium (filiale polonaise du trust financier portugais)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien conseiller pour l’Europe centrale et l’Europe de l’Est : JPMorgan Chase</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://www.eenvandaag.nl/uploads/item/pvda_1.jpg" alt="" width="192" height="107" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>PAYS-BAS</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>WIM KOK</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Président de la Confédération européenne des Syndicats (1979-82)</p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti travailliste (1986-2001)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-Premier ministre et ministre des Finances (1989-1994)</p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (1994-2002)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien administrateur : Royal Dutch/Shell, ING Groep, KLM, TNT</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller spécial : Stork B.V.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>WOUTER BOS</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Vice-Premier ministre et ministre des Finances (2007-2010)</p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti travailliste (2002-2010)</p>
<p style="text-align: justify;">Associé du cabinet KPMG</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien conseiller Shell International Oil Products</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>VICTOR HALBERSTADT</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ancien membre du Conseil socio-économique des Pays-Bas</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien conseiller du Secrétaire général de l’OCDE</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien informateur de la Reine (1981)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif international : Goldman Sachs, Chugai Pharmaceutical (gr. Roche Holding)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien administrateur : Royal KPN, ING, Stork B.V., RHJ International (groupe financier : actionnaire de contrôle de la firme Asahi TEC et de la banque privée Kleinwort Benson)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien président du comité consultatif international : DaimlerChrysler</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien membre du comité d’investissement : ABP Pension Fund</p>
<p style="text-align: justify;"> <img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/f/f6/Partido_Socialista_Obrero_Espa%C3%B1ol.gif" alt="" width="264" height="128" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ESPAGNE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FELIPE GONZALEZ</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (1982-96)</p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti socialiste ouvrier (1974-97)</p>
<p style="text-align: justify;">Président : Tagua Capital (finance, capital-risque)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Gas Natural (énergie)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>NARCIS SERRA SERRA</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de la Défense (1982-91)</p>
<p style="text-align: justify;">Premier vice-Premier ministre (1991-95)</p>
<p style="text-align: justify;">Président : Volja Plus (holding)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-président : Telefonica Chili</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Telefonica Brazil, Caixa Catalunya (finance), Gas Natural (énergie)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>PEDRO SOLBES</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (1993-96)</p>
<p style="text-align: justify;">Second vice-Premier ministre et ministre de l’Économie et des Finances (2004-09)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Administrateur : Barclays Espagne (finance), ENEL (groupe pétro-énergétique italien)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ELENA SALGADO</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (2009-11)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-Premier ministre (2009-11)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancienne présidente : Telegate Spain</p>
<p style="text-align: justify;">Ancienne PDG : Vallehermoso Telecom</p>
<p style="text-align: justify;">Ancienne administratrice : Abertis Telecom (conglomérat espagnol)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancienne membre du comité consultatif : Arthur Andersen</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JAVIER SOLANA</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Affaires étrangères (1992-1995)</p>
<p style="text-align: justify;">Secrétaire général de l’OTAN (1995-1999)</p>
<p style="text-align: justify;">Secrétaire général du Conseil de l’Europe (1999-2009)</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller stratégique international : Acciona (construction, énergie, services)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>CARLOS SOLCHAGA</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de l’Économie et des Finances (1985-1993)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Atlas Capital Close Brothers (finance), Renta Corporacion (immobilier),  Vitro Cristal (trust mexicain)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif international: Fitch IBCA (agence de notation), Citigroup, Accenture</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>MIGUEL BOYER SALVADOR</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de l’Économie et des Finances (1982-85)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Ancien président: CLH (logistique pétrolière)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien vice-président: FCC (conglomérat)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Red Eléctrica Corp., Reyal Urbis (immobilier)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif international: Robert Bosch GmbH (avec Henry Kissinger, Alessandro Benetton et Louis Schweitzer, parmi d’autres)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>JUAN MANUEL EGUIAGARAY</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre de l’Industrie et de l’Énergie (1993-96)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Administrateur : EADS, Cap Gemini Espagne</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif: Siemens</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> <img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/7/76/Sveriges_Socialdemokratiska_Arbetareparti.png" alt="" width="168" height="168" /></strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>SUÈDE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GÖRAN PERSSON</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (1996-2006)</p>
<p style="text-align: justify;">Président du Parti social-démocrate (1996-2007)</p>
<p style="text-align: justify;">Président : Scandinavian Biogas Fuels (énergie), Scandinavian Air Ambulance</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller : JKL Group (groupe Publicis)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>LAILA FREIVALDS</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Affaires étrangères (2003-06)</p>
<p style="text-align: justify;">Administratrice : Investment AB Öresund (finance)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ERIK ASBRINK</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (1996-99)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif international : JPMorgan Chase</p>
<p style="text-align: justify;">Président : Alecta (fonds de pension), LightLab (énergie), Svensk Hypotekspension</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Wallenstam (immobilier)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>PÄR NUDER</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (2004-06)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Administrateur : Swedegas (énergie), Fabege (immobilier)</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller : Albright Stonebridge Group (entreprise de lobbying, dirigée par Madeleine Albright) (avec, entre autres, Joschka Fisher)</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/f/f2/Logo_arbeiderparti.gif" alt="" width="184" height="212" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> NORVÈGE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>GRO HARLEM BRUNDTLAND</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Premier<strong> </strong>ministre (1981, 86-89, 90-96)</p>
<p style="text-align: justify;">Directrice générale de l’OMS (1998-2003)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Ancienne conseillère: PepsiCo.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>THORVALD STOLTENBERG</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Affaires étrangères (1987-89, 90-93)</p>
<p style="text-align: justify;">Père de Jens Stoltenberg, actuellement Premier ministre</p>
<p style="text-align: justify;"><strong></strong>Conseiller international : East Capital Asset Management (finance)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> <img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/8/8e/Parti_social-d%C3%A9mocrate_de_Finlande.png" alt="" width="201" height="201" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>FINLANDE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> MARTTI AHTISAARI</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Président (1994-2000)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien administrateur : UPM-Kymmene (papier, chimie), Elecoteq (électronique)</p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"> <img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/a/a5/Parti_travailliste_HaAvoda.png" alt="" width="223" height="35" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>ISRAËL </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>SHIMON PERES</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti travailliste (1995-96, 2003-05)</p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (1984-86, 1995-96)</p>
<p style="text-align: justify;">Président d’Israël (2007-)</p>
<p style="text-align: justify;">Son fils, Nechemia Peres, est l’un des acteurs majeurs du capital-risque en Israël et aux États-Unis. Co-fondateur de Pitango Venture Capital – dont la valeur du portefeuille dépasse le milliard et demi de dollars – et président d’Al Bawader Fund, il siège aussi au conglomérat Koor Industries (propriété du milliardaire Nochi Dankner), et a présidé la Chambre de Commerce Israëlo-américaine (2008-11).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>EHUD BARAK</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Leader du Parti travailliste (1997-2001, 2007-11)</p>
<p style="text-align: justify;">Premier ministre (1999-2001)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-Premier ministre et ministre de la Défense (2007-)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien conseiller : EDS (multinationale U.S. active dans l’électronique de défense)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien conseiller : Acro Inc. (groupe israélien actif dans le secteur de la sécurité)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien conseiller : Capital Management Advisors (firme luxembourgeoise : <em>hedge funds</em>)</p>
<p style="text-align: justify;">Ancien conseiller : Tamir Fishman Ventures (société israélienne : capital-risque)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>AVRAHAM SHOCHAT</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Finances (1992-96, 1999-2001)</p>
<p style="text-align: justify;">Administrateur : Israel Aircraft Industries (défense, sécurité), Alon USA (pétrole, gaz), Direct Insurance – Financial Investments (finance), Mizrahi-Tefahot Bank (4<sup>e</sup> banque privée du pays), Israel Chemicals, IDE Technologies (désalinisation)</p>
<p style="text-align: justify;">Conseiller du président : Baran Group (ingénierie)</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://upload.wikimedia.org/wikipedia/fr/4/46/Chplogo.gif" alt="" width="149" height="177" /></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>TURQUIE</strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong>KEMAL DERVIS</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Ministre des Affaires économiques (2001-2002)</p>
<p style="text-align: justify;">Vice-président de la Banque mondiale (1996-2001)</p>
<p style="text-align: justify;">Directeur du Programme de Développement des Nations Unies (2005-2009)</p>
<p style="text-align: justify;">Président du comité consultatif international : Akbank (1<sup>re</sup> banque privée de Turquie)</p>
<p style="text-align: justify;">Membre du comité consultatif international : Abengoa (conglomérat espagnol)</p>
<p>&nbsp;</p>
<p><strong>Pour plus d’exemples sur les liens entre politiques et monde des affaires, on lira Geoffrey Geuens, <em>La finance imaginaire</em>, Bruxelles, Éditions Aden, 2011 : <a href="http://www.aden.be/index.php?aden=la-finance-imaginaire" target="_blank">http://www.aden.be/index.php?<wbr>aden=la-finance-imaginaire</wbr></a></strong></p>
 <img src="http://www.jolimai.org/wp-content/plugins/wordpress-feed-statistics/feed-statistics.php?view=1&post_id=338" width="1" height="1" style="display: none;" />]]></content:encoded>
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		<title>Retour sur la destruction de Dresde du 13-14 février 1945</title>
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		<pubDate>Tue, 14 Feb 2012 17:43:05 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Jacques Pauwels]]></category>

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		<description><![CDATA[Par Jacques Pauwels Dans la nuit du 13 au 14 février 1945, Dresde, capitale de la Saxe, fut attaquée à deux reprises par des centaines de bombardiers lourds de la RAF. Et le lendemain matin, la ville fut à nouveau la cible d’un bombardement, effectué cette fois par la force aérienne américaine, la USAAF. Les conséquences de cette triple attaque, à laquelle participèrent plus de mille avions, furent catastrophiques. Le centre historique de cette ville d’art qui était connue comme la « Florence allemande » fut réduit en cendres, enseveli sous plus de 750 000 bombes incendiaires. Particulièrement dévastatrices, les bombes de la RAF causèrent intentionnellement une « tempête de feu » (firestorm), décrite par le journaliste et historien britannique Phillip Knightley comme: « une tornade artificielle dans laquelle l’air est aspiré vers le centre à une vitesse de plus en plus rapide. À Dresde, des vents approchant la vitesse de 160 km à l’heure emportèrent débris et individus dans un bûcher dont la température excédait 1 000 degrés centigrades. Les flammes dévorèrent tout ce qui était organique, tout ce qui pouvait brûler. Les habitants moururent par milliers, grillés, incinérés ou asphyxiés[1] ».  Le nombre exact des victimes, habitants de la ville mais aussi [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
<fb:like href="http://www.jolimai.org/?p=329" layout="standard" show_faces="true" width="450" action="like" font="arial" colorscheme="light" ref="AL2FB"></fb:like></div><p style="text-align: justify;">Par <em>Jacques Pauwels</em></p>
<p style="text-align: justify;">
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://www.vip-blog.com/medias/0107/halgadom-vip-blog-com-948231755721a2.jpg" alt="" width="398" height="293" />Dans la nuit du 13 au 14 février 1945, Dresde, capitale de la Saxe, fut attaquée à deux reprises par des centaines de bombardiers lourds de la RAF. Et le lendemain matin, la ville fut à nouveau la cible d’un bombardement, effectué cette fois par la force aérienne américaine, la USAAF. Les conséquences de cette triple attaque, à laquelle participèrent plus de mille avions, furent catastrophiques. Le centre historique de cette ville d’art qui était connue comme la « Florence allemande » fut réduit en cendres, enseveli sous plus de 750 000 bombes incendiaires. Particulièrement dévastatrices, les bombes de la RAF causèrent intentionnellement une « tempête de feu » (<em>firestorm</em>), décrite par le journaliste et historien britannique Phillip Knightley comme:</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>une tornade artificielle dans laquelle l’air est aspiré vers le centre à une vitesse de plus en plus rapide. À Dresde, des vents approchant la vitesse de 160 km à l’heure emportèrent débris et individus dans un bûcher dont la température excédait 1 000 degrés centigrades. Les flammes dévorèrent tout ce qui était organique, tout ce qui pouvait brûler. Les habitants moururent par milliers, grillés, incinérés ou asphyxiés</em><a title="" href="#_ftn1">[1]</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;"> Le nombre exact des victimes, habitants de la ville mais aussi réfugiés que Dresde avait accueillis par dizaines de milliers, qui périrent au cours de cette nuit infernale demeure inconnu. Dans le passé, on a évoqué jusqu’à 300 000 morts. Les données considérablement plus basses qui circulaient jadis, y compris dans la République Démocratique Allemande, mentionnaient « seulement » 30 000 victimes mais ce nombre semble faire uniquement référence aux corps identifiés, nécessairement une petite fraction du nombre total des victimes qui, selon un rapport secret de la police locale, oscillerait entre 200 000 et un quart de million. Nous ne connaîtrons sans doute jamais le nombre exact des femmes, hommes et enfants qui disparurent dans cet holocauste. Les experts aujourd’hui ont arrêté un nombre maximum, plutôt modeste, de 40 000 victimes<a title="" href="#_ftn2">[2]</a>.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #cc0000;">&#8220;Notre propos n’est pas de polémiquer sur ces statistiques. Il nous suffit de savoir qu’à Dresde un grand nombre de personnes mourut d’une mort terrible. À maints égards, il s’agissait d’un massacre comparable à ceux de Hiroshima et de Nagasaki.&#8221;</span></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Mais si les bombardements atomiques de ces villes avaient pour objectif officiel de pousser le Japon à la capitulation, la destruction de Dresde semble un carnage insensé et, de ce point de vue, plus effroyable encore que l’anéantissement de Hiroshima et Nagasaki. La « Florence allemande » n’était pas une ville importante sur les plans industriel et militaire, et il était par conséquent absurde d’en faire la cible du considérable – et extraordinaire – effort commun britannico-américain qui caractérisa le raid. L’attaque de Dresde ne s’explique pas davantage comme représailles pour les bombardements allemands de villes alliées telles que Rotterdam et Coventry. Pour la destruction de ces villes, bombardées par la <em>Luftwaffe</em> en 1940, Berlin, Hambourg, Cologne et d’innombrables autres villes allemandes, petites et grandes, avaient déjà chèrement payé en 1942, 1943 et 1944. De surcroît, au début de 1945 les commandants alliés savaient très bien que même le bombardement le plus féroce ne réussirait pas « à réduire [les Allemands] par la terreur<a title="" href="#_ftn3">[3]</a> » ; il n’est donc pas réaliste d’attribuer ce motif aux planificateurs de cette opération. Le bombardement de Dresde semble bel et bien avoir été un carnage insensé.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://www.holtz.org/Library/Images/Slideshows/Gallery/Events/1945-02%20Dresden.jpg" alt="" width="1098" height="769" /></p>
<p style="text-align: justify;">Depuis peu, le bombardement de pays (comme la Serbie, l’Irak et la Lybie) et de villes (telle que Bagdad) est devenu un événement ordinaire, non seulement justifié par nos leaders politiques mais aussi présenté dans nos médias comme une stratégie militaire efficace doublée d’un instrument parfaitement légitime pour atteindre des objectifs prétendument nobles. Dans ce contexte, il se révéla plus facile pour certains historiens d’affirmer que le bombardement de villes pleines de civils durant la Deuxième Guerre mondiale fut non seulement justifié mais efficace. Dans son livre <em>Why the Allies Won </em>(« Pourquoi les Alliés ont-ils gagné ? »), par exemple, publié en 1995, Richard Overy affirme, à l’encontre de l’opinion de la grande majorité des historiens jusqu’alors, que les bombardements alliés avaient joué un rôle important dans la défaite de l’Allemagne nazie, ouvrant la voie à la réhabilitation de l’opération de Dresde. Dans son livre <em>Dresden</em><em> </em><em>: Tuesday, February 13, 1945 </em>(« Dresde : mardi, le 13 février 1945 »), publié en 2004,<em> </em>un autre<em> </em>historien<em> </em>britannique, Frederick Taylor, défend l’idée, également contre les thèses généralement admises, que Dresde fut bel et bien une cible légitime : la ville, insiste-t-il, n’était pas seulement un centre industriel et militaire majeur, où d’innombrables usines produisaient du matériel militaire, mais aussi un croisement de premier ordre des chemins de fer allemands.</p>
<p style="text-align: justify;">En outre, Taylor prétend que l’énorme destruction causée dans la capitale saxonne n’avait pas été prévue par ceux qui avaient planifié l’attaque mais fut le résultat inattendu d’une combinaison de circonstances malheureuses. Celles-ci incluent l’efficacité grandissante de la stratégie de « bombardement de masse » (<em>area bombing</em>) développée par le « British Bomber Command » dirigé par Arthur Harris – surnommé « Harris la bombe » (<em>Bomber Harris</em>) – en réponse à d’antérieurs raids aériens allemands sur la Grande-Bretagne ; des conditions météorologiques parfaites ; et les défenses anti-aériennes de la ville qui se révélèrent désespérément inadéquates. Tandis que la plupart des précédents bombardements de villes allemandes avaient été nettement moins dévastateurs qu’espéré, le raid sur Dresde causa une destruction plus grande que prévue. Voilà la perspective de Taylor, qui arrive à la conclusion que Dresde fut une attaque aérienne dans laquelle « tout marcha parfaitement, et horriblement, bien<a title="" href="#_ftn4">[4]</a> ».<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;">Or, Taylor lui-même contredit son affirmation selon laquelle la destruction fut plus grande que prévue en expliquant dans un autre contexte qu’une quarantaine de « poids lourds » (<em>heavies</em>) de la USAAF en route vers Dresde s’égarèrent et finirent par laisser tomber leurs bombes sur Prague<a title="" href="#_ftn5">[5]</a>. Il s’ensuit que, si tout avait marché comme prévu dans les plans du raid, la destruction causée à Dresde aurait été plus grande encore qu’elle ne le fut en réalité. Il est clair qu’un degré extraordinairement élévé de destruction avait été recherché, et c’est pour cette raison qu’un degré extraordinairement élévé de destruction, bien que moins élévé qu’espéré, fut en fait obtenu.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://tpprovence.files.wordpress.com/2010/02/dresden-pile-of-bodies.jpg" alt="" width="1080" height="766" /></p>
<p style="text-align: justify;">L’avis de Taylor concernant l’importance de Dresde en tant que nœud ferroviaire et siège d’infrastructures militaires et industrielles stratégiques est en apparence plus convaincant. Voilà qui fait de Dresde une cible intéressante et légitime pour un raid aérien de grande envergure. Or, tout un chapelet de faits indique que la présence dans la ville de ces infrastructures qui valaient la peine d’être bombardées ne joua aucun rôle dans le calcul de ceux qui avaient planifié le raid. Premièrement, la seule installation militaire vraiment signifiante, l’aérodrome de la <em>Luftwaffe</em>, situé à quelques kilomètres au nord de la ville, ne fut pas attaquée du tout pendant le raid. Deuxièmement, la gare ferroviaire, prétendument d’une importance cruciale, ne fut pas marquée comme cible avec des fusées éclairantes vertes par les avions britanniques qui précédaient et guidaient les bombardiers. Les équipages reçurent l’instruction de laisser tomber leurs bombes sur le centre de la ville, au nord de la gare<a title="" href="#_ftn6">[6]</a>.<strong> </strong>Par conséquent, bien que des bombes soient bel et bien tombées sur la gare, et bien que le brasier y ait causé de nombreuses victimes, cette cible soi-disant essentielle ne subit que peu de dégâts structurels, si peu, en effet, que le réseau ferroviaire put être rétabli quelques jours seulement après le bombardement<a title="" href="#_ftn7">[7]</a>. Troisièmement, la grande majorité des industries stratégiques du point de vue militaire ne se trouvait pas dans le centre-ville mais en banlieue, où l’on ne lâcha pas de bombes, du moins pas par exprès<a title="" href="#_ftn8">[8]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">On ne peut guère nier que Dresde, comme toute autre grande ville allemande, hébergeait des installations industrielles d’une certaine importance militaire, et qu’une partie au moins de ces installations se trouvait au centre de la ville et fut donc détruite dans le raid. Mais cela ne nous amène pas logiquement à la conclusion que l’attaque fut planifiée à cet effet. Des hôpitaux et des églises furent également détruites, mais personne n’en conclura que ce fut l’objectif du raid. Un certain nombre de prisonniers juifs et de membres de la résistance anti-nazie allemande, qui attendaient d’être déportés ou exécutés, surent profiter du chaos causé par le bombardement pour échapper à la surveillance<a title="" href="#_ftn9">[9]</a>, mais il ne se trouve personne pour y voir l’objectif du raid. De nombreux prisonniers de guerre alliés furent également tués dans la nuit du 13 au 14 février 1945, mais ne serait-il pas absurde de suggérer que c’est pour cette raison que la ville fut anéantie ? Il n’y a donc aucune raison de conclure que la destruction d’une quantité inconnue d’installations industrielles, d’une importance militaire incertaine, puisse avoir été la raison d’être du raid, en d’autres mots, que cette destruction, comme la libération d’une poignée de juifs et de résistants anti-nazis allemands, fût autre chose qu’une «retombée favorable» imprévue dans une entreprise qui visait d’autres objectifs.</p>
<p style="text-align: justify;">Une explication fréquemment donnée par des historiens, Taylor inclus, reprend ce qui fut déjà dit aux équipages de la RAF et de la USAAF qui participèrent à la mission, à savoir que le bombardement de la capitale saxonne devait faciliter l’avancée de l’Armée Rouge. On prétend que, lors de la conférence de Yalta du 4 au 11 février 1945, les Soviétiques demandèrent à leurs alliés occidentaux d’affaiblir la résistance allemande sur le front de l’Est au moyen de raids aériens, permettant ainsi à l’Armée Rouge de pénétrer plus facilement au cœur de l’Allemagne. Or, aucune preuve ne vient confirmer ces déclarations. L’opportunité de raids aériens anglo-américains sur des cibles de l’Allemagne orientale fut, il est vrai, discutée à Yalta, mais, durant ces pourparlers, les Soviétiques exprimèrent l’inquiétude que leurs propres lignes puissent être frappées par les bombardiers alliés. Ils demandèrent donc que la RAF et la USAAF n’opèrent pas trop loin à l’Est<a title="" href="#_ftn10">[10]</a>. La crainte soviétique d’être victime de ce qu’on appelle aujourd’hui « tir (ou feu) ami » (<em>friendly fire</em>) n’était guère injustifiée, comme le démontre le raid sur Dresde même : comme nous le savons déjà, un nombre considérable d’avions s’égarèrent et bombardèrent Prague ! C’est dans ce contexte qu’un général soviétique nommé Antonov formula son intérêt pour « des attaques aériennes capables d’entraver les mouvements de troupes ennemies », mais ceci ne peut guère être interprété comme une demande d’infliger à la capitale saxonne – qu’il ne mentionna d’ailleurs pas du tout – ou à n’importe quelle autre ville allemande le genre de traitement que Dresde reçut dans la nuit du 13 au 14 février. Se référant à une étude de la conférence de Yalta, l’auteur britannique d’un récent livre sur le programme de bombardements stratégiques des Alliés occidentaux pendant la deuxième guerre mondiale note que les Soviétiques « <em>préférèrent clairement que la RAF et la USAAF ne s’approchaient pas du territoire [allemand] qu’ils allaient bientôt occuper</em><a title="" href="#_ftn11">[11]</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Ni à Yalta, ni à aucune autre occasion les Soviétiques ne demandèrent à leurs alliés occidentaux de fournir le genre d’assistance aérienne qui s’est prétendument concrétisé dans l’anéantissement de Dresde. Qui plus est, ils ne se déclarèrent jamais d’accord avec le plan de bombarder Dresde, comme on l’a pourtant souvent dit<a title="" href="#_ftn12">[12]</a>.<strong> </strong>Pour sa part, Taylor prétend bel et bien que Dresde fut bombardée en réponse à une demande soviétique, exprimée à Yalta. Mais il ne cite qu’une seule « preuve », qui n’est d’ailleurs que peu convaincante. Selon un des interprètes de Churchill à la conférence, Hugh Lunghi, les Soviétiques « demandèrent explicitement à deux occasions distinctes de bombarder Dresde [et plus particulièrement sa gare de jonction] ». « Nous y consentîmes », ajouta Lunghi, « <em>nous consentîmes à pratiquement tout [ce que les Soviétiques exigèrent à Yalta]</em><a title="" href="#_ftn13">[13]</a> ».<strong> </strong>Ce témoignage est d’une valeur extrêmement douteuse. Par exemple, si le bombardement avait effectivement été organisé en réponse à une demande de la part des Soviétiques, pourquoi la gare de jonction, qui leur importait tellement, ne fut-elle pas marquée comme cible ? En fait, le témoignage de Lunghi est tiré d’un documentaire, produit par la chaîne de télévision américaine CNN en 1996, c’est-à-dire précisément cinquante-et-un ans après les faits, et semble refléter soit une mauvaise mémoire soit l’influence d’un demi-siècle de mythologie de la Guerre Froide à propos de Yalta, ou les deux. Pourquoi Taylor ne produit-il pas d’autres témoignages en faveur de sa thèse ? L’explication est sans doute que ces témoignages n’existent pas, et ceci pour la simple raison que ces demandes ne furent jamais exprimées.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://www.cvce.eu/content/publication/1999/7/8/ab79e054-2fd9-4fcc-b226-61540a0c9dab/publishable.jpg" alt="" width="1024" height="761" /></p>
<p style="text-align: justify;">Les Soviétiques ne demandèrent pas de bombarder Dresde. En outre, posons-nous la question suivante : si Moscou avait effectivement présenté une telle demande, les autorités politiques et militaires à Londres et Washington auraient-elles répondu immédiatement – Dresde fut bombardée quelques jours seulement après la fin de la conférence de Yalta – en lançant la flotte de bombardiers extraordinairement puissante qui a été déployée ? La réponse à cette question doit sans doute être négative. Rappelons l’état des relations interalliées au début de 1945. À ce moment, disons la mi-janvier, les Américains étaient toujours engagés dans la fameuse « Bataille des Ardennes », une contre-offensive allemande inattendue sur le front de l’Ouest qui, certainement au début, leur causa de grandes difficultés. Heureusement, cette bataille finit par être gagnée. Mais on avait perdu beaucoup de temps dans l’inavouée et pourtant réelle « course vers Berlin » contre les Soviétiques, et ni les Américains, ni les Britanniques n’avaient déjà traversé le Rhin; leurs lignes se trouvaient toujours à plus de cinq cents kilomètres de Berlin. De son côté l’Armée Rouge sur le front de l’Est avait déclenché une grande offensive le 12 janvier et progressait rapidement vers les rives du fleuve Oder ; en quelques endroits, ses troupes se trouvaient à moins de cent kilomètres de la capitale du Reich. Cette situation était extrêmement inquiétante du point de vue des chefs militaires et politiques américains et britanniques : il était pratiquement certain que les Soviétiques prendraient non seulement la capitale allemande mais qu’ils pénétreraient même profondément dans la partie occidentale de l’Allemagne avant la fin de la guerre. Peut-on penser que, dans ces circonstances, Washington et Londres se seraient empressés de fournir un très grand effort afin de permettre à l’Armée Rouge d’avancer plus rapidement encore ? Même si Staline avait réellement demandé une assistance aérienne anglo-américaine, Churchill et Roosevelt auraient sans doute trouvé une excuse pour ne pas offrir un tel appui. Peut-être auraient-ils fait un geste symbolique, mais ils n’auraient jamais lancé la massive attaque que sera le raid sur Dresde – probablement la plus grande attaque aérienne de l’histoire jusqu’alors ! D’autant qu’attaquer Dresde exigeait que des centaines de bombardiers lourds et lents volent plus de deux mille kilomètres dans l’espace aérien ennemi afin de s’approcher si près des lignes de l’Armée Rouge qu’ils couraient le double risque soit d’être abattus par l’artillerie anti-aérienne soit de laisser tomber leurs bombes sur leurs alliés soviétiques. Churchill et Roosevelt auraient-ils investi de telles ressources humaines et matérielles, et couru de si grands risques, dans une entreprise qui aurait permis à l’Armée Rouge non seulement de prendre Berlin mais probablement aussi d’atteindre les rives du Rhin avant les troupes anglo-américaines ? Il ne put pas en être question.</p>
<p style="text-align: justify;">Fin janvier 1945, Roosevelt et Churchill se préparaient à rencontrer Staline à Yalta, sur leur initiative. Conclure avec leur allié oriental des accords fermes concernant l’Allemagne d’après-guerre, et ceci avant la fin des hostilités, leur semblait absolument nécessaire. Sans de tels accords, les réalités militaires, c’est-à-dire les positions des armées alliées, allaient déterminer qui occuperait quelle partie de l’Allemagne. Il était à craindre que, dans ce cas, les Soviétiques occupent presque la totalité du pays vaincu, excluent leurs alliés occidentaux des grandes décisions relatives à son avenir et déterminent de façon unilatérale ses futures structures politiques, sociales et économiques. Washington et Londres eux-mêmes avaient déjà créé un précédent à une telle démarche unilatérale, en libérant l’Italie en 1943 : ils y avaient rigoureusement exclu l’Union soviétique de la moindre participation aux affaires de ce pays. Et c’est également ce qui s’était produit en France et en Belgique en 1944. Inversement, Staline n’avait pas besoin d’un accord préalable concernant le sort de l’Allemagne d’après-guerre. Il accepta néanmoins la proposition d’une réunion des trois chefs alliés, mais à la condition que l’entrevue eût lieu sur le territoire de l’Union soviétique, à Yalta<a title="" href="#_ftn14">[14]</a>.</p>
<p style="text-align: justify;">Avant Yalta, déjà, Roosevelt et Churchill trouvaient nécessaire de faire comprendre à Staline qu’il ne devait pas sous-estimer la puissance militaire de ses alliés occidentaux malgré leurs récents revers militaires dans les Ardennes. L’Armée Rouge disposait certes d’une énorme infanterie, d’excellents chars et d’une formidable artillerie mais les alliés occidentaux disposaient quant à eux d’un atout militaire hors pair: leur force aérienne, et plus particulièrement leur impressionnante flotte de bombardiers, capables de porter des coups à des milliers de kilomètres de leurs bases. Si l’on pouvait attirer l’attention de Staline sur ce fait, ne se montrerait-il pas plus accommodant lors des négociations qui devaient commencer bientôt?</p>
<p style="text-align: justify;">Ce fut Churchill qui décida que l’anéantissement total d’une ville allemande, pour ainsi dire sous le nez des Soviétiques, pouvait faire parvenir au Kremlin le message désiré. Depuis quelque temps déjà, la RAF et la USAAF étaient capables de frapper n’importe quelle ville allemande, et des plans détaillés pour une telle entreprise, connue sous le nom de code <em>Thunderclap</em> (« coup de tonnerre »), avaient été préparés de façon méticuleuse. Or, au plus tard durant l’été de 1944, quand il apparut que la guerre serait selon toute vraisemblance conclue victorieusement avant la fin de l’année, et quand l’attention des planificateurs glissa naturellement vers les problèmes de l’après-guerre, une entreprise du genre <em>Thunderclap</em> commença à se profiler comme un instrument utile dans le but d’intimider les Soviétiques. En août 1944, un mémorandum interne de la RAF refléta cette manière de voir les choses ; ce document chercha à convaincre ses destinataires qu’</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>une dernière et spectaculaire démonstration [de la puissance de notre force aérienne] au “profit” du peuple allemand […] pourrait également être fort utile dans l’après-guerre […] L’anéantissement du centre d’une grande ville […] peut offrir une preuve irréfutable de la puissance d’une force aérienne moderne […] Cela convaincrait les alliés russes […] de l’efficacité de la force aérienne anglo-américaine</em><a title="" href="#_ftn15">[15]</a> ».<strong> </strong></p>
<p style="text-align: justify;"><strong> </strong>Au début de 1945, <em>Thunderclap</em> n’était plus envisagée dans la perspective de vaincre l’Allemagne. Or, vers la fin de janvier 1945, c’est-à-dire au moment où il préparait son voyage à Yalta, Churchill se montra soudain très intéressé par ce projet, insista pour qu’il fût mis en œuvre aussitôt que possible, et<em> </em>donna l’ordre à « Harris la bombe » d’effacer une ville dans l’Est allemand, une ville dans la ligne de marche de l’Armée Rouge<a title="" href="#_ftn16">[16]</a>.<strong> </strong>Plusieurs villes<strong> </strong>satisfaisaient aux critères, mais c’est Dresde qui finit par être choisie, vraisemblablement par Churchill lui-même. En effet, le 25 janvier, le Premier ministre britannique indiqua où il souhaitait que les Allemands soient « dynamités » (<em>blasted</em>) : quelque part « sur la route de leur retraite de Breslau [vers l’Ouest]<a title="" href="#_ftn17">[17]</a> ». En termes de centres urbains, ce choix équivalait à orthographier : D-R-E-S-D-E.</p>
<p style="text-align: justify;">Dans son autobiographie, Arthur Harris écrit que l’attaque sur Dresde avait été estimée nécessaire par « des gens bien plus importants que moi<a title="" href="#_ftn18">[18]</a> ». Il est évident que seules des personnalités du calibre de Churchill auraient pu imposer leur volonté au tsar des bombardements stratégiques. Il est d’ailleurs généralement connu que le Premier ministre britannique avait manifesté un intérêt particulier pour l’opération de Dresde et qu’il la considérait moins comme un moyen de défaire l’Allemagne que comme un instrument pour impressionner Staline. Comme l’écrit l’historien militaire britannique Alexander McKee,<strong> </strong>« Churchill voulut inscrire une leçon dans le ciel nocturne de Dresde», à l’intention des Soviétiques. Toutefois, comme la USAAF fut également impliquée dans le bombardement de Dresde, nous pouvons supposer que Churchill agit avec la connaissance et l’approbation de Roosevelt. Les partenaires de Churchill dans la haute hiérarchie américaine, tant politique que militaire, partageaient en effet son point de vue en la matière. Eux aussi étaient fascinés, comme l’écrit McKee, par la possibilité d’« intimider les communistes [soviétiques] en terrorisant les nazis<a title="" href="#_ftn19">[19]</a> ». La participation américaine n’était guère nécessaire, la RAF était sans doute capable d’anéantir la ville en faisant « cavalier seul ». Mais c’est précisément cet effet « matraquage » (<em>overkill</em>), causé par une contribution américaine intrinsèquement superflue, qui devait permettre aux Soviétiques de bien apprécier la puissance de la force aérienne anglo-américaine.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #cc0000;">&#8220;On peut aussi s’autoriser une spéculation psycho-historique: il est probable qu’en « invitant » les Américains, Churchill cherchait à éviter que lui-même et son pays n’endossent la responsabilité exclusive de ce qui se révélerait inévitablement être un horrible carnage ; ce fut un crime pour lequel il éprouva le besoin d’avoir un partenaire.&#8221;</span></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Une entreprise du type <em>Thunderclap </em>– entreprise à grande échelle par définition – causerait naturellement des dégâts aux installations militaires et industrielles grandes et petites, avec ou sans importance, que la ville cible hébergeait, et il est évident que cela constituerait inévitablement un nouveau coup dur encaissé par un ennemi allemand déjà chancelant. En empruntant à la terminologie de l’école sociologique américaine du « structuro-fonctionnalisme », on peut dire que frapper les Allemands aussi durement que possible était la « fonction manifeste » de l’entreprise, tandis qu’intimider les Soviétiques était sa fonction « latente », c’est-à-dire « sous-jacente » ou « cachée », mais nettement plus importante. La destruction massive infligée à Dresde ne fut pas le résultat d’une malheureuse combinaison de circonstances. Elle fut planifiée – en d’autres mots : elle fut « fonctionnelle » – non pas dans le but d’asséner un coup dévastateur à l’ennemi allemand, mais dans celui de faire comprendre aux Soviétiques que leurs alliés occidentaux avaient une arme contre laquelle l’Armée Rouge, en dépit de sa puissance et de ses succès, ne pouvait rien, une arme contre laquelle elle n’avait aucune défense.</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignnone" src="http://www.corbisimages.com/images/BE035309.jpg?size=67&amp;uid=%7B8c6d5af7-97db-4705-b474-4af0add40f44%7D" alt="" width="639" height="480" /></p>
<p style="text-align: justify;">Un grand nombre de généraux et d’officiers de haut rang, américains aussi bien que britanniques, se rendirent sans doute compte de la fonction latente de la destruction de Dresde et approuvèrent l’entreprise. Et cette connaissance filtra aussi jusqu’aux commandants locaux de la RAF et de la USAAF et aux « maîtres bombardiers » (<em>master bombers</em>) qui pilotaient les avions-éclaireurs (<em>pathfinders</em>). (Après la guerre, deux maîtres bombardiers se rappelèrent qu’on leur avait clairement dit que l’attaque devait « en imposer aux Soviétiques par la puissance de notre flotte<a title="" href="#_ftn20">[20]</a> ».) Or, les<strong> </strong>Soviétiques, qui jusqu’alors avaient fourni la plus grande contribution à la guerre contre l’Allemagne nazie, et qui y avaient non seulement souffert les plus grandes pertes mais aussi obtenu les plus spectaculaires succès, par exemple à Stalingrad, jouissaient de beaucoup de sympathie parmi les militaires américains et britanniques ordinaires, y compris les équipages des bombardiers. Les aviateurs auraient probablement désapprouvé une entreprise visant à mettre les Soviétiques sous pression, et certainement un scénario – l’anéantissement d’une ville allemande par une attaque aérienne – dans lequel ils auraient eu à tenir le premier rôle. Il était donc nécessaire de camoufler la visée de l’entreprise derrière une justification officielle. En d’autres mots, parce que la fonction latente du raid était « inexprimable », on devait inventer une fonction manifeste « exprimable ».</p>
<p style="text-align: justify;">Pour apaiser les équipages, les commandants régionaux et les maîtres bombardiers reçurent l’ordre d’évoquer d’autres objectifs, des objectifs acceptables et, avec un peu de chance, crédibles. Dans ces circonstances, nous comprenons pourquoi les instructions données aux équipages concernant les objectifs différèrent d’une unité à l’autre au point d’être fantaisistes et même contradictoires. La majorité des commandants mirent l’accent sur des objectifs militaires, en mentionnant des « cibles militaires » indéterminées, des « usines d’armement » et des « entrepôts d’armes et d’alimentation » hypothétiques, le soi-disant rôle de Dresde comme « ville fortifiée », et même l’existence dans la ville de quelque « poste de commandement de l’armée allemande ». On fit aussi vaguement allusion à d’« importantes installations industrielles » ainsi qu’à des « gares de triage ». Afin d’expliquer pourquoi le centre de la ville fut désigné comme cible et non pas la banlieue industrielle, des commandants expliquèrent que le centre hébergeait un « quartier général de la Gestapo » et/ou une « gigantesque usine de gaz toxiques ». Certains officiers se révélèrent incapables d’inventer de telles cibles imaginaires, ou refusèrent de le faire ; ils se limitèrent à informer leurs hommes laconiquement qu’ils devaient laisser tomber leurs bombes sur le « centre urbain de Dresde » ou tout simplement sur « Dresde<a title="" href="#_ftn21">[21]</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">La destruction du centre d’une ville allemande, dans l’espoir d’y créer autant de dégats que possible aux installations militaires et industrielles et aux infrastructures de communications, était l’essence même de la stratégie alliée de « bombardement de masse »<strong>.</strong><strong> </strong>Les équipages des bombardiers étaient résignés à accepter cette terrible réalité. Or, dans le cas de Dresde beaucoup d’aviateurs se sentirent mal à l’aise. Ils exprimèrent des doutes concernant les objectifs de la mission, sentirent qu’elle avait quelque chose d’extraordinaire et de suspect, et comprirent instinctivement qu’elle n’était pas une mission de routine, comme Taylor l’explique d’ailleurs dans son livre. Le radiotélégraphiste d’un bombardier de type B-17 déclara, par exemple, dans une communication confidentielle, que « ce fut la seule fois qu’il avait l’impression que la mission était peu commune ». Le trouble éprouvé par les équipages fut aussi illustré par le fait que, dans de nombreux endroits, la réunion d’information des commandants ne déclencha pas le traditionnel « bravo ! » (<em>cheers</em>) des équipages mais fut accueillie par un silence glacial<a title="" href="#_ftn22">[22]</a>. Directement ou non, volontairement ou non, les instructions adressées aux aviateurs révélèrent occasionnellement la véritable fonction de l’attaque. Ainsi, une directive de la RAF, portant la date du 13 février 1945, formula explicitement la double intention : «<em> Frapper l’ennemi allemand [mais aussi] montrer aux Russes, une fois arrivés [à Dresde], ce que nos bombardiers peuvent faire</em><a title="" href="#_ftn23">[23]</a> ».Un aviateur canadien donna la réponse suivante lorsque, une vingtaine d’années après la fin de la guerre, il fut questionné sur les objectifs de la mission à laquelle il avait participé :</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Je pense que ce qui s’est passé, c’est que les Russes avançant très rapidement, les Alliés [occidentaux] décidèrent qu’ils allaient leur montrer qu’outre une armée formidable, ils disposaient également d’une force aérienne formidable. “Dès lors, ne soyez pas trop sûrs de vous, amis russes, ou bien nous vous montrerons ce que nous pouvons faire dans les villes russes”. C’était une idée de Churchill et d’autres. Il s’agissait d’une atrocité calculée, sans aucun doute</em><a title="" href="#_ftn24">[24]</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;"><strong> <img class="alignnone" src="http://davidderrick.files.wordpress.com/2007/11/warsaw-january-1945.jpg" alt="" width="1000" height="824" /></strong></p>
<p style="text-align: justify;">La terrible destruction de Dresde troubla également l’opinion publique au point que les autorités jugèrent nécessaire d’exorciser le malaise. Ils expliquèrent lors d’une conférence de presse donnée à Paris le 16 février 1945 que l’opération visait à faciliter l’avance de l’Armée Rouge. Les journalistes présents furent informés que la destruction de ce « centre de communications » situé à proximité du « front russe » avait été inspirée par le désir de permettre aux Russes « de continuer leur lutte avec succès ». Que ceci ne fut qu’une justification fabriquée après les faits par ce que l’on appellerait aujourd’hui aux États-Unis des <em>spin doctors</em> – terme dont « conseillers en relations publiques » est une traduction euphémique – fut révélé par le porte-parole militaire lui-même, qui, en réponse à une question, dut admettre qu’il « pensait » seulement qu’il avait « probablement » été dans l’intention des planificateurs du raid d’assister les Soviétiques<a title="" href="#_ftn25">[25]</a></p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #cc0000;">&#8220;L’hypothèse selon laquelle le bombardement de Dresde visa surtout, sinon exclusivement, à intimider les Soviétiques, explique non seulement l’ampleur de l’entreprise – un triple raid extrêmement dévastateur, et un projet commun, sans précédent, entre la RAF et la USAAF – mais aussi le choix de la cible.&#8221;</span></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Aux yeux de ceux qui avaient planifié <em>Thunderclap</em>, Berlin constituait la cible parfaite. Or, lorsque Churchill reprit le projet en janvier 1945, la capitale allemande avait déjà été bombardée à plusieurs reprises. Était-il réaliste d’espérer qu’un énième bombardement, quelle que soit sa force dévastatrice, puisse produire l’effet recherché sur les Soviétiques quand ceux-ci finiraient par arriver dans la ville ? Mieux valait choisir un centre urbain dense et indemne. Dresde, qui avait été épargnée jusque-là, avait acquis une réputation d’« abri anti-aérien du Reich » (<em>Reichsluftschutzkeller</em>) et répondait à ces critères. De surcroît, elle se situait idéalement sur le chemin de l’Armée Rouge : les Soviétiques auraient l’occasion d’évaluer <em>in situ</em> l’ampleur des dévastations causées par une seule opération, et d’en tirer les leçons. L’Armée Rouge, toutefois, n’entra dans la ville que le 8 mai 1945, bien plus tard que les Britanniques et les Américains ne l’avaient anticipé. Néanmoins, l’anéantissement de Dresde produisit l’effet recherché. Quelque deux cents kilomètres seulement séparaient la ville des lignes de l’Armée Rouge. La nuit, les soldats soviétiques pouvaient donc contempler à l’horizon les flambées infernales de Dresde qui, selon les témoignages, étaient visibles jusqu’à trois cents kilomètres à la ronde.</p>
<p style="text-align: justify;">Si l’on considère qu’intimider les Soviétiques était la fonction « latente », c’est-à-dire réelle, de la destruction de Dresde, non seulement l’intensité, mais aussi le <em>timing</em> de l’opération prennent tout leur sens. L’attaque aurait dû être mise en œuvre, du moins selon certains historiens, le 4 février 1945, c’est-à-dire le premier jour de la conférence de Yalta, mais fut reportée au 13 février en raison des conditions météorologiques<a title="" href="#_ftn26">[26]</a>. Si les feux d’artifice de Dresde avaient pu être organisés ce jour-là, ils auraient donné matière à réfléchir à Staline à un moment propice. Cette aspiration se réflétait clairement dans un commentaire émis par le général David M. Schlatter, membre de la SHAEF (Supreme Headquarters Allied Expeditionary Force,<em> </em>« quartier général de la force expéditionnaire alliée »), une semaine avant que la conférence de Yalta ne débute :</p>
<p style="text-align: justify;">« <em>Je considère que nos forces aériennes représentent l’atout principal avec lequel nous approcherons la table où le traité de l’après-guerre sera négocié, et que cette opération [le plan d’un bombardement de Dresde et/ou de Berlin] augmentera de manière inestimable la valeur de cet atout, ou plutôt l’appréciation de cette force, par les Russes</em><a title="" href="#_ftn27">[27]</a> ».</p>
<p style="text-align: justify;">Le bombardement fut reporté, mais pas annulé. La démonstration de puissance militaire gardait son utilité psychologique même après la conférence de Crimée. A Yalta, Staline approuva la formule proposée par les dirigeants « anglo-saxons », à savoir une division de l’Allemagne en trois zones d’occupation à peu près égales, formule très favorable aux<br />
intérêts britanniques et américains. Or, il fallait encore mettre en application ces accords sur l’Allemagne &#8211; et l’Europe entière ! – d’après-guerre, accords qui étaient nécessairement assez vagues. De ce point de vue également, le carnage de Dresde avait une grande utilité. Quand, après la défaite de l’Allemagne, les accords conclus à Yalta devront être mis en application, les Soviétiques se rappelleront sans aucun doute ce qu’ils ont vu à Dresde. C’est dans ce contexte que l’on peut comprendre l’anecdote suivante. Vers la fin des hostilités, alors que des troupes américaines avaient l’occasion d’arriver à Dresde avant les Soviétiques, Churchill insista auprès d’Eisenhower pour éviter cette situation : le Premier ministre britannique ne voulait pas que les Soviétiques soient privés de l’occasion de « profiter » de l’effet démonstratif du bombardement de Dresde.</p>
<h3 style="text-align: justify;"><strong><span style="color: #cc0000;">&#8220;Dresde ne fut pas simplement bombardée, ni même bombardée lourdement, mais anéantie, quasiment rayée de la carte du monde, afin d’intimider les Soviétiques par une démonstration de l’énorme puissance de feu des armées britannique et américaine, capable de semer la mort et la désolation à des centaines de kilomètres de leurs bases et donc, si nécessaire, de frapper derrière les lignes de l’Armée Rouge, au cœur même de l’URSS.&#8221;</span></strong></h3>
<p style="text-align: justify;">Cette lecture des faits historiques permet d’expliquer l’apparent non-sens du bombardement de Dresde, y compris l’ampleur de l’entreprise, la peu ordinaire participation dans un seul raid de la RAF et de la USAAF, le choix de la cible, l’énormité – voulue ! – de la destruction, le <em>timing</em> de l’attaque, et le fait que ni la gare ferroviaire, présentée comme une cible d’importance cruciale, ni la banlieue, avec ses installations industrielles et l’aérodrome de la <em>Luftwaffe</em>, ne furent visées. Le bombardement de la capitale de la Saxe n’avait que très peu, ou même rien du tout, à voir avec la guerre contre l’Allemagne nazie, une guerre alors quasiment terminée : la destruction de Dresde ne fut rien d’autre qu’un signal britannico-américain à Staline, un signal qui coûta la vie à des dizaines de milliers de personnes. Six mois plus tard, deux autres signaux, similairement codés mais peu subtils, suivront, et demanderont encore plus de victimes. Cette fois, des villes japonaises seront visées, et il s’agira d’attirer l’attention de Staline sur la force dévastatrice d’une nouvelle et terrible arme américaine, la bombe atomique. L’historien A. C. Grayling, par exemple, a écrit dans son nouveau livre qu’ « il est reconnu que l’un des principaux objectifs des bombardements atomiques de Hiroshima and Nagasaki fut d’étaler aux Russes la supériorité en armements que les E.-U. avaient acquise…Il est regrettable que l’on peut dire à peu près la même chose à propos du bombardement de Dresde ». La destruction de Dresde n’avait que très peu, ou même rien, à faire avec la guerre contre l’Allemagne nazie; elle avait beaucoup, et même presque tout, à faire avec un nouveau conflit dans lequel l’ennemi serait l’Union Soviétique. C’est dans l’horrible chaleur des infernos de Dresde d’abord, et puis de Hiroshima et Nagasaki, que fut née cette nouvelle guerre que l’on appellera « froide ».</p>
<div>Pour aller plus loin, vous pouvez commender l&#8217;ouvrage de Jacques Pauwels &#8221; le mythe de la bonne guerre&#8221; ici: <a href="http://www.aden.be/index.php?aden=le-mythe-de-la-bonne-guerre">http://www.aden.be/index.php?aden=le-mythe-de-la-bonne-guerre</a><br clear="all" /></p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p><a title="" href="#_ftnref1">[1]</a> Knightley Phillip. <em>The First Casualty: From the Crimea to Vietnam :The War Correspondent as Hero, Propagandist, and Myth Maker</em>, New York et Londres, 1975, p. 313.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref2">[2]</a> Taylor Frederick. <em>Dresden: Tuesday, February 13, 1945</em>, New York, 2004, p. 354, 443-448; Bergander Götz. <em>Dresden im Luftkrieg. Vorgeschichte, Zerstörung, Folgen</em>, Weimar, 1995, chapitre 12, et spécialement p. 210 et suiv., 218-219, 229; « Luftangriffe auf Dresden », <em><a href="http://de.wikipedia.org/wiki/Luftangriffe_auf_Dresden">http://de.wikipedia.org/wiki/Luftangriffe_auf_Dresden</a></em>, p. 9.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref3">[3]</a> Voir par exemple le commentaire du Général Spaatz, cité dans Hansen Randall. <em>Fire and fury: the Allied Bombing of Germany, 1942-45</em>, Toronto, 2008, p.243.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref4">[4]</a> Taylor, p. 416.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref5">[5]</a> Taylor, p. 321-322.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref6">[6]</a> Groehler Olaf. <em>Bombenkrieg gegen Deutschland</em>, Berlin, 1990, p. 414; Hansen, p. 245; « Luftangriffe auf Dresden »,  p.7.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref7">[7]</a> « Luftangriffe auf Dresden », p. 7.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref8">[8]</a> Taylor, p. 152-154, 358-359.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref9">[9]</a>. Spoo Eckart. « Die letzte der Familie Tucholsky »,<em>Ossietzky</em>, No. 11/2, juin 2001, p. 367-370.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref10">[10]</a> Taylor, p. 190; Groehler, p. 400-401.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref11">[11]</a> Grayling C. <em>Among the Dead Cities: Was the Allied Bombing of Civilians in WWII a Necessity or a Crime?</em>, Londres, 2006, p. 176.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref12">[12]</a> McKee Alexander. <em>Dresden 1945: The Devil’s Tinderbox</em>, Londres, 1982, p. 264-265; Groehler, p. 400-402.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref13">[13]</a> Taylor, p. 190-191, 212.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref14">[14]</a> Voir Pauwels Jacques R. <em>Le mythe de la bonne guerre</em>, nouvelle édition, Bruxelles, 2012, chapitre 11.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref15">[15]</a> Mémorandum interne de la RAF cité dans Davis Richard, « Operation Thunderclap », <em>Journal of Strategic Studies</em>, 14:1, mars 1991, p. 96.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref16">[16]</a> Taylor, p. 185-186, 376; Grayling, p. 71; Irving David. <em>The Destruction of Dresden</em>, London, 1971 (<em>La destruction de Dresde</em>, J’ai lu, Paris, 1971), p. 96-99.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref17">[17]</a> Hansen, p. 241.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref18">[18]</a> Harris Arthur Travers. <em>Bomber Offensive</em>, Don Mills/Ont., 1990, p. 242.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref19">[19]</a> McKee, p. 46, 105.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref20">[20]</a> Groehler, p. 404.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref21">[21]</a> Groehler, p. 404</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref22">[22]</a> Taylor, p. 318-19; Irving, p. 147-48.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref23">[23]</a> Cité dans Groehler, p. 404. Voir aussi Grayling, p. 260.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref24">[24]</a> Cité dans Broadfoot Barry. <em>Six</em> <em>War Years 1939-1945: Memories of Canadians at Home and Abroad</em>, Don Mills, Ontario, 1976, p. 269.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref25">[25]</a> Taylor, p. 361, 363-365.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref26">[26]</a> Dahms Hans-Günther. <em>Der Zweite Weltkrieg</em>, deuxième édition, Francfort am Main, 1971, p. 187.</p>
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<p><a title="" href="#_ftnref27">[27]</a> Commentaire du général Schlatter : cité dans Schaffer Ronald, « American Military Ethics in World War II : The Bombing of German Civilians », <em>The Journal of Military History</em>, Vol. 67, No 2, septembre 1980, p.318-34.</p>
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		<title>Le droit naturel à l&#8217;insolvabilité&#8230; Sur le dernier livre d&#8217;Eric Toussaint</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Feb 2012 15:08:13 +0000</pubDate>
		<dc:creator>JoliMai</dc:creator>
				<category><![CDATA[Eric Toussaint]]></category>

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		<description><![CDATA[Recension du livre Debitocrazia dirigé par Damien Millet et Éric Toussaint[1] par Andrea Fumagalli – (paru dans le quotidien Il manifesto du 31-01-2012) &#160; L&#8217;actuelle crise européenne, parmi les plusieurs effets négatifs sur la vie des millions de personnes, a eu le mérite de développer une nouvelle littérature hétérodoxe et alternative capable de fournir des outils pour une analyse et une politique économiques anti-néolibérales. Un bon exemple de cela est constitué par le livre collectif Debitocrazia. Come e perché non pagare il debito pubblico (Edizioni Allegre, 172 p., 15 euros, sous la direction de D. Millet et E. Toussaint, avec la postface de Salvatore Cannavò). Les deux auteurs appartiennent au CADTM, fondé en 1990, et ils ne sont pas des économistes dans le sens strict du terme : le premier est professeur de mathématiques et le deuxième est docteur en sciences politiques. Le fait de ne pas être économistes de profession leur permet d&#8217;affronter le thème de la crise d&#8217;une manière moins obscure et servile, avec une lentille plus interdisciplinaire mais qui n’en est pas moins rigoureuse. Un audit international Le texte réunit des essais brefs, clairs et compréhensibles pour un public non spécialisé. Les chapitres retracent les étapes de la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div class="al2fb_like_button"><div id="fb-root"></div><script src="http://connect.facebook.net/en_US/all.js#appId=JoliMai&amp;xfbml=1" type="text/javascript"></script>
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<p style="text-align: left;" align="center"><strong>par Andrea Fumagalli – (paru dans le quotidien <em>Il manifesto</em> du 31-01-2012)</strong></p>
<p>&nbsp;</p>
<p style="text-align: justify;"><img class="alignleft" src="http://www.aden.be/uploads/images/C1%20Dette.jpg" alt="" width="244" height="348" />L&#8217;actuelle crise européenne, parmi les plusieurs effets négatifs sur la vie des millions de personnes, a eu le mérite de développer une nouvelle littérature hétérodoxe et alternative capable de fournir des outils pour une analyse et une politique économiques anti-néolibérales.</p>
<p style="text-align: justify;">Un bon exemple de cela est constitué par le livre collectif <em>Debitocrazia. Come e perché non pagare il debito pubblico</em> (Edizioni Allegre, 172 p., 15 euros, sous la direction de D. Millet et E. Toussaint, avec la postface de Salvatore Cannavò).</p>
<p style="text-align: justify;">Les deux auteurs appartiennent au CADTM, fondé en 1990, et ils ne sont pas des économistes dans le sens strict du terme : le premier est professeur de mathématiques et le deuxième est docteur en sciences politiques. Le fait de ne pas être économistes de profession leur permet d&#8217;affronter le thème de la crise d&#8217;une manière moins obscure et servile, avec une lentille plus interdisciplinaire mais qui n’en est pas moins rigoureuse.</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Un audit international</strong></p>
<p style="text-align: justify;">Le texte réunit des essais brefs, clairs et compréhensibles pour un public non spécialisé. Les chapitres retracent les étapes de la crise de la dette des années 1990 jusqu&#8217;à aujourd&#8217;hui, en soulignant comment la dette, limitée jusqu&#8217;à récemment aux pays du tiers-monde (selon l&#8217;expression de l&#8217;époque), est devenue depuis 2007 une constante des pays occidentaux (du Nord, selon une expression un peu rétro). Dans ce passage de témoin, les changements juridiques constitutionnels qui ont caractérisé l&#8217;évolution démocratique de plusieurs pays d&#8217;Amérique latine, sont soulignés. En particulier, le cas de l’Équateur se révèle intéressant : la Constitution de cet État (art.291-292), adoptée au suffrage universel en septembre 2008, non seulement définit les conditions auxquelles les autorités du pays peuvent octroyer des prêts, mais aussi permet le non remboursement des dettes illégitimes (par exemple, celles constituées par la capitalisation des intérêts de retard &#8211; connue sous le nom d’anatocisme &#8211; pratique courante des créanciers membres du Club de Paris).</p>
<p style="text-align: justify;">Plusieurs dispositions juridiques du droit international valent la peine d’être analysées, notamment parce qu&#8217;elles ne sont que la reprise de certains droits déjà existants, au moins formellement. Par exemple, le principe <em>Pacta sunt servanda</em>, consacré par l&#8217;article 26 de la Convention de Vienne de 1969, n&#8217;est pas absolu, il n&#8217;est obligatoire que pour les « dettes contractées dans l’intérêt général de la collectivité ». Cela est le point clé. Selon le droit international, l&#8217;évaluation de l’intérêt général et la détermination du caractère licite ou illicite de la dette relèvent de la compétence des pouvoirs publics. La mise en place d&#8217;un audit des dettes publiques par ces autorités pour identifier la partie illicite est non seulement légale, mais cet audit devrait faire partie des leviers actionnés par tout gouvernement démocratique digne de ce nom.</p>
<p style="text-align: justify;">Par conséquent, la demande d&#8217;une restructuration, répudiation ou annulation de la dette n&#8217;est pas au-delà des règles imposées par le droit international, au moins dans trois cas, tous amplement reconnus non seulement par la Convention de Vienne, mais aussi par celle de Haye de 1930 et par la Commission du Droit des Nations unies : force majeure (« un événement imprévu extérieur à la volonté de celui qui l&#8217;invoque, […] qui le met dans l&#8217;incapacité absolue de respecter ses obligations internationales », ONU, 1978) ; état de nécessité (qui intervient quand le remboursement de la dette comporte des risques pour la survie politique ou économique d’un pays) ; changement fondamental de circonstances (par exemple, la décision de la Federal Reserve d’augmenter les taux d’intérêt en 1979).</p>
<p style="text-align: justify;"><strong>Le défaut du néolibéralisme </strong></p>
<p style="text-align: justify;">En outre, parmi les dette illicites et les prêts odieux, il est possible de reconnaître une longue casuistique : on passe des dettes produites par des colonisations à celles créées par l&#8217;acquisition d’armes (comme pour les F35 achetés par l&#8217;Italie), à la dette publique créée pour payer les dettes privées (comme dans le cas de l&#8217;intervention étatique pour affronter les trous du budget des institutions de crédit après la crise des <em>subprimes</em> de 2007), aux prêts accordés aux dictatures, à ceux conditionnés par l&#8217;ajustement structurel ou dictés par la construction des projets non rentables qui n&#8217;apportent que des dommages aux populations et à l&#8217;environnement.</p>
<p style="text-align: justify;">Partant de ces considérations, le texte présente des études de différentes dettes illégitimes, qui, sur la base d&#8217;un audit public, pourraient conduire à une annulation – au moins partielle &#8211; de la dette. L&#8217;attention est notamment attirée, au-delà du cas de l&#8217;Argentine, sur les cas récents de l&#8217;Islande, de l&#8217;Irlande et de la Grèce. Les deux îles nordiques sont deux exemples éclairants de la faillite des politiques néolibérales, tandis que la Grèce représente un cas d&#8217;anthologie de dette illégitime et du fiasco auquel les politiques d’austérité et de rigueur sont destinées : un avertissement pour les récentes décisions prises par d&#8217;autres gouvernements européens (comme l&#8217;Italie, l&#8217;Espagne, le Portugal et maintenant la Hongrie) soumis aux diktats de la spéculation financière.</p>
<p style="text-align: justify;">Le livre se clôt avec un dernier chapitre qui rapporte une longue citation (peu connue) de Karl Marx, tirée du <em>Capital</em>, dans lequel d&#8217;ailleurs on affirme : « La dette publique […] marque de son empreinte l&#8217;ère capitaliste ». Une telle citation aurait pu être accompagnée par une autre, toujours de Marx, tirée de l’<em>Adresse à la Ligue des Communistes </em>(Londres, Mars 1850) : « Si les démocrates demandent la réglementation de la dette étatique, les travailleurs doivent exiger la banqueroute nationale ».</p>
<p style="text-align: justify;">Dans la postface de Cannavò, il y a enfin un outil d’approfondissement sur la situation italienne.</p>
<p style="text-align: justify;">Un livre à lire sans aucun doute.</p>
<p style="text-align: justify;" align="right"><strong>Traduit de l&#8217;italien par Chiara Filoni</strong></p>
<hr align="left" size="1" width="33%" />
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<p style="text-align: justify;"><a title="" href="file:///C:/Users/ULB/Downloads/FR%20Recension%20Debitocrazia%20Il%20Manifesto.doc#_ftnref1">[1]</a>    Il s&#8217;agit de l&#8217;édition italienne du livre<em> La dette ou la vie, </em>Aden-CADTM, 2011 (<a href="http://www.cadtm.org/La-Dette-ou-la-Vie">http://www.cadtm.org/La-Dette-ou-la-Vie</a>) . Debitocrazia est<em> </em>paru aux éditions Alegre à Rome, fin 2011. (<a href="http://www.ilmegafonoquotidiano.it/libri/debitocrazia">http://www.ilmegafonoquotidiano.it/libri/debitocrazia</a> )</p>
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<p>&nbsp;</p>
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